Eiffel : une Tour de passe-passe son tour

Dans la liste des projets français récents, le film de Martin Bourboulon est un peu le James Bond No Time to Die cocorico. Un budget conséquent (23 millions d’euros avant le Covid), une certaine idée du spectaculaire et du romantisme, et surtout une date de sortie repoussée à maintes reprises. Le projet pharaonique arrive enfin au cinéma pour notre plus grand plaisir.

Enfin, presque. Et par presque je veux dire pas du tout. Sur le papier, le tout est extrêmement séduisant : Gustave Eiffel tombe amoureux d’une femme inaccessible et se lance dans un ouvrage absurde et gigantesque pour son amour… Il y a de quoi faire du grand cinéma avec un sujet pareil. Du grand mensonge aussi, puisque nous n’avons aucune preuve qui justifie cette folle histoire, mais du genre que l’on aurait envie de croire grâce à la magie du cinéma.

C’est sûrement ce que c’est dit le producteur américain qui a entendu le pitch de la française Caroline Bongrand, qui il y a plus de vingt ans présentait le projet à l’audace lors d’un rendez-vous à Hollywood… Deux décennies plus tard, il a rejoint la longue (immense) liste des scénarios non produits à Los Angeles, et ce malgré la présence de Ridley Scott dans l’équation à un moment. En 2005 Caroline Bongrand réussit à relancer la machine grâce à un livre qui retrace son aventure californienne, qui séduit Gérard Depardieu puis Luc Besson. Ce dernier tente de prendre le projet à la scénariste et lui retirer tout crédit, comme à son habitude dirons-nous, et la scénariste prend fuite. Lorsque Martin Bourboulon récupère le projet, il n’est pas plus clément à l’égard de Caroline Bongrand, qui finit très vite mise de côté. Sans surprise, pour les scénaristes de métier qui ont hélas pris l’habitude de se faire traiter comme de la merde.

Seulement voilà, si comme je le disais plus haut Eiffel a beaucoup pour lui sur le papier, le résultat est beaucoup trop frustrant pour fonctionner. D’une facture très classique dans sa narration, alternant entre la jeunesse de Gustave et sa rencontre avec l’amour impossible de sa vie, et le présent où il recroise cette femme et lance le projet fou de la tour de métal en plein Paris, le film est riche en scènes à haut potentiel dramatique et romantique.

« Gustave quand j’ai dit que je voulais voir ta grosse tour je parlais pas de ça… »

Malheureusement la mise en scène laisse à désirer, voire enrage complètement le spectateur. Il faut dire que le sujet est trop beau : un créateur presque fou qui se laisse sombrer dans l’ouvrage démesuré, il y a là un vrai sujet de cinéma. Une tour immense qui doit être à la hauteur d’un amour impossible à contenir, et qui devra être inscrit au milieu de la plus belle ville du monde aux yeux du monde entier ? C’est même plus fou que Fitzcarraldo, comme délire ! Mais malgré le budget relativement conséquent du film de Bourboulon, jamais on ne parvient à ressentir le vertige que l’on est en droit d’attendre. Même l’histoire d’amour ne parvient pas à convaincre, en partie à cause d’un écart d’âge absurde entre Romain Duris qui joue Gustave Eiffel, et Emma Mackay qui campe le rôle d’Adrienne Bourget, la femme aimée.

Si les films précédents de Martin Bourboulon (les deux Papa ou Maman) avaient été d’excellentes surprises, difficile de ressortir satisfait de son nouvel ouvrage donc. Pire encore, il y a de quoi être inquiet pour le diptyque à venir sur Les Trois Mousquetaires, qui risque de manquer du spectaculaire que l’on mérite réellement dans le cinéma français…

Eiffel, un film de Martin Bourboulon, écrit par Caroline Bongrand. Sortie au cinéma le 13 octobre 2021.

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