CineComedies 2021 : Rire aux éclats (de voix)

Au creux de l’automne 2020, le festival CineComedies avait fait partie des chanceux à avoir eu le temps de se tenir avant que la vague automnale du COVID ne tirent le rideau des cinémas une nouvelle fois pour de nombreux mois. Une édition du sceau de l’incertitude, mais qui avait rappelé les vertus fédératrices de la comédie dans les temps troubles que nous traversions tous à l’époque. Le monde de l’automne 2021 n’étant guère plus réjouissant malgré l’accalmie relative de la situation sanitaire, c’est avec plaisir qu’on accueillait le retour de ce festival de passionné.e.s de comédie dans la cité lilloise dans un format reprenant celui de l’année dernière, s’étalant du mercredi au dimanche mais davantage concentré sur les festivités du week-end.

Invités d’honneur du festival pour cette quatrième édition organisée par l’association CineComedies, le tandem Benoît Delépine/Gustave Kervern avait tout du choix de l’évidence pour devenir les têtes d’affiche du festival. C’est dans la Picardie natale de Delépine, né à Saint-Quentin (qui n’a donc pas uniquement offert à la France Xavier Bertrand et la meilleure équipe d’Intervilles de l’histoire) que les deux humoristes avaient tourné leur premier long-métrage Aaltra en 2004 et installé le Festival du Film grolandais avant de le délocaliser à Toulouse en 2012. Du patois grolandais de « Not’ Président » aux origines lensoises du très regretté Christophe Salengro, décédé en 2018, tout dans la présipauté fictive des grandes heures de l’humour Canal fleure bon la France des beffrois, du picon bière et de la flamiche au Maroilles.

La filmographie des deux trublions est restée fidèle à cet ancrage nordiste : Avida fut en grande partie tourné dans le (fort sympathique) zoo de Maubeuge, tandis que Louise-Michel célébrait la culture ouvrière du Nord notamment à travers les murs du familistère Godin de Guise, utopie prolétarienne socialiste du XIXe siècle. S’ils ont depuis pris la route pour sillonner la France, les deux cinéastes restent donc nordistes de naissance ou d’adoption, et c’est tout naturellement que le festival CineComedies les met à l’honneur cette année en rediffusant l’intégralité de leurs longs, mais aussi de leurs court-métrages, en parallèle de la publication en parallèle d’un livre d’entretiens. On aura très certainement l’occasion au cours des prochains jours de revenir dessus…

Dans le même temps, CineComedies ouvre ses portes cette année au Québec pour mettre en lumière le patrimoine d’un cinéma historiquement riche qui a su par le passé trouver son chemin vers les salles obscures hexagonales. Mais si le festival donnera l’occasion de redécouvrir des films déjà remarqués en France comme Le déclin de l’empire américain de Denys Arcand, Starbuck de Ken Scott ou encore les petites darlings indés La femme de mon frère de Monia Chokri et Jeune Juliette d’Anne Émond, le festival mettra en lumière des noms moins connus de ce côté-ci de l’Atlantique comme ceux d’Émile Gaudreault et Ricardo Trogi, auteurs de comédies populaires à succès au pays de Céline (la chanteuse, pas l’écrivain), ainsi que d’André Mélançon, réalisateur de comédies pour enfants à succès dans les années 80.

Cheval de bataille du festival depuis son lancement, la comédie française populaire de patrimoine sera cette année représentée par un hommage aux Branquignols et plus particulièrement à Robert Dhéry à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de celui qui lança De Funès au cinéma avec La belle Américaine et Le petit Baigneur. De notre côté, on ira aussi s’intéresser à l’hommage rendu à Joël Séria et sa compagne Jeanne Goupil pour leurs fameuses Galettes de Pont-Aven, sommet de la comédie grivoise, hédoniste et libertaire des années 70 porté par la truculence d’un Jean-Pierre Marielle inégalé dans son obsessions des belles toiles et des beaux culs. Nous y reviendrons également très vite.

Enfin, triste hasard de l’actualité, alors que celle de l’édition 2020 célébrant Bourvil avait été endeuillée quelques jours plus tôt par la disparition de sa grande amie Annie Cordy, l’exposition du festival 2021 met à l’honneur cette année Jean-Paul Belmondo, décédé quelques jours avant son lancement le 6 septembre dernier. Constituée de nombreux documents issus des collections personnelles des présidents du festival Jérémie Imbert et Yann Marchet, mais aussi du biographe de Bébel Jeff Domenech, l’exposition Belmondo : comédies en cascade permet de reprendre le pouls de l’aura internationale de Belmondo à travers des documents de tournage de ses films qui ont vu défiler des stars du monde entier, mais aussi des affiches venues des quatre coins du monde. Derrière le plaisir fétichiste de découvrir des objets rares comme la machine à écrire de François Merlin alias Bob Saint-Clar dans Le Magnifique de De Broca ou le haut de forme et la cravate portés par l’acteur dans L’Incorrigible, c’est aussi l’occasion de se rappeler qu’une star aussi mondialement connue et quasi unanimement adorée comme Belmondo, il y a en a très peu.

Mais le cinéma c’est avant tout des projections en salles et le festival CineComedies s’est ouvert hier soir avec l’une des quatre avant-premières proposées cette année aux côtés de Zaï Zaï Zaï Zaï de François Desagnat, nouvelle itération du Fabcaro Cinematic Universe naissant dans le cinéma français, Barbaque de Fabrice Éboué et ses serial killers anti-vegans et Le Test d’Emmanuel Poulain-Arnaud. Précédé d’un bouche-à-oreille plutôt flatteur suite à sa présentation au festival d’Angoulême il y a quelques jours, On est fait pour s’entendre marquait le retour derrière la caméra de Pascal Elbé pour son troisième long-métrage en tant que réalisateur après Tête de Turc et Je compte sur vous. Ici, c’est à l’exercice périlleux de la comédie romantique made in France qu’il s’attaque, à travers une histoire aux forts échos intimes.

Tout comme le héros du film qu’il incarne lui-même, Pascal Elbé a perdu une grande partie de son audition il y a une dizaine d’années (au vu des indices essaimés pendant la Q&A, au moment du tournage de Cortex de Nicolas Boukhrief). De son expérience personnelle, il en tire la rencontre d’un professeur au point mort, dépassé par un monde auquel il ne prête plus attention, avec sa voisine du dessous, jouée par Sandrine Kiberlain. Hébergée par sa sœur (Valérie Donzelli) et son compagnon (Antoine Gouy), cette mère de famille veuve est confrontée au mutisme de sa fille, qui n’a pas décroché un mot depuis la disparition de son père. Jouant la carte du feel-good movie romantique de l’automne, On est fait pour s’entendre fait plutôt bien son job, malgré un éparpillement narratif dans des intrigues secondaires moins inspirées (Berléand en collègue pré-retraité libidineux, une sous-intrigue familiale autour d’Emmauelle Devos et Marthe Villalonga un peu survolée). Un sympathique film du dimanche soir qui peut, au vu de sa réception chaleureuse par le public nordiste, viser un petit succès en salles à sa sortie en novembre prochain, si le contexte le permet.

On est fait pour s’entendre de et avec Pascal Elbé, Sandrine Kiberlain, Valérie Donzelli, en salles le 17 novembre

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