Catch The Fair One : Taken à la native américaine

Quand elle raccroche les gants, Kaylee part à la recherche de sa sœur disparue – un combat plus important que n’importe quel round sur le ring. Pour Catch The Fair One, son second long métrage, Josef Kubota Wladyka a sûrement recruté l’une des personnes les plus adéquates pour le rôle : Kali Reis, double championne du monde de boxe et femme profondément engagée en faveur de la communauté native américaine (et auprès du MMWIG, mouvement pour les femmes et jeunes filles native américaines disparues ou assassinées). Au générique, on voit également quelques noms bien connus parmi les producteurs… Un certain Darren Aronofsky, ou encore Mynette Louie et Mollie Asher, qu’on a retrouvées derrière Swallow de Carlo Mirabella-Davis, récompensé il y a deux ans à Deauville.

Par ses décors enneigés et son contexte – l’enlèvement d’une jeune fille native américaine, Catch The Fair One n’est pas sans rappeler un certain Wind River. Sa quête de vengeance, quant à elle, évoque la franchise Taken. En dehors de toutes ces références, Wladyka parvient-il à faire exister son bébé ? Les premières images, légèrement trompeuses, nous laissent croire en un film où la boxe tiendrait un rôle central. Elle est ici un point de départ, légitimant la position de justicière autoproclamée de l’héroïne, par conséquent capable de se défendre dans un milieu hostile.

C’est sûrement dans sa tonalité que Catch The Fair One surprend le plus. Au fur et à mesure, le récit est rongé par la noirceur. Celle de son personnage principal, tout d’abord, dont la culpabilité se mêle à sa précarité et un certain sentiment de rejet. La première partie nous fait découvrir Kaylee (ou K.O.) dans son quotidien, où les gants de boxe ont laissé place aux missions de serveuse dans un diner. Sentiment de rejet auprès des siens – la communauté native américaine – et surtout auprès de sa mère. Presque un sentiment de culpabilité du survivant, aussi : pourquoi sa sœur a disparu et non elle ? Pour son premier rôle sur le grand écran, Kali Reis impressionne, la rage au ventre. Alors que dans la boxe, une grande partie du travail passe par les apparences, le fait de se constituer un personnage, le sien revient peu à peu à ses instincts primaires : la survie et la vengeance. Un désir de vengeance et de réponses qui se comprend tout autant quand on voit l’indifférence totale face à cette disparition.

Froideur aussi dans la mise en scène, dont les couleurs ternes et l’appétence pour l’obscurité ne font que souligner l’aspect lugubre de l’intrigue. Derrière une simple affaire de disparition se cache tout un système bien plus pervers – et c’est là que le film rappelle Taken. Mais Taken en bien. Et de façon un peu plus réaliste. Le « je vous trouverai et je vous tuerai » de Liam Neeson aurait bien sa place ici, mais Josef Kubota Wladyka fait quand à lui dans des péripéties et des scènes d’action plus plausibles. Les coups font mal, le sang fuse et l’extrême violence devient un moyen de parvenir à ses fins. Un bel uppercut dans cette compétition !

Catch The Fair One, de Josef Kubota Wladyka. Avec Kali Reis, Daniel Henshall, Tiffany Chu… Date de sortie française inconnue. Présenté en compétition lors de la 47e édition du Festival du Cinéma américain de Deauville.

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