Cow : des limousines à Cannes

Alors oui, quand on parle de limousines sur la Croisette, on pense plutôt à Matt Damon qui sort de sa voiture aux fenêtres teintées pour aller saluer les fans surexcités. Mais aujourd’hui on ne va pas parler des véhicules mis à l’honneur par Léos Carax dans Holy Motors ou David Cronenberg dans Cosmopolis. Non, on va plutôt parler des vaches. A vrai dire, vu que le film est anglais, les vaches en question ne sont sûrement pas des limousines mais je n’y connais rien en vaches et j’avais besoin d’une bonne accroche donc je vous remercie de votre indulgence.

Andrea Arnold a donc filmé une vache. La réalisatrice britannique, chouchou du festival (elle y a présenté Red Road, Fish Tank et American Honey), revient dans la sélection un peu mystérieuse « Cannes Premiere » pour présenter un film d’1h34 centrée sur la vie de Luma la vache, dans son exploitation agricole. La caméra suit la vie de cette vache, sans voix-off, sans histoire, sans explication. Autant vous dire qu’on a vu un certain nombre de journalistes quitter la salle avant la fin (mais on ne donnera pas de nom, on n’est pas vaches).

Luma a fait un effet bœuf à la montée des marches

Dire qu’il n’y a pas d’histoire est en réalité un mensonge. Par son montage, par la musique, par son cadrage, Andrea Arnold raconte bien quelque chose. Peut-être même un peu trop car quelques séquences semblent imposer à la vache des sentiments qui viennent probablement plus de la caméra que de son jeu d’actrice. Mais malgré ce léger anthropomorphisme, Cow réussit généralement à trouver la bonne distance avec son sujet. On voit finalement assez peu la ferme mais on devine qu’on n’est ni dans la ferme aux 1000 vaches, ni dans le jardin de tonton. Les vaches sont là pour donner du lait et des veaux, sans maltraitance inutile mais sans être choyées non plus. Andrea Arnold nous laisse donc voir la vache dans toute sa condition de vache et en profite pour nous interroger sur notre rapport à cette brave bête. Certains y verront une symbiose évidente entre cet animal qui n’existe que par et pour l’homme et qui semble bien peu traumatisé par le traitement infligé par les éleveurs compétents et bienveillants. D’autres y verront la confirmation que la domestication et l’exploitation animales sont une horreur en soi et regretteront le temps où les aurochs sauvages se dressaient fièrement dans les plaines sans hommes. Luma, elle, aura eu le temps de faire six petits veaux, beaucoup de lait et de tirer sa révérence sans avoir son meuh à dire sur la question.

Cow n’est évidemment pas un film que l’on conseillera à tout le monde. Mais parfois, il faut savoir prendre le taureau par les cornes et se confronter à des expériences un peu différentes. Le regard d’Andrea Arnold est suffisamment touchant pour se laisser tenter par ce tête-à-tête avec Luma.

Cow de Andrea Arnold avec Luma, la vache mais aussi d’autres vaches

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