[Annecy 2021] Josée, le tigre et les poissons : cinéma d’été

Le grand retour du festival de l’animation international d’Annecy se fait dans les règles. Lors de la grande cérémonie d’ouverture en salle Bonlieu, les festivités commencent avec un film qui symbolise bien l’importance qu’a cet art en France : un film japonais distribué par les français de chez Eurozoom, allant chercher ainsi un public qui depuis plusieurs décennies maintenant a prouvé son lien inébranlable à la culture nipponne.

Josée, le tigre et les poissons est l’adaptation d’une nouvelle à succès de l’autrice Seiko Watanabe, publiée en 1985 et mise en images animées aujourd’hui par le célèbre studio BONES (Cowboy Bebop, FMA Brotherhood, My Hero Academia) et le réalisateur et boarder (rien à voir avec le surf) Kotaro Tamura dont c’est le premier long métrage. L’histoire ? Une romance toute mignonne et émouvante qui transpire les années 80, transposée dans le Japon d’aujourd’hui. Tout commence avec un « meet-cute », la rencontre amoureuse entre Josée, japonaise de 24 ans qui a perdu le contrôle de son fauteuil roulant dans une descente, et Tsuneo, jeune étudiant en biologie marine sans le sou qui se prend le corps de Josée en pleine face. Suite à ce premier contact, la grand-mère de Josée engage Tsuneo pour qu’il s’occupe de la jeune fille, qui n’en a pas du tout envie et tire bien la gueule. Mais à force de se côtoyer, elle et son « esclave » comme elle se plaît à l’appeler vont se rapprocher…

Rien de très nouveau sous le soleil donc, on sait à peu près à quoi s’attendre avec cette romance. La bonté de Tsuneo, son sidekick obsédé par les filles, le côté râleur et bougon de Josée qui laisse petit à petit place à une sensibilité touchante… Mais c’est sans doute cela qui fait sa force. Sa simplicité, son exploitation de terrain déjà connu pour y faire sa place à son tour nous permet de reconnaître le sentier, ses odeurs familières et ses jolis arbres tout en y découvrant ici et là des petites originalités qui n’appartiennent qu’à lui.

Cela passe avant tout par le personnage de Josée et son handicap physique… Ce qui on le sait est souvent casse gueule dans la fiction. Trop souvent des personnes non concernées inventent des histoires s’appuyant sur le handicap de manière approximative et leurs maladresses abiment à la fois la perception que l’on a des individus en situation de handicap, et les possibilités narratives des histoires racontées. Ce n’est heureusement pas le cas ici, puisque Josée, le tigre et les poissons reste très pudique et juste sur la condition de son personnage. Il évite largement les écueils et parvient même à mettre en avant les difficultés d’accessibilité de l’espace public pour un fauteuil roulant, ainsi que la difficulté d’affronter le regard des autres. Après, je ne dis pas que si vous êtes en thèse sur l’insertion des personnes handicapés dans la société, vous trouverez ça parfait ! Mais d’après mes recherches sur un large panel représentatif de une personne, les chercheurs.ses qui font ce genre de thèse n’aiment pas trop l’animation japonaise. Donc on est tranquille. A ce sujet saluons la très belle animation du projet, notamment dans la qualité de la lumière et des utilisations pertinentes de la 3D dans certains passages.

Parfois, c’est mieux d’être direct et pas trop subtil dans ses métaphores.

Malgré quelques péripéties un peu maladroites sur la fin, qui mettent Tsuneo brièvement dans une situation proche de celle de sa petite amie en devenir, et que l’on accepteraient plus facilement à l’époque de la nouvelle qu’aujourd’hui, Josée, le tigre et les poissons reste un film mignon. Aucune connotation péjorative dans le mot mignon, attention ! Visuellement dès les premières images de plongée, qui introduisent discrètement les métaphores autour de la petite sirène (simple mais efficace), on a envie d’être avec ses amis à la plage et de se baigner dans l’insouciance de l’été. Et c’est sans doute ici que le film fonctionne le plus : en le voyant, on comprend tout de suite à quel public il s’adresse.

A Annecy, dans les jolies salles de Bonlieu et du Pathé, je pense davantage aux étudiants en animation – tous férus d’animation japonaise – qui sont assurément le plus beau public du festival, qu’aux critiques et professionnels plus adultes qui participent aussi aux festivités. D’ailleurs le personnage de Josée résonnera forcément avec ces jeunes artistes, puisqu’elle est elle-même dessinatrice ! Et lorsque le film sortira le 16 juin dans nos salles, je pense également aux adolescents et jeunes étudiants qui se retrouveront entre amis et iront découvrir une jolie histoire d’amour un peu à l’eau de rose. Il fera beau, et l’espace d’un instant j’espère que cette jeunesse en laquelle je crois tant se fera un beau souvenir devant cette œuvre qui décidément, arrive au bon moment.

Josée, le tigre et les poissons, un film de Kotaro Tamura, écrit par Sayaka Kuwamura. En ouverture au festival d’Annecy et au cinéma le 16 juin 2021.

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