Thunder Road : Un éclair de génie

Comme chaque année, alors qu’arrive tranquillement la mi-festival, on commence à culpabiliser de ne pas assez parler de l’ACID, la sélection de l’Association des Cinéastes indépendants. Souvent pleine de petites pépites qui passeraient sur nos radars lors de leur sortie en salles, l’ACID est un lieu de refuge pour les petits films aux grandes idées, les projets fois et fauchés, les freaks dans l’ombre des mastodontes de la Croisette. Chaque année offre avec elle sa petite découverte qui nous reste en tête jusqu’au moment des bilans, concurrençant des poids beaucoup plus lourd. 

L’édition 2018 de l’ACID nous avait déjà livré Cassandro the Exotico !, documentaire en 16mm de Marie Lozier sur une star du catch homosexuelle au Mexique, portrait touchant d’un homme ayant construit et détruit son corps pour son art mais aussi l’affirmation de soi dans un pays encore fortement marqué par l’homophobie. Ce samedi, c’est une autre claque qui nous est venue de la salle confidentielle mais chaleureuse du Studio 13 : Thunder Road de Jim Cummings. 

Le cinéaste y joue également le rôle titre, celui de Jimmy Arnaud, un flic de la Nouvelle-Orléans qui doit gérer de front la mort de sa mère et son divorce avec la mère de sa fille. D’un caractère lunaire mais taciturne, en proie à des accès de violence sous sa gentillesse apparente, Jimmy va peu à peu sombrer sous les coups du destin, se raccrochant à l’espoir d’obtenir la garde alternée du fruit de ses entrailles (fallait pas qu’elle s’en aille). 

Hilarant, touchant, un peu inquiétant, le tout à la fois

Dit comme ça, on pourrait penser que Thunder Road est un de ces drames sociaux édifiants mais un peu plombant. Sauf que Jim Cummings n’est pas le genre à se contenté d’un succédané de Kramer contre Kramee. Son film est une dramédie traversée par un sens de l’absurde et du burlesque absolument fabuleux, désamorçant tout écart larmoyant par des scènes d’une drôlerie fabuleuse. 

Il en va ainsi d’une scène d’ouverture merveilleuse, un plan-séquence de 10 minutes complètement fou sur des funérailles qui tournent mal, et qui laisse entrevoir les immenses qualités du film. Avec un sens du timing et du rythme particulièrement ciselé, Cummings dresse un portrait mental de l’esprit labyrinthique de son double de fiction, culminant sur un passage hilarant dans lequel il danse sur le morceau de Bruce Springsteen qui donne son nom au film… mais sans la musique. C’est hilarant, touchant, un peu inquiétant, le tout à la fois. Si vous voulez avoir un ordre d’idée de ce que cela peut donner, cette scène est un quasi remake d’un court-métrage que Jim Cummings à réalisé il y a trois ans, et qui sert de matrice pour comprendre l’essence même de son projet. Ça dure douze minutes, et tout y est déjà. 

Le reste du film sera de cet acabit, tour à tour d’une grande poésie, d’une tendresse profonde dans la manière avec laquelle Jimmy essaie de renouer le plus simplement du monde avec son enfant, mais aussi d’une certaine dureté, le film ne nous épargnant pas quelques séquences difficiles. 

Sans jamais renoncer à sa folle liberté de ton, Thunder Road surprend par son sens de l’équilibre, par sa capacité à ne jamais choisir la solution de la facilité que peuvent prendre certains films du genre aux héros décalés. Cummings y fait preuve, pour son premier long-métrage, d’une maturité d’écriture impressionnante (plusieurs plans séquences, jamais gadgets, sont d’une précision remarquable), qui tire le meilleur de chaque situation. 

À travers son double à l’écran, Cummings déploie dans son film un univers-monde qui ne cède jamais à la caricature et exploitant une brillante variété de tonalités comiques, du burlesque au cringe humor, le tout sans excès. À la fois doux et gentiment abrasif, naïf et réaliste, Thunder Road marque la naissance d’une vraie patte, d’une superbe proposition de cinéma, et d’un nom à suivre de très près pour l’avenir du cinéma indépendant. La courte mais mémorable apparition de Macon Blair, totem du ciné fondé US ces dernières années, a à ce titre valeur d’adoubement symbolique. Ce serait la moindre des choses. 

 

Thunder Road, de et avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson…, date de sortie en salles encore inconnue. 

1 thought on “Thunder Road : Un éclair de génie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.