Séries Mania, jour 7 : Infinity Wars

Dans l’épisode précédent…

La fin de Séries Mania s’approche à grand pas, il devient donc indispensable de motiver un peu son audience à grand renfort de titres aguicheurs. Alors je vous le dis d’emblée : Non, on ne reviendra pas ici sur le dernier volet de la saga Avengers déjà brillamment chroniqué dans nos colonnes. Mais il sera question de guerre et d’éternité en revanche, c’est certain.

La guerre, elle est présente dans Warrior, l’un des membres du contingent danois invité sur ce festival. Elle retrace le retour au pays de CC, membre de l’armée danoise après des années sur le front afghan. Des années de combat dont il rentre traumatisé suite à la mort d’un de ses camarades au cours d’une mission qui tourne mal. Renouant difficilement avec la vie normale, il replonge dans le monde de la violence quand il se retrouve à infiltrer, pour le compte de la police locale, un gang de bikers locaux.

Sur le papier tout ça n’a pas l’air bien original… et ça tombe bien car la série ne l’est dans l’ensemble pas non plus. Thriller assez conventionnel reprenant l’esthétique à laquelle on peut s’attendre, il reste tout de même relativement bien fait, et porté par le charisme de son acteur principal Dar Salim, habitué des rôles tout en minéralité comme dans Hijacking ou A War. Si l’ensemble ne manque ni de savoir-faire sur les scènes musclées ni de personnages auxquels s’attacher, on peut douter que l’ensemble reste autant dans les mémoires que certaines de ses concurrentes en compétition…

La guerre était aussi dans tous les esprits au moment de prendre place dans l’un des auditoriums du Grand Palais pour assister à ce qui fut de très loin le moment le plus suivi du Forum professionnel Séries Mania : une discussion (parfaitement menée par la journaliste de France 24 Marjorie Paillon, c’est à noter) avec Reed Hastings, PDG de Netflix, venu discuter stratégie de contenu devant un parterre de journalistes français, internationaux, et votre serviteur… ainsi que plusieurs acteurs du monde de la télévision française. Au cours d’un entretien qui n’a pas éludé les questions sensibles du moment (rumeurs d’acquisition de salles de cinéma pour diffuser ses propres contenus, rumeur de rachat d’EuropaCorp, et bien évidemment Cannes), Hastings a déroulé un sens de la com maîtrisé de A à Z, esquivant les réponses les plus fâcheuses et brossant habilement dans le sens du poil un secteur français pas toujours prompt à l’accueillir à bras ouverts.

S’il fallait retirer quelques points de cette intervention parfaitement rodée, c’est que Sarandos a profité de sa présence pour réaffirmer la position de Netflix plutôt orientée comme une alternative à la télévision, citant comme concurrents principaux les chaînes traditionnelles comme Canal+ et HBO, ou les autres plateformes de souscription, notamment chinoises (Baidu, Tencent ou AliBaba pour ne citer qu’elles). Point d’opposition frontale avec l’industrie cinéma, et même un bref mea culpa pour désamorcer la situation cannoise, même si on devrait sans doute attendre quelques temps avant de revoir un film Netflix sur la Croisette. Réaffirmant Netflix comme un centre de production créatif résolument orienté sur les contenus qui font l’objet de la plus forte demande (séries, stand-ups, séries documentaires…), Hastings a dessiné un ordre des choses dans lequel cinéma et SVOD peuvent cohabiter, et dans lequel Netflix trouvera forcément son intérêt à investir dans des contenus aux quatre coins du globe. Pour l’instant ça nous a donné Marseille et Je ne suis pas un homme facile, ça devrait certainement s’améliorer dans les années qui viennent.

Mais alors l’infini, me direz-vous ? Pour comprendre il fallait s’orienter vers Ad Vitam, peut-être la plus grosse attente française du festival, signée Arte. Et pour cause, puisqu’elle marquait l’arrivée sur le petit écran d’un des cinéastes les plus surveillés de la nouvelle génération : Thomas Cailley, qu’on ne remerciera jamais assez ses Combattants pour avoir été le détonateur propulsant Adèle Haenel vers les commets du cinéma français. Deux ans après Trepalium, sur laquelle il avait pris part à l’écriture du scénario, Cailley fait de nouveau équipe avec la chaîne franco-allemande, cette fois-ci derrière la caméra également.

Ad Vitam nous plonge dans un monde futuriste, dans la ville d’Attenberg, où la science a réussi à tout simplement triompher de la mort, et où la doyenne japonaise de l’humanité vient de fêter ses 169 ans, avec la fraîcheur d’une jouvencelle. La société s’est adaptée à ce bouleversement de la biologie, les citoyens pouvant conserver leur corps de jeunesse à l’aide d’une thérapie en cuve à répéter fréquemment. C’est pour cette raison que Darius Asram, flic de 116 ans bien tassés, se dirige lentement vers une fin de carrière réglementaire, bien que possédant les traits d’Yvan Attal. Sauf que dans un pays où les gens ont appris à vivre sans l’épée de Damoclès de la mort au-dessus de la tête, certains choisissent de refuser une existence vouée à l’éternité. Dans l’ombre de mouvements sectaires pro-suicide, les cadavres de sept jeunes adolescents sont retrouvés sur une plage avec une belle dans la tête. Darius, avec l’aide de Christa (Garance Marillier), ex membre de ces mouvements, va tenter de comprendre le fin mot de l’histoire…

Derrière son duo d’acteurs vedette, Ad Vitam aligne une distribution plus qu’alléchante (Niels Schneider, Rod Paradot, Hanna Schygulla, Ariane Labed), à laquelle on rajoutera le chef opérateur Yves Cape, qu’on a pu voir à l’oeuvre sur Holy Motors (en duo avec la grande Caroline Champetier) et collaborateur fétiche de Bruno Dumont jusqu’à ce que ce dernier décide de se mettre à la comédie. Ce dernier offre à Ad Vitam une image soignée aux petits oignons, à l’image de son incroyable séquence d’ouverture, posant les fondations d’une série qui sort très vite du lot esthétiquement.

Le reste des deux premiers épisodes n’est pas toujours de cet acabit, avec quelques moments de creux et des mystères qui n’en sont pas réellement. Mais la capacité avec laquelle Cailley parvient à bâtir un univers cohérent et immersif est à saluer, sans jamais à avoir à forcer sur des gimmicks superflus. Le mystère servant de fil rouge à la saison peut sembler un peu mince, mais il n’empêche jamais de se passionner pour ce qu’il s’y passe. On ne veut pas trop s’avancer, mais ça peut s’annoncer comme une prochaine valeur sûre pour Arte.

Warrior de Christoffer Boe avec Dar Salim, Danica Curcic, Jakob Oftebro…, date de sortie en France encore inconnue (6 épisodes)

Ad Vitam de Thomas Cailley avec Yvan Attal, Garance Marillier, Niels Schneider…, date de diffusion en France encore inconnue (6 épisodes)

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d'un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J'aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j'aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l'ouvreuse. J'officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

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