Séries Mania, jour 4 : Ch’ticago, sentiers battus

Dans l’épisode précédent…

Le premier week-end de ce Séries Mania 2018 étant reparti dans le TGV dans les valises de certains Parisiens, ce lundi sentait un peu le caisson de décompression. Pendant que tout le monde autour glande un peu chez soi tranquille devant le dernier Westworld avec une bonne tasse de thé chaud vu le temps de brin (on a beau être local, 9° sous la grisaille à dix jours de Cannes ça picote), ceux qui ont mal calculé le calendrier de leurs ponts du mois de mai restaient sur le point. Journée bien remplie et riche en propositions, en attendant l’ouverture des conventions pros auxquelles on essaiera de consacrer quelques lignes si on a le temps de s’y faufiler (on va essayer de pas se priver de la potentielle apparition, hélicobite fièrement dressé, de Reed Hastings devant un parterre de la scène culturelle franco-française quand même).

Deux conférences au programme du jour ont encore permis de nous changer du quotidien et d’aller poser notre postérieur courbaturé non pas dans un fauteuil à voir des gens parler dans un écran, mais dans un fauteuil à voir des gens parler devant un écran. La première, consacrée aux minorités dans les séries à l’ère de la présidence Trump, n’avait au final qu’un intérêt assez limité pour qui s’intéresse un tant soit peu à l’actualité de l’autre côté de l’Atlantique, soit en gros quiconque possède un compte Twitter aujourd’hui. Un beau parterre d’universitaires et de spécialistes (paritaire en termes de représentativité de genre mais tous blancs, ça la fout un peu mauvaise quand on aborde la politique de représentation des minorités tout de même) a quand même réussi à rendre le tout pas trop décousu, s’appuyant notamment dans leurs démonstrations sur Grey’s Anatomy, Dear White People, Sense8 (je reviens, je vais chialer) et Twin Peaks, parce que faut pas déconner on reste entre intellectuels. Et au fond, ça fait toujours un peu plaisir d’entendre dans des débats ici en France des noms et des mots comme Tamir Rice, non-bijectivité et intersectionnalité, tout comme ce n’est jamais déplaisant d’entendre une intervenante malmener un peu son auditoire en balançant que Twin Peaks à l’époque, ça pouvait être un poil misogyne. Rien de mieux qu’un moment de réflexion qui accepte de sortir son auditoire de sa zone de confort.

La seconde était une rencontre exceptionnelle avec Carlton Cuse, qui a bien évidemment parlé en long, en large, en travers et en espéranto sans doute à ce stade du final de Lost, mais aussi de Nash Bridges, de l’inceste à la cool dans Bates Motel et surtout de The Adventures of Brisco County Jr., western steampunk méchamment stylé des années 90 avec l’immense Bruce Campbell. Typiquement le genre de curiosités qu’on aimerait énormément voir rééditer dans nos contrées un jour, et avant que Bruce Campbell ne meure (C’EST À DIRE JAMAIS, VOUS ENTENDEZ) de préférence. Pour le reste, vous retrouverez le compte-rendu du livetweet ci-dessous, vous avez l’habitude maintenant. Sachez qu’en guise de cadeau pour les feignasses qui ne dérouleront pas le thread jusqu’au bout, on a eu le droit à deux scènes exclusives du prochain Jack Ryan produit pour Amazon, où on peut voir que John Krasinski a la méga-classe, mais pas autant que Wendell Pierce (qui doit donc avoir la giga- ou la téra-classe). Pas grand chose à en retirer, si ce n’est que ça n’a pas l’air d’être ce qui va réinventer la roue en terme de mise en scène d’espionnage.

Mais Séries Mania c’est aussi des séries ! Des séries toutes neuves, toutes fraîches, toutes inédites, toutes bien en compétition après des dizaines d’heures de dur labeur pour élaborer un panorama rafraîchissant de la vitalité sérielle mondiale !

Ouais alors, sauf qu’en même temps ils ont programmé aussi The Chi, et comme j’avais toujours pas vu The Chi, et bah je suis allé voir The Chi. Quelle honte.

The Chi, ce n’est pas uniquement le nom du Chirac trotskyste inventé par les Guignols à l’époque où les gens regardaient encore les Guignols. C’est aussi le nom de la création sérielle de Lena Waithe, qu’on a tous découvert dans la géniale Master of None d’Aziz Ans…

(silence gêné)

Dans la géniale Master of None co-créée par Alan Yang.

The Chi, c’est évidemment la contraction de Chi-Town, A.K.A Chicago, ville de Barack Obama, Michael Jordan et de la fratrie Belushi, y compris ceux qui ne s’appellent pas John. Inspirée par la propre enfance de l’actrice dans la banlieue sud de Chicago. Loin de la légèreté douce-amère de Master of None, The Chi prend direct aux tripes et crée immédiatement une galerie de personnages incroyablement puissante. C’est beau, c’est incarné (y a des scènes de cuisine parmi ce que la série américaine a fait de mieux dans le genre ces dernières années), ça pue le vécu par tous les pores, bref ça mérite toute la belle publicité qui tourne autour de cette série.

Reste qu’on tirera un coup de chapeau aux équipes de projection (ça arrive même aux meilleurs) qui ont réussi l’exploit de diffuser les deux épisodes prévus… dans le désordre. D’un coup, on comprend tout de suite un peu mieux pourquoi tout cela semblait un peu décousu et complexe niveau flashbacks…

Kepler(s) est donc le Split français ; et vu que c’est français il y a donc une affaire de meurtre dedans.

Plus tard dans la soirée, parce que ma mère voulait absolument une photo de Marc Lav… parce que c’était ce qui se casait le mieux dans le programme des projections, on a donné sa chance à Kepler(s), un polar commandé et prochainement diffusé par France 2. Et cela sans être ivre, et en pleine connaissance de cause. Marc Lavoine y incarne un flic, Samuel Kepler, chargé d’enquêter sur la disparition inexpliquée d’une adolescente à Calais, qui emmène rapidement le policier et sa partenaire Alice Haddad (Sofia Essaïdi, ex-participante de la Star Ac’ reconvertie en actrice fétiche des fictions télé du service public). Ensemble, ils remontent vite la piste louche de passeurs de migrants, le tout dans le contexte explosif de la démolition de la « jungle ».

Ah et oui, Kepler est accessoirement torturé par ses démons, dont on comprend bien vite qu’ils participent chez lui d’un syndrome dissociatif de la personnalité, sans trop entrer dans les détails. Si ça vous rappelle Split de M. Night Shyamalan, c’est normal : c’est exactement la même chose. Kepler(s) est donc le Split français ; et vu que c’est français il y a donc une affaire de meurtre dedans. Le tout donne une impression de joyeux n’importe quoi, c’est pas très bon et ça veut brasser 70 thèmes à la fois, mais une fois qu’on est pris dedans, comme toujours, on veut savoir qui a fait le coup. Mais c’est vraiment si vous êtes crevés un mercredi soir pluvieux et que le lecteur Blu-Ray est en panne…

À noter également que l’un des événements de ce lundi 30 avril était un marathon comédies au théâtre Sébastopol qui s’étendait sur toute la nuit. On est trop vieux pour ces conneries donc on a fait l’impasse, mais comme on a déjà vu quelques épisodes d’AP Bio, on peut vous dire que c’est gentil, mais pas à se taper le cul par terre non plus malgré l’abattage du duo Glenn Howerton/Patton Oswalt (si vous êtes des fanatiques des acteurs d’It’s Always Sunny in Philadelphia, Caitlin Olson s’en sort un peu mieux qu’Howerton avec l’excellente The Mick, diffusée en France sur 6ter). Véritable locomotive de la soirée, la projection en avant-première de vingt-Cinq, comédie générationnelle produite pour OCS entre autres par Géraldine Nakache et créée par Bryan Marciano, ouvrait quant à elle la soirée. On n’était pas sur place, mais on a pu voir les trois premiers épisodes en amont.

On aurait aimé aimer, sauf qu’une série ou en l’espace d’une heure et demie on peut voir le héros principal stalker comme un porc son ex-copine en la harcelant de mail, un de ses potes balancer sa dick pick sur Tinder, et un autre (joué par Pablo Pauly, la révélation de Patients, le film de Grand Corps Malade) traiter sa copine comme de la merde en boîte (à plus forte raison quand celle-ci est jouée par ESTHER GARREL BORDEL COMMENT GENRE CA TE VIENDRAIT A L’ESPRIT DE TROMPER ESTHER GARREL), on a que moyennement envie de voir la suite. Surtout quand ces millenials de 25 ans semblent pour la moitié en faire dix de plus. Tout n’est pas raté, c’est vrai, et il y a quelques qualités d’écriture. Mais mises au service d’imblairables héros misogynes. Dommage.

Ah et comme si la journée n’avait pas été assez complète, on a pu caser une petite interview en scred avec Hossein Amini et James Watkins, venus promouvoir leur McMafia (que vous pouvez déjà rattraper sur Amazon Prime Vidéo). On va essayer de vous retranscrire et de sortir tout ça d’ici la fin du festival si d’ici là l’un d’entre vous invente un moyen de rallonger les journées à 33 heures. Je compte sur toi, Start-Up Nation.

The Chi de Lena Waithe et Elwood Reid avec Alex R. Hibbert, Jason Mitchell, Ntare Mwine, diffusé sur Showtime depuis le 7 janvier, inédit en France (droits acquis par le groupe M6, 10 épisodes)

Kepler(s) de Jean-Yves Arnaud, Yoann Legave, avec Marc Lavoine, Sofia Essaïdi, Serge Riaboukine, diffusion prévue sur France 2 à une date encore inconnue (6 épisodes)

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