Lean on Pete : Le cheval, c’est son dada

Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cinéma Européen des Arcs, Lean on Pete raconte l’histoire d’un gamin de quinze ans dénommé Charley, obligé de se débrouiller seul face à un père inconstant, plus pote que vraie figure paternelle, dans une petite ville de l’Amérique profonde. Un jour, il trouve un petit boulot chez un entraîneur de chevaux et se prend d’affection pour l’un de ses pur-sang, Lean on Pete. Mais bientôt livré à lui-même, Charley décide de s’enfuir avec le cheval, dans l’espoir d’une vie meilleure pour tous les deux.

Troisième film d’Andrew Haigh (après le sublime 45 ans avec Charlotte Rampling), Lean on Pete est l’adaptation du roman éponyme de l’Américain Willy Vlautine et la première incursion du réalisateur britannique dans les contrées arides et asséchées des Etats-Unis. De l’Oregon où Charley vient à peine d’emménager avec son père jusque dans le Wyoming, à la recherche désespérée de sa tante bien-aimée qui l’avait autrefois élevé, Andrew Haigh dépeint un parcours initiatique abrupt au sein d’une Amérique quasiment apathique, où un jeune ado n’a plus d’autre recours que la fuite face aux adultes et le repli sur soi.

Charley est un gamin esseulé dans une société de laissés-pour-compte. Presque le seul personnage capable d’éprouver de l’empathie : pour son père en qui il porte un amour inconditionnel ; pour sa tante et ses bribes de souvenirs qui lui restent ; et surtout pour Pete, silencieux compagnon d’infortune. C’est d’ailleurs cette empathie et cette candeur qui le pousseront à partir sur la route avec ce cheval, promis à un destin funeste. Autour de lui, gravitent tous les marginaux du rêve américain : les soldats revenus d’Irak rivés sur leur Playstation, les SDF exclus définitivement du système, les travailleurs précaires, les Mexicains, citoyens de seconde zone… Il s’agit là d’un tableau sans phare de l’Amérique désœuvrée, white trash mais pas que, qui galère et n’arrive plus à sortir la tête de l’eau.

La plongée dans le milieu des courses hippiques illustre bien cette désillusion du rêve américain : Del Montgomery (Steve Buscemi, toujours parfait pour jouer des personnages borderline) incarne un éleveur de pur-sang autrefois prospère et passionné par les chevaux. Aujourd’hui presque ruiné, le cheval n’est plus qu’un moyen pour s’enrichir, une chose à laquelle on ne s’attache pas et dont il a désormais horreur (« ça n’est pas un chien », dira le personnage joué par Chloë Sevigny, jockey au corps cassé, qui n’arrive pas à raccrocher des courses et des arnaques). Un produit de consommation ayant fait la fortune puis la déroute de son propriétaire, qui n’hésite pas à le doper puis à jeter à la casse, une fois la course finie.

Del Montgomery (Steve Buscemi), pas très à cheval sur la morale

Hélas, à l’instar de son cheval, Lean on Pete souffre d’un vrai manque d’endurance. Le film est trop long (notamment dans sa dernière partie en ville), ce qui donne à son contenu un côté un peu « fourre-tout d’idées ». Le spectateur a ainsi l’impression de regarder trois films dans le film, pas déplaisants en eux-mêmes, mais beaucoup trop denses pour une seule et même histoire.

Enfin, impossible de ne pas saluer la performance d’un jeune acteur à suivre. Charlie Plummer, sorte de mix entre Michael Shannon jeune et River Phoenix, livre ici une partition fiévreuse de cet adolescent fugueur tout en tristesse contenue, sans jamais tomber dans le pathos et la larme facile. Armé d’une volonté de fer pour retrouver sa tante, il parcourt près de 1 500 km à pied à bout de souffle, perdu et pourtant tenace. Le spectateur souffre avec lui du manque d’eau dans le désert, du soleil qui tape, des brûlures sur la peau et de son deuil silencieux. Les paysages désertiques et la photographie saisissante capturent avec finesse ce sentiment d’impuissance face à l’immensité et la douloureuse quête de soi qui attend le jeune garçon au bout du chemin.

Lean on Pete, de Andrew Haigh. Avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Steve Zahn. Sortie le 4 avril 2018.

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