Interview avec le réalisateur de Los Nadie: Punk not dead !

Au début de l’année, à l’occasion du Black Movie en Suisse on avait eu l’occasion de croiser Juan Sebastian Mesa à la cantine du festival. On venait de découvrir son premier long métrage, Los Nadie. Le mec était très cool, et le film nous avait marqué. Du coup on s’est laissé tenté par une seconde vision du film au Festival du Film Colombien à Paris, organisé par l’association Le Chien qui Aboie. Le coup de cœur est confirmé: on tient là un nouveau talent qu’il faudra suivre ces prochaines années. Alors que Le Chien qui Aboie se lance dans la distribution et lance ce mercredi Los Nadie, on a voulu évoquer son film avec lui. Rendez vous fut donné dans les locaux, fort sympathiques, de la Cinéfondation.

Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à faire du cinéma ?

Quand j’étais petit je regardais beaucoup de films, mais je me suis rendu compte qu’il s’agissait souvent de vieux films, réalisé par des cinéastes âgés. Pour moi devenir cinéaste était un rêve plutôt lointain, inaccessible. Ensuite j’ai décidé d’intégrer une formation de photographe à l’université. J’ai appris à ce moment là qu’il n’y avait pas besoin forcement d’un million de dollars pour faire un film, que l’on pouvait le faire avec peu de moyens. Alors avec un groupe de potes j’ai décidé de me lancer. C’est, ensuite, les circonstances qui m’ont donné l’occasion de tourner mon premier film.

la monotonie dans laquelle baigne les personnages

Pourquoi avoir choisi de tourner en noir et blanc ?

Le choix du noir et blanc est venu dès l’écriture, car je voulais retranscrire une certaine intemporalité. On atténue les changements de lumière si bien que l’on ne sait pas trop s’il s’agit du matin, du midi ou du soir. Ça m’intéressait de retranscrire par l’image la monotonie dans laquelle baigne les personnages. La seconde raison c’est que Medellin est une ville très colorée, tout comme le sont les coiffures des acteurs. Et je souhaitais que le regard des spectateurs ne soit pas distrait par autre chose que les personnages.

La musique et le punk en particulier est très présente dans Los Nadie, ainsi que dans d’autres films colombien récents : Oscuro Animale ou X 500. Peux tu nous parler du choix de cette musique dans ton film et ton rapport à la musique en tant que cinéaste.

Le punk est une musique très ancrée à Medellin, presque une tradition. Il y a plusieurs groupes qui se sont spécialisé dans la radiographie de la ville. Pour moi c’était important d’utiliser ces groupes et leurs chansons pour qu’ils participent à la narration dans la narration. Une façon de faire partager leur sentiment amoureux ou vis à vis de ce que la société veut leur imposer. J’ai également, dans ma jeunesse, appartenu à un groupe punk, c’est une musique que je connais bien, c’était important d’utiliser cette musique. Cela m’intéressait mettre en rapport la jeunesse et la musique, même si l’on n’écoute pas forcement du punk dans tout Medellin.

Comment as-tu choisi les acteurs et comment s’est déroulé le tournage, y a t’il eu des discussions avec certains gangs ?

Deux des personnages, Manu et celui qui rate son départ à la fin, étaient des potes de longue date, et on est partis faire un casting sauvage auprès de nos propres connaissances. On n’a pas cherché plus loin. Pour le tournage on a voulu concilier les règles d’un tournage classique, en ayant des autorisations, mais également respecter la dynamique de certains lieux de tournage où l’important était plus d’avoir les habitants avec nous. Et effectivement, pour les dernières scènes il a fallu rencontrer les types qui géraient le quartier, leur expliquer notre projet; ils l’ont compris et nous ont laissé tourner.

Avec ce budget très serré, on a décidé de se lancer

L’État Colombien a mis en place récemment une politique d’aide au cinéma. A-t-il été d’une grande aide pour financer et tourner ton film ?

On a réussi à avoir un financement en post production; en fait au début il s’agissait d’un court métrage et nous avons eu un prix pour ce projet. Avec l’argent on a décidé de réaliser un long métrage. Le tournage a duré 10 jours et une nuit. Avec ce budget très serré, on a décidé de se lancer, parce que c’était le moment de le faire, notamment à cause de la dynamique dans laquelle étaient les personnages.

Certains cinéastes colombiens travaillent parfois ensemble comme Juan Andrès Arango et Felippe Guerro sur X 500, penses tu appartenir à une communauté de cinéastes. Penses tu travailler dans le futur avec tes collègues ?

Effectivement, en ce moment je travaille avec une réalisatrice et amie. Cela m’est déjà arrivé de travailler avec des copains en m’occupant de la direction de la photo ou le montage. C’est une chose possible quand on a le même regard, le même point de vue. Il y a peu, un tournage s’est terminé à Medellin, il s’agissait du prochain film de ma seconde assistante sur Los Nadie : Catalina Arroyave.

Nous sommes à la Cinéfondation, une sorte de laboratoire pour le Festival de Cannes qui tente de soutenir de nouveaux talents. Quel effet cela te fait de succéder à des cinéastes comme Wang Bing, Laszlo Nemes ou Michel Franco ? Ressens-tu une certaine pression ?

Non, non, je ne sens pas forcement une pression. C’est plutôt un enrichissement de rencontrer d’autres réalisateurs dans cette résidence. J’ai beaucoup appris en politique et du point de vue de la géopolitique. Cela m’a beaucoup plu. Le plus important c’est d’écrire mon scénario. Et puis si certains ont réussi, d’autres n’ont pas confirmé leur travail. Alors pour moi le plus important, c’est de réussir mon scénario.

Je travaille sur un projet qui s’appelle : « La rouille »

Peux tu nous en dire plus sur le film que tu prépares ?

Je travaille sur un projet qui s’appelle La rouille. La rouille est un champignon qui parasite un certain type de feuille du cafetier. Et c’est sur un jeune paysan qui reste dans son village alors que ses amis décident d’aller travailler ailleurs. Cela se passe dix ans après les départs et c’est une réflexion sur ceux qui restent et ceux qui partent.

À ce propos concernant l’exil, le départ: cette thématique se retrouve dans d’autres films colombiens et d’autres cinéastes ont décidé de s’exiler. Souhaites-tu t’établir ailleurs ?

Pour l’instant je ne veux pas quitter la Colombie. C’est là-bas que se trouve le cinéma que je veux faire, je ne ressens pas la nécessité de partir. Et puis j’ai eu l’occasion de m’établir ailleurs, donc je préfère retourner en Colombie.

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

Be first to comment