Jalouse : Lose Suprême ?

L’Arras Film Festival a inauguré sa 18ème édition sur une touche légère mais non moins fine : Jalouse, le dernier long-métrage des frères Foenkinos. Karin Viard déroule son rôle sur-mesure avec tout le talent qu’on lui connaît. Les mauvaises langues pourront persifler un « sans surprise », et pourtant…

Jalouse serait de prime abord une histoire de femme. Epouse délaissée, prof de lettres divorcée, mère d’une jeune adulte, bonne copine et amante pas religieuse façon Sex & the city, être tout ça en même temps. Cependant, y voir quelqu’un qui interagit avec les autres à un moment donné de sa vie, un individu aux prises avec la société, avec les règles inculquées (plus qu’avec celles qui ne vont bientôt plus du tout arriver, haha). Bref, et si avant d’être une simple et énième histoire de bonne femme c’était avant tout celle d’un être humain ?

A trop considérer sa vie par le prisme des genres et des codes censés régenter ceux-ci, c’est sûr on finit malheureux(se), excédé(e) par tant d’impératifs et d’exhortations à la normativité-compétitivité-attractivité, quelque part entre schémas prémâchés, course au rendement et hypersexualisation… jusqu’à s’entendre réclamer son corps d’avant devant une platine vinyle flambant neuve dans une boutique de disques où il n’y a que des mecs ternes. Tout ça pour écouter le « vrai son » – ou pour mieux (faire) entendre la vérité ? Alors non, le personnage de Nathalie Pêcheux n’est définitivement pas « variété française » mais amour suprême, et tant pis si le nom du jazzman en question lui échappe, elle aura au moins eu le courage de pousser la porte de l’échoppe de ce disquaire blasé. Finalement, on s’attache à cette Nathalie car si ça se trouve, pas très loin, il y a peut-être encore pire qu’elle.

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Trinquer (encore et toujours)

Il faut croire que la cinquantaine entamée permet de s’affirmer chaque jour davantage ; personne ne semble l’impressionner, les clichés sont écorchés à la pointe de son épée vengeresse, mère phallique qui manie le verbe avec panache, et c’est un peu normal vu sa profession. Des tirades qui ne sont là que pour attester d’un besoin de franchise à l’excès, de dire envers et contre tous, mais quoi, qu’on demeure un enfant apeuré et que cela concerne tout un chacun ? Sauf que son entourage lui pose problème, et que son comportement à elle pose problème à son entourage. Rien ne va plus. Qui a tort, qui a raison et qui a toute sa tête ? La parole vraie du fou, l’innocence de l’enfant. S’approcher de ça. Mais se voir recadrée par la verticalité, à la fois par son ami-collègue (mais c’est lui le boss du bahut), par son ex-mari (qui est en couple, lui) et par son potentiel nouveau petit ami (du moins par son boycott téléphonique).

En toute logique, il faudra passer par la case piscine (tiens c’est marrant, Karin Viard nage souvent dans ses films) et par la case cimetière pour enfin renaître. Via cette rencontre symbolique fortuite, s’envisager lavée, rincée et comme enfin débarrassée des contingences de la sacro-sainte féminité et autres étiquettes multiples à ne plus savoir quelle est son identité.

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Quitte à plonger…

D’aucuns diront que le scénario est ultra prévisible, n’empêche, l’étape de la résolution a de quoi interroger, car en fait tout rentre dans l’ordre quand : il s’agit de ne plus faire de sales blagues (à ses ex, qui ont pourtant la tête pour, d’une lâcheté crasse au point de se recoller en couple avec la première bécasse qui passait par là) ; de ne plus ouvrir sa gueule au boulot (pour mieux « collaborer » n’est-ce pas, ou devoir feindre une super entraide au féminin) ; d’accepter d’entretenir une relation amoureuse à distance (car mieux vaut ça que rien du tout, ce serait vraiment trop triste !).

Quant à la ravissante progéniture, il faut bien sûr révéler son côté mère-poule à son égard et ne pas réserver celui-ci qu’à ses poussins-élèves. Autrement dit, l’amour (maternel ?) et la compassion doivent nécessairement l’emporter, le self-control et tout contrôler plutôt que des actes manqués abominables ou une simple volonté de lâcher-prise, fût-ce via quelques verres superflus, au travers d’éclairs de lucidité qui valent plusieurs séances de psy d’affilée, ou encore sur un tapis de yoga…

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Les enfants : des reflets de soi ?

Jalouse, ce sont les autres qui le disent. Plutôt que d’y percevoir comme une façon particulière et certes exubérante d’aimer et de protéger l’Autre, tous invitent à rompre avec ce sentiment explosif comme pour polir et amoindrir la personnalité de Nathalie et ses mots d’esprit. Oui, pour faire partie du groupe (et se faire aimer), il faut parfois veiller à rectifier le tir sur ce que l’on est, sur sa singularité. Et même si le film fait mine de surfer sur une certaine ambiguïté, ça préfère causer ici ménopause et paranoïa colérique sous couvert de sentiment d’abandon, davantage politiquement correct. Bref, des prétextes de l’inconscient (et de dame nature) à foison comme pour s’excuser d’être aussi maladroite et drôle à la fois. Mais tant pis, rien n’empêchera de s’endormir sur des tapis de yoga… et d’envoyer au tapis ces satanées bouffées de chaleur. Vive les troubles (hormonaux) à l’ordre public.

Jalouse de David et Stéphane Foenkinos, avec Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Anaïs Demoustier, Dara Tombroff, Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila. Sortie en salles le 8 novembre.

A tendance à penser que les salles obscures soulagent sa myopie tellement l’impression d’y voir plus clair après.

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