Nos intrépides aventures au Festival d’Annecy : Part Quatre Quart.

Le réveil sonne beaucoup trop tôt en ce jeudi ensoleillé, et vient mettre fin à une nuit orageuse. C’est la tête dans le derrière, mais d’une marche assurée que l’on se rend dans une brasserie rejoindre le petit déjeuner des Femmes S’animent…

« Womeninanimation! »

(Si vous le dîtes à haute voix avec le ton du Minion qui gueule « Illumination », ça marche.)

Cela fait de nombreuses années que le collectif Women In Animation existe. En France, Les Femmes S’animent est une association créée en 2015 ; elle organise des rencontres mensuelles à Paris, ainsi que quatre grands rendez-vous annuels pour parler de la situation des femmes dans le milieu de l’animation.

Cette année à Annecy le premier lundi a été marquée par une série de conférences sur le sujet, auxquelles s’ajoutent des petits déjeuners tous les matins, sur des thématiques diverses et variées. Aujourd’hui, il s’agissait de présenter les équipes de production de deux projets: d’un côté Ma Vie de Courgette, et de l’autre The Man Woman Case, qui mérite d’être présenté tant l’idée est cool. Il s’agit d’une série animée en 10X5 pour Studio 4 de France Télévisions, qui raconte l’histoire d’une femme transgenre poursuivie par la police pour un crime qu’elle n’a pas commis. Ce sont donc des regards d’artistes portés sur le milieu de l’animation, et ça, c’est cool.

Le stop motion c’est LA MORT

Les discussions tournent principalement autour des détails de la production. On y apprend comment le réalisateur de Ma Vie de Courgette a choisi son équipe, avec beaucoup de chefs de départements femmes donc. Pour la petite histoire, sachez que la productrice avait fixé en termes de budget 5 secondes d’animation par jour ! Au final, la moyenne a plutôt était autour de 4 secondes. Le stop motion c’est LA MORT. On note aussi le côté visionnaire du réalisateur Claude Barras, qui a décidé de créer les personnages avec des imprimantes 3D alors que celles-ci n’étaient encore que très peu connues, huit ans avant la complétion du film.

Du côté de The Man Woman Case, nous avons une scénariste, une réalisatrice et une productrice (Joëlle Oosterlinck, Anaïs Caura et Hélène Gendronneau). Ensemble, elles ont dirigé « au fouet », disent-elles en riant, six animateurs qui ont mis en image leur vision avec un mélange d’animation traditionnelle et de rotoscopie. Du fait de cette dernière, elles se sont retrouvées avec que des femmes derrière la caméra à filmer des hommes, ce qui est assez rare pour être souligné. On ne peut que vous encourager à découvrir à l’aide du lien déposé plus haut ; présentée dans la catégorie films de télévision à Annecy, on lui souhaite beaucoup de succès tant le sujet et l’approche mérite notre attention.

On finit par en arriver au sujet central, la place des femmes : l’objectif en France, c’est de parvenir à la parité dans l’animation en 2025. Actuellement, on apprend qu’elle est de l’ordre de 30-70 dans tous les domaines techniques et artistiques. Le panel remarque que les déséquilibres au sein des départements sont souvent liés à des inconscients sociétaux : en couture, en costume, on trouvera très peu d’hommes. À l’inverse, la superviseuse d’animation de Ma Vie de Courgette note que chez les animateurs en 3D, il y a très peu de femmes. Elle remarque également qu’il y en a beaucoup plus en France que dans d’autres pays anglophones où elle travaille aussi. Bien sûr, rien ne sert de se réjouir d’être moins pire que les autres ; si les écoles acceptent un même nombre d’étudiants et d’étudiantes, la parité devrait logiquement être respectée par la suite. Les femmes du panel remarquent alors qu’elles recrutent avant tout par compétences, ce qui les mène logiquement à des équipes mixtes. Peut-être faudrait-il donc poser la question aux hommes, qui auraient tendance à privilégier consciemment ou non, des partenaires masculins. On remarque enfin que si les chefs de départements sont régulièrement femmes, les réalisateurs sont presque tous des hommes. C’est une situation qui n’est pas unique à l’animation et se retrouve dans le reste du cinéma. En somme beaucoup de pain sur la planche !

On quitte le petit-déj repu et ravi, pour rejoindre la grande salle Bonlieu et découvrir le (probablement) favori de la compétition : Lou et l’île aux Sirènes. C’est le deuxième long-métrage de Masaaki Yuasa après le phénoménal Mind Game (2004). C’est l’histoire de Kaï, un adolescent boudeur qui passe son temps libre à composer de la musique sur son ordinateur et jouit d’une petite notoriété sur YouTube. Rejeté par sa mère quand il était petit, il vit avec son père et son grand-père. Kaï est en conflit avec sa famille parce qu’elle refuse qu’il fasse carrière dans la musique. Il accepte après plusieurs demande de ses camarades de classe Yuho et Kunio de rejoindre leur groupe. Lors d’une répétition apparaît Lu, une sirène amoureuse de musique dont la queue se transforme en jambes au son de celle-ci. Elle se met à chanter de sa voix aliénante et Kaï décide de l’inviter à chanter avec eux. Mais les habitants de la petite ville côtière pensent que les sirènes sont sources de malheur et ne voient pas cette situation d’un bon oeil.

Le film convoque beaucoup de personnages, et Yuasa n’a malheureusement pas le temps de tous les développer correctement comme il a pu le faire dans ses deux précédentes séries TV : Ping Pong et The Tatami Galaxy, que je vous invite à regarder. Il ajoute trop de sous-intrigues au fur et à mesure que le film avance sans réussir à toutes les boucler à la fin. Le film souffre par ailleurs de sa trop grosse ressemblance avec Ponyo sur la falaise de Ghibli, aussi bien dans les similitudes entre le personnage éponyme et Lu, que dans son message environnemental.

Après Mind Game, Yuasa laisse à nouveau le champs libre à son imagination débordante pour nous rendre au mieux son conte optimiste et coloré. C’est un véritable plaisir de retrouver son dessin superflat et son style aux formes libres. L’animation mélange le meilleur de ce que l’on peut faire sur flash et un délire très old school à la Mickey Mouse dans les scènes de danse. Lou et l’île aux sirènes est peut-être le travail le moins intéressant de Masaaki Yuasa, mais il ne faudra certainement pas passer à côté lors de sa sortie française fin août sous peine de manquer un beau moment d’animation à la liberté folle.

Cinéma VR Partie Deux

Après notre escapade d’hier, il fallait bien retenter l’expérience ! Mais cette fois, on entre vraiment dans le vif du sujet puisque nous avons là des œuvres qui par leur forme même interrogent la notion de cinéma: Du moins, si on est plutôt russophile. Je m’explique :

Beaucoup de théoriciens, certain.es d’entre vous le savent, ont tenté de définir ce qui rend le cinéma unique. Pour certains, notamment en Russie, c’est le montage qui est constitutif. Eisenstein, Koulechov, tout le blabla. Pour d’autres, c’est le plan séquence, en ce qu’il capture le mouvement comme aucun autre art ne le peut.

Le premier film que j’ai pu voir aujourd’hui s’intitule Son of Jaguar, et n’était qu’une version non finie d’un court à venir. C’est l’histoire d’un catcheur avec une jambe de bois, qui monte sur le ring alors qu’il ne devrait pas: parce qu’il a une jambe de bois, donc. L’esthétique est très mexicaine traditionnel, on est dans de la 3D qui rappelle La Légende de Manolo, ou le prochain Pixar Coco, dont on vous parlera demain ! Difficile de juger la qualité du court sur le peu que l’on voit, mais ce qui est clair, c’est qu’il est également difficile de juger sa qualité cinématographique… Parce que c’est du 360 degrés ! Exit le montage, ou plus précisément: entre une nouvelle forme, entièrement dictée par nos yeux. Quand le catcheur boite vers le ring, choisis-t-on de le regarder lui, de dos, ou bien de regarder sa femme au bord des larmes qui le regarde partir ?

La question est importante, mais elle est surtout intéressante ; cela ne fait pas des histoires en VR moins que du cinéma, cela en fait autre chose. Une nouvelle manière de raconter qui n’attend qu’à être exploitée. Et peut-être que pour l’instant, cela repose uniquement sûr du spectaculaire. Mais HOLY FUCKING SHIT qu’est-ce que c’est spectaculaire. Je vous le dis honnêtement: c’est grisant comme pas permis. Le deuxième court-métrage présenté aujourd’hui est un prologue à un projet de long métrage animé en 3D, et c’est tout bonnement un des trucs les plus dingues que j’ai jamais vus. Créé par Penrose Studios, le projet s’appelle Arden’s Wake. Tout commence sous l’eau. Des informations visuelles apparaissent tout autour de nous… une lumière en haut. Une épave en dessous. Puis, un corps. Deux corps. Une noyade. La mère coule, le père tente de la sauver, mais n’arrive qu’à rattraper sa fille. On est déjà en immersion totale (y a un jeu de mots aquatique à faire ici). Mais lorsque l’on se rend compte qu’il y a un CAPTEUR DE MOUVEMENT ET QUE L’ON PEUT SE DÉPLACER DANS L’ESPACE DIÉGÉTIQUE, C’EST LE MOMENT OU L’ON SE RETIENT DE SE PISSER DESSUS. Le film continue dix ans plus tard, et nous montre la fille partir à la recherche de son père au fond des eaux, tombé avec son scaphandre. L’animation est extrêmement fluide, et l’environnement sonore guide le regard assez intelligemment pour nous permettre de braquer nos yeux là où il le faut, quand il le faut, et ce tout en nous laissant tout de même libres de nos mouvements. C’est hallucinant, c’est le truc le plus cool que j’ai vu de tout le festival, et si cela fait de moi quelqu’un de superficiel, et bien je n’aurai qu’une chose à dire: au moins, je suis SUPER !

Projection événement: Capitaine Superslip

On retrouve finalement le chemin de la grande salle de Bonlieu, que l’on qualifierait d’électrique si on était naze comme Marc Lévy. Mais c’est un peu ça, au fond ; tout le monde est en forme ou bien trop fatigué, tout le monde chante à tue-tête le générique du festival (« C’EST LE PLUS BEAAUUU DES FESTIVEAUUUUUX »). C’est certain, quoi de mieux pour accueillir l’équipe américaine de Capitaine Superslip : un film d’animation Mikros produit dans 3 pays en même temps dont la France, et adapté de la bande dessinée du même nom ? D’ailleurs, le réalisateur découvre Annecy et le décrit comme « le meilleur festival d’animation au monde. De loin ! ».

Bref, le film est lancé, et le résultat est franchement impressionnant pour une production en deux ans. C’est fluide, dynamique, et varié puisqu’on a des parties en 2D, d’autres avec des chaussettes (oui), en plus du récit en 3d traditionnelle. Pour ce qui est de l’histoire, on est plus mitigé. Certes, c’est sympa, mais pour un film qui tourne autour du principe de l’humour, ça tombe un peu à plat. Les deux protagonistes sont des enfants farceurs, inventeurs du super héros Capitaine Superslip (le meilleur personnage du film très honnêtement), mais tout leur humour repose sur le pipi caca. Et ça, au bout d’un moment, c’est pas hyper frais (haha). Le film n’a au fond rien de déplaisant si ce n’est quelques incohérences scénaristiques ici ou là, mais il est également loin de casser trois élastiques de slip à un superhéros. C’est peut-être le souci du projet: à vouloir le faire ressembler d’aussi près aux grosses productions, il finit par pâtir en comparaison, plutôt que de se démarquer par son originalité. Le succès au box-office américain est déjà promis en tout cas, donc on peut espérer une suite qui explorerait plus avant les qualités d’un concept aussi fun.

Renaud et Lucas font du pédalo à Annecy, prennent le café avec Guillaume Meurice et font rager les veganes au barcue Pixar. Ah oui, et sinon, parfois ils voient des films.

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