Nos intrépides aventures au Festival d’Annecy : Part Trois

Jour numéro trois, et déjà la mi-parcours puisque les festivités se terminent samedi soir. Mais concentrons-nous sur la beauté de la ville et le grand soleil jaune qui tape, parce qu’il y a de quoi encore bien s’occuper et s’amuser. Le jaune, justement, est bien la couleur qui est à l’honneur aujourd’hui au Festival International du Film d’animation d’Annecy, et ce pour deux raisons.

La première, c’est la projection spéciale de Moi, Moche et Méchant 3 ce soir, à laquelle nous ne sommes pas allés parce que… bah c’est affreux les Minions, il faut bien l’avouer. Voilà une déclaration qui ne risque pas de faire polémique ! La deuxième raison, bien plus cool, c’est une célébration en l’honneur de Vincent Van Gogh, à l’occasion de la projection de Loving Vincent, dont nous vous parlerons plus tard dans la semaine ! Mais à en croire la standing ovation de cet après-midi, fort est à parier que ça en jette. En l’honneur de l’artiste justement, des peintres recréent des toiles au bord du lac, et ça franchement, ça défonce des tournesols en mono. Comme d’hab, j’offre une bière à qui comprendra le coup du mono.

A Silent Voice:

Toute la classe est chamboulée par l’arrivée d’une nouvelle qui est malentendante.

Mais pas le temps de flâner pour le critique aguerri (genre !), direction la grande salle Bonlieu pour voir le film en compétition A Silent Voice, troisième œuvre de la réalisatrice Naoka Yamada, et adapté d’un mange de 2011.

Le film, très long pour de l’animation puisqu’il dépasse les deux heures, raconte la vie de jeunes enfants japonais sur deux périodes: la fin du primaire, et la fin du lycée. Toute la classe est chamboulée par l’arrivée d’une nouvelle qui est malentendante. Une manière de rappeler à tous que les enfants sont aussi cruels que le monde dans lequel i/elles vivent. Très vite, les efforts requis quant à l’intégration de cette petite dans la classe se transforment en moqueries, puis en harcèlement. Des années plus tard, le plus coupable de tous les voyous est au bord du suicide et tente de réparer tout ce qu’il a brisé.

cette longueur nécessaire

Honnêtement, il y avait de quoi s’inquiéter, parce qu’est casse-gueule comme sujet. Mais il n’en est rien, et nous avons là peut-être le film au propos le plus riche de tout le festival. Oui, c’est long, ça ne se termine jamais, mais c’est cette longueur nécessaire aux personnages qui fait sa force. L’animation est tout ce qu’il y a de plus classique dans ce qui se fait au Japon à la fois en termes de style et de technique, et le montage est sensiblement intelligent et des fois original… Mais le scénario et les personnages déchirent.

On est à l’opposé de ce que je disais hier sur Ethel and Ernest, qui jouait beaucoup et efficacement sur la simplicité. Ici, rien n’est facile, tout est bien trop riche. Oser des personnages aussi complexes, en trois dimensions (bonus jeu de mots ?), dans un film d’animation en 2D (bonus jeu de mots !), c’est sacrément fort !

Qui plus est, on oublie trop souvent qu’une des thématiques de cette année à Annecy est Women in Animation. On a ici le cas d’une réalisatrice qui a permis dans son film à sept personnages féminins d’exister avec une richesse extrêmement rare, ce qui mérite grandement d’être souligné. A Silent Voice montre que l’on peut explorer le cinéma d’animation intelligemment et avec maturité, en offrant grâce au dessin une douceur à son histoire, une légèreté que l’on osera appeler poésie – eh oui bah oui on parle poésie maintenant qu’est-ce que tu vas faire ? – Cela sonne cliché, mais je m’en tamponne la frite avec une poutrelle mon gars, c’est vrai ! Dans ces portraits de personnages brisés, fragiles comme des feuilles de papier (bonus jeu de mots !), il y a de la beauté. Et ça, cela mérite une Palme d’or. Enfin. Heu. Un… César. Un Oscar. Non. Je ne sais pas. Une plume d’or. Un cornet d’argent ? Un Guillermo Del Toroscar ? Un prix quoi, merde (Un Cristal, peut être? Ndlr).

Cinéma VR, Mifa et WIP des Armateurs,

Puisque l’après-midi est moins chargé en dehors d’une projection de rattrapage de Zombillénium, très cool et très bien doublé, mais qui s’imagine sans doute un peu trop beau jusque là, on en profite pour aller faire un tour ailleurs…

Et voir un film en VR ! La projection du jour est signée Theodore Ushev, un habitué du festival. Son œuvre s’appelle Vaysha L’aveugle et utilise le casque franchement intelligemment. Sans aller jusqu’à contester la forme même du cinéma, puisque ce n’est pas du 360 degrés, donc on reste dans des contraintes notionnelles autour du montage, ce qui facilite l’évaluation de l’œuvre. Non, ici le casque permet de créer un visuel, un écran en forme d’œil géant dans lesquels se passe l’histoire de Vaysha. L’idée, c’est que Vaysha est une jeune fille qui a un œil qui voit dans le passé, et l’autre dans le futur. Les quelques minutes du court racontent sa triste vie, et l’on se voit être très impliqué dans le film puisqu’en fermant un œil ou l’autre, on peut comprendre le présent ou le passé. C’est très bien trouvé même si pas forcément toujours super introduit dans le déroulement. En effet, il faut constamment se retrouver face à une image hybride avant de comprendre qu’il faut fermer un œil pour suivre le fil (ça rappelle Adieu au Langage de Jean-Luc Godard, non? ndlr). C’est dans sa dernière minute que le film s’étend et surprend en jouant un peu plus avec sa forme ; dans tous les cas, il s’agit d’une création intéressante et originale qui reste dans le domaine du cinéma. On regrettera en revanche l’omniprésence de la narration, qui certes rajoute à l’idée du conte avec une oratrice, mais qui en même temps retire de sa force aux visuels ?

une plaie béante dans l’histoire des luttes sociales

On terminera notre journée par un tour au MIFA pour rencontrer Guillaume Villeneuve, le directeur de production du film Un Homme est mort, financé par Arte. L’œuvre était présentée dans la section Work in Progress aujourd’hui, et nous n’avons pas pu nous y rendre, mais nous devrions pouvoir bientôt voir ce qui a été présenté, car le projet nous intéresse énormément. Jugez plutôt en découvrant ce synopsis: « Brest, 1950. Les ouvriers, en grève, réclament des hausses de salaire. P’tit Zef, Édouard et Désiré participent à la manifestation organisée par la CGT, quand de violents affrontements surviennent. Les policiers tirent sur la foule, une balle atteint Édouard en plein front. La CGT fait alors venir le cinéaste René Vautier pour faire un film sur les événements ». Ce meurtre d’Etat reste une plaie béante dans l’histoire des luttes sociales, ravivé par l’homicide policier, couvert par l’Etat et les médias, du militant écologiste Remi Fraisse en 2014. Le film de Vautier a disparu, mais il a inspiré une bande dessiné du même nom: Un Homme est mort, éditée en 2006. D’après le très élégant directeur de production (oui, je le juge sur son physique), la production s’est beaucoup inspirée des violences policières, durant l’agitation populaire contre la loi travail, qui ont été contemporaines au développement du film. Autant vous dire qu’on a déjà très envie de voir ça !

On ne pouvait pas louper la venue du grand Go Nagaï pour la première fois sur le festival d’Annecy. Pour les personnes qui ne le connaissent pas Go Nagaï est le papa de Mazinger Z. Il est grandement influencé par Osamu Tezuka (Astro Boy). Dans son enfance, il a senti assez rapidement le besoin de lui aussi écrire des histoires de SF Mecha (genre dans lequel des pilotes contrôlent des robots à formes humanoïdes) tout en se détachant de ses modèles. Mazinger Z a d’abord été un manga avant de devenir une série télévisée en 1972. Très connu et réputé au Japon, l’anime est resté confidentiel en France à l’inverse d’une de ses suites: Goldorak (1975).

Go Nagaï est présent à Annecy puisqu’il présentait le making of du nouveau long métrage de Mazinger Z en fabrication depuis 9 ans dans les studios de la Toei Animation. Aux commandes le réalisateur fidèle du studio Junji Shimizu, connu sur son travail sur plusieurs films One Piece. Le long métrage se déroule 10 ans après la série de 1972, et Koji Kabuto pilote de Mazinger Z, ait combattu le savant maléfique Dr Hell. Aujourd’hui, Koji est un scientifique qui découvre une étrange forme de vie dans une structure géante enterrée au-dessous du mont Fuji. Une nouvelle bataille mettant en jeu le sort de l’humanité va se dérouler.

Les fans présents en grand nombre ont eu la chance de découvrir deux vidéos. La première dans laquelle témoignent les postes principaux de l’équipe technique où ils expliquent chacun leur tour la place importante qu’a tenue l’œuvre de Go Nagaï dans leur vie. En quoi faut-il être à hauteur des enjeux, notamment techniques, pour cette nouvelle adaptation ? Puis un extrait d’images de la série réalisée exclusivement pour le festival. Un montage digne de l’œuvre du maître japonais : le grand défi d’incrustation des robots en 3D avec le reste de l’animation en 2D est relevé aisément. Le film semble fidèle à l’esprit de la série d’origine et Ichinao Nagaï promet plus de maturité que dans l’œuvre originelle. Notons, un grand moment lors de cet événement lorsque Go Nagaï a mentionné les nombreuses influences de Mazinger Z en citant Guillermo del Toro, présent dans la salle, trépignant sur son siège à chaque nouvelle image.

D’ici quelques mois, les fans du monde entier devraient frissonner en retrouvant leur héros 45 ans après sa disparition des écrans. Le film est terminé à 70 % et si la livraison devait se faire fin juillet, aucune date de sortie n’est encore fixée, mais le réalisateur a précisé que le film devrait être distribué en Europe avant d’attendre les salles japonaises.

Il ne nous reste qu’à aller redécouvrir les premiers épisodes de la géniale série française Last Man sur grand écran pour conclure une journée bien remplie.

Renaud et Lucas font du pédalo à Annecy, prennent le café avec Guillaume Meurice et font rager les veganes au barcue Pixar. Ah oui, et sinon, parfois ils voient des films.

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