Patti Cake$ : C’est pas du gâteau, Tel est notre ghetto

Alors que l’on célébrait jeudi le palmarès rafraîchissant de la Semaine de la Critique, célébrant les films plus ambitieux, audacieux et novateurs de la sélection (les meilleurs, en un mot), c’était au tour de la Quinzaine des Réalisateurs de baisser le rideau ce vendredi au terme d’une cuvée qui aura démarré à un rythme assez pataud avant de livrer quelques-unes de ses meilleures pépites dans la dernière ligne droite.

Malheureusement, le palmarès de la Quinzaine fut à l’image de ce parcours hésitant. Certes, on se réjouit en tous points d’y voir le nom du sublime Rider de Chloe Zhao et dans une moindre mesure celui de l’A Ciambra de Jonas Carpignano (solide film social qu’on soupçonne néanmoins d’avoir profité de son statut de premier film à bénéficier du programme Next Step du Festival). Mais dans un autre temps, y voir également récompensés le répétitif Beau soleil intérieur de Claire Denis et la photocopie noir et blanc des derniers films de Philippe Garrel laissait un arrière-goût plus amer, là où la France aurait pu être distinguée par le génial Nothingwood ou même par le foutraque Jeannette de Bruno Dumont.

C’est sur un sentiment mitigé que l’on ressort donc de cette Quinzaine, qui n’a pas forcément réussi à faire l’actualité comme ce fut le cas l’an dernier avec le choc Divines, et qui sur le plan qualitatif, s’est vu très sérieusement concurrencée par l’excellente promotion 2017 de la Semaine de la Critique. Et comme cette dernière, c’est à un film indépendant que revenait la tâche de refermer la marche. Au (très bon) Brigsby Bear de Dave McCary répondait Patti Cake$, petit phénomène annoncé made in Sundance signé Geremy Jasper. Venu du monde du clip (pour Florence + the Machine entre autres) et de la pub (son précédent court-métrage Outlaws avec David Beckham pour une marque de motos), Jasper relate la vie d’une jeune ado en surpoids du New Jersey, Patricia, apprentie rappeuse sous les pseudos de Killa P. et Patti Cake$.

Vivant dans une banlieue modeste avec sa mère, chanteuse forcée d’abandonner sa carrière de future pop star au moment de sa grossesse, et sa grand-mère, clouée dans son fauteuil pour des problèmes de santé. Contrainte de jongler entre les petits boulots et sa passion pour la musique, elle se décide à monter un groupe, PBNJ, avec son meilleur ami, un mystérieux hard rocker et… sa propre grand-mère.

Ciné-MacDo

Pendant trois quarts d’heures, Patti Cake$ étonne, voire détonne. Navigant entre la culture white trash du New Jersey et celle plus du bling-bling des rappeurs ; le film repose sur l’énergie communicative de son interprète principale Danielle McDonald, qui n’avait pourtant jamais rappé de sa vie avant le film. Elle excelle pourtant à faire vivre l’univers de Killa P. et de ses morceaux, écrits pour la plupart par Geremy Jasper lui-même. Volontiers excessif et généreux, le film déferle à vitesse grand V en ne s’interdisant aucun plaisir, en tout cas pas celui de mettre ses héros dans des situations pas toujours des plus délicates, mais souvent très drôles.

Puis, tel un pitbull bien dressé, après avoir montré les crocs pendant quasiment une heure, Patti Cake$ amorce un atterrissage en pente douce en dévoilant peu à peu le caractère sous-jacent de ses héros. Un gros twist au milieu du film, assez attendu cependant, fait dérailler la mécanique du collectif PBNJ et amorce le retour à la réalité. Calmant ses élans intérieurs, le film perd malheureusement peu à peu de sa singularité et de sa verve pour rejoindre les jalons déjà bien balisés de film de bande de potes un peu paumés, un peu freaks, qui découvrent peu à peu les réalités de l’âge adulte. Beaucoup plus ronflante, la seconde moitié du film n’impressionne guère, même si elle se réserve un final assez tendre et doux-amer.

Au fond, Patti Cake$ est l’équivalent cinématographique d’un Rainbow Cake : à la fois fun, multicolore et un peu repoussant à l’oeil et assez fade en bouche. Bien moins provocateur et subversif que son esthétique peut ne le laisser penser, il n’est qu’un avatar de plus de film indépendant américain où les losers ne gagnent ni ne perdent jamais totalement. Acide et piquant avant de devenir tout moelleux, il reste tout de même un très bon choix pour clore un marathon cannois de dix jours en douceur. C’est déjà ça de pris.

Patti Cake$, un film de Geremy Jasper avec Danielle McDonald, Bridget Everett, Siddarth Dhananjay…, 1h48

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d’un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J’aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j’aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l’ouvreuse. J’officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

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