Ôtez-moi d’un doute : Papa, où t’es?

On avait laissé Carine Tardieu avec ses comédies au ton aussi gentiment loufoques que leurs titres comme La tête de maman et Du vent dans mes mollets. Pour son troisième long-métrage, la réalisatrice et scénariste connaît donc les honneurs d’une sélection cannoise avec et Ôtez-moi d’un doute, aux allures de grand dédale familial et amoureux inspiré du théâtre de boulevard et de ses multiples twists. Difficile d’en résumer la trame (une grande partie du plaisir du film provenant de ces quiproquos et ces révélations jusqu’à l’absurde), mais pour compenser, disons simplement que le film est une histoire de paternité sur trois générations, faites de pères naturels fuyants et de pères adoptifs surprise.

Tous ces événements vont se cristalliser autour de la figure d’un homme, Erwan (François Damiens, toujours très bien), qui va voir sa vie basculer quand tour à tour sa fille (Alice de Lencquesaing, toujours très bien aussi) va tomber enceinte d’un père inconnu et quand va surgir dans sa vie un père naturel (André Wilms) qui va bouleverser sa relation avec l’homme qui l’a élevé (Guy Marchand, décidément suivi par les personnages vieillissants comme on avait pu le voir dans la saison 2 de Dix pour cent il y a peu). Et c’est sans compter sur sa rencontre avec une médecin au caractère bien trempé, campée par Cécile de France, qui cache elle aussi quelques secrets…

La grande force d’Ôtez-moi d’un doute, c’est de ne pas uniquement se reposer sur son enchaînement de coups du sort rocambolesque, mais d’utiliser sa véritable galerie de gueules (il faut y rajouter le singulier Estéban, second rôle deux de tension coqueluche de la comédie française chicos) pour y rajouter une dose de folie. Les répliques fusent, toujours à la limite du non-sensique, mais avec suffisamment de modération pour ne pas en rajouter à un dispositif en lui-même déjà suffisamment artificiel.

Le jeu des sept familles

L’ensemble vire rapidement au joyeux jeu de l’amant dans le placard, ou plutôt du papa pour être plus précis. On rit (beaucoup), qui plus est quand le film frôle le dérapage incestueux (veuillez excuser l’auteur de ces lignes, originaire des Hauts-de-France), on s’attache et on se laisse prendre par le mouvement en se demandant comment tout ce foutoir va bien finir par retomber sur ses pieds. Et même si la fin ouverte laisse certaines questions en suspens, le trame est suffisamment solide pour tenir debout jusque dans sa dernière ligne droite.

Très intelligemment écrit, le scénario regorge de petites passerelles, de motifs introduits innocemment et ressortis au moment idoine. Qui plus est suffisamment sûr de son fait pour éviter de verser dans la mélasse psychologisante qui aurait été de trop ici (notamment en évitant de trop creuser la sous-intrigue du passé amoureux d’Erwan, un peu gadget), Ôtez-moi d’un doute réussit à maintenir son rythme effréné de bout en bout avec assez de gravitas pour ne pas lasser, pas un mince exploit dans le champ de la comédie française.

Si on se gardera bien vite de crier au chef-d’oeuvre, on peut voir en Ôtez-moi d’un doute l’exemple d’une comédie française populaire tout en ne prenant pas son spectateur pour un veau, ne reposant ni sur une structure problématique, ni sur un Youtuber naze. On souhaitera donc à Carine Tardieu et à son casting de connaître un vrai succès en salles, car après la période absolument désastreuse qu’il vient de traverser, le rire français en a vraiment beaucoup, beaucoup besoin. Sans l’ombre d’un doute.

Ôtez-moi d’un doute de Carine Tardieu avec François Damiens, Cécile de France, André Wilms…, 1h40

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d'un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J'aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j'aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l'ouvreuse. J'officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

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