Une séquence emblématique de Trainspotting permet de mettre entièrement en perspective la suite qui vient de sortir sur les écrans. Renton (Ewan McGregor) et Sick Boy (Johnny Lee Miller) sont dans un parc, ce dernier philosophant du fait que chaque grande personnalité, du cinéma ou de la musique, a forcément perdu, un jour ou l’autre, ce qui faisait son charme. Elles iront même jusqu’à se caricaturer, essayant vainement de retrouver une gloire passée. Ironiquement,  cette idée s’applique à Danny Boyle aujourd’hui. Auréolé de nombreux succès, mais aussi de récents échecs commerciaux (l’horrible Trance notamment), il continue sur sa lancée et essaie de retrouver la verve d’une époque définitivement révolue, et tant pis si cela ne ressemble pas à grand chose.

un revival convenu et qui n’a rien de punk

Trainspotting était le testament d’une époque, d’une génération de jeunes cons, coincée entre les figures des années 1980 et l’approche inexorable du nouveau millénaire et de tout ce qu’il représentait vis-à-vis du capitalisme galopant. C’était aussi l’arrivée de nouvelles drogues, musiques et pratiques sexuelles. Que se passe-t-il alors dans cette suite ? Rien, à vrai dire. Edimbourg est toujours la même vieille ville paumée d’Ecosse, les rues sont les mêmes, et les personnages sont les mêmes. Tout le souci réside dans ce que John Hogde, pourtant scénariste du premier film, a décidé de faire de tous ces éléments. A savoir un revival convenu et qui n’a rien de punk, où chaque protagoniste refait exactement la même chose qu’auparavant, au nom d’une nostalgie dans laquelle s’embourbent toutes les suites de films dits générationnels. Danny Boyle, au milieu de tout cela, se résume à se regarder filmer, essaimant de ci de là son film d’expérimentations visuelles et d’effets en tout genre qui le caractérise toujours autant, mais n’ont rien à faire là (quand elles avaient tout à fait leur place dans l’excellent Steve Jobs). Au rythme d’une intrigue qui voit Begbie sortir de prison pour prendre sa revanche sur Renton (qui l’avait arnaqué à la fin du premier film), T2 Trainspotting n’est qu’une succession de sketchs et de scènes de retrouvailles, où la thématique de la parenté n’est qu’un prétexte pour continuer à voir nos héros favoris faire les mêmes conneries qu’auparavant. Tout se suit, rien ne fait vraiment sens, jusqu’à la réécriture de scènes emblématiques qui n’ont aucune autre volonté que de nous satisfaire dans notre nostalgie spectatorielle.

ne parvient jamais à saisir l’atmosphère de notre génération

Le plus grave dans l’histoire, c’est qu’au delà de quelques scènes très sympathiques (dont le grand discours de Renton sur l’époque moderne est le point d’orgue), Danny Boyle ne parvient jamais à saisir l’atmosphère de notre génération. Trop mercantile, trop éparpillée ? Probablement, à se satisfaire, selon ses dires, de publier des conneries sur Instagram et à se vautrer dans le canapé. Ce n’est certainement pas de cette manière, et avec ces personnages vieillissants, qu’il allait parvenir à faire un film pour les jeunes d’aujourd’hui, surtout quand il s’adresse autant aux “vieux” qui ont adoré le précédent (ce qui explique aussi sûrement son flop commercial, en France en tout cas). Cette suite se résume à une bulle temporelle, dans laquelle les personnages, acteurs et créateurs eux-mêmes, sont enfermés au point de rejouer le passé. A l’image de Renton dans le plan final, écoutant Lust for life d’Iggy Pop dans sa vieille chambre d’ado, et dont la pièce s’étire à l’infini.

T2: Trainspotting 2 de Danny Boyle avec Ewan McGregor, Robert Carlyle, Johnny Lee Miller, Ewen Bremner, Kelly McDonald. 1h57.