Split : La Bête Humaine

Il vaut mieux, pour parler sereinement de Split, retour en grâce critique et public de M. Night Shyamalan, mettre les choses au clair tout de suite. Il n’y a rien de bien surprenant, ou de réellement novateur dans ce thriller cloisonné où un homme, atteint d’un trouble de la personnalité multiple, kidnappe trois jeunes adolescentes. Il y a cette idée préconçue, et parfois à raison, que les films de Shyamalan sont des thrillers qui mettent le spectateur à l’épreuve, instillent des indices tout le long du long métrage pour mieux se jouer de lui, et lui révéler le fin de mot de l’histoire dans les dernières secondes. Si cet état de fait peut être valable pour certaines productions (Sixième SensIncassable ou d’autres), il ne l’est pas forcément pour le reste. Certes, Split s’inscrit dans ces productions de la période dite « faste » du réalisateur, ou chaque film était un succès toujours, ou presque, plus fort que le précédent ; mais il est aussi (si on excepte ses 15 dernières réjouissantes secondes d’épilogue) un film qui fonctionne parfaitement en dehors de ce système métatextuel, où le réalisateur parvient à insérer son œuvre dans une autre. Shyamalan nous donne, en effet, toutes les clés dès les premières minutes d’introduction et Split s’apprécie comme un pur film de genre, qui questionne l’acteur et le cinéma dans son entièreté.

Split s’apprécie comme un pur film de genre

La Bête, comme il aime à l’appeler

Shyamalan n’a pas changé d’un iota. Il aime toujours autant s’approprier notre réalité pour la grossir et la rendre plus fantastique. Parfois, l’on ne sait même pas ce qui cause problème, à l’image des créatures qui peuplent les bois dans Le Village ou encore le mal invisible de Phénomènes. Ici, pas de surprises, Kevin est un être profondément dérangé, alternant sans cesse entre ses 23 personnalités distinctes, toutes ayant ses attributs propres, qui se reflètent sur son physique. Le postulat du cinéaste est alors de partir de ce trouble bien réel, pour ensuite lui imaginer une 24e personnalité, La Bête, comme il aime à l’appeler. La démarche devient multiple à partir de là. D’un côté, le réalisateur et l’interprète (James McAvoy) prennent un certain plaisir à dépeindre tous les traits de caractère desdites personnalités, mais nous tirons également une grande satisfaction à les voir interprétées à l’écran. Un plaisir qui s’inscrit dans la même vision des grands psychopathes de l’histoire du cinéma, de Johnny dans Shining à Norman Bates dans Psychose, rôles performatifs par excellence. Mais malgré tout ces détails et l’amusement que prend Shyamalan à distiller des indices (qui n’en sont pas toujours) dans l’intrigue, le cœur ne se situe pas là. Split est, comme bien d’autres films du réalisateur, une histoire de croyance et de conviction.

Split est une histoire de croyance et de conviction.

« We are what we believe we are » (nous sommes ce que nous croyons être)

De David Dunn dans Incassable à Kitai dans After Earth, les personnages de Shyamalan sont toujours dans une relation de croyance en ce qu’ils sont ou ce qu’ils peuvent devenir. Les paroles prononcées par Kevin : « We are what we believe we are » (nous sommes ce que nous croyons être), sont représentatives de cet état de fait. Split est une gigantesque réflexion sur l’acteur, son potentiel créatif, voire monstrueux, qui voudrait qu’à chaque plan, celui-ci puisse changer de personnalité sans la moindre difficulté. Le reste relève du contrat entre le film et le spectateur. Est-ce que nous croyons ou non à ces dérives de l’esprit, ou bien est-ce que Shyamalan a encore perdu les pédales, essayant vainement d’ajouter du suspense à un film qui se veut dès le départ très limpide ? Le contrat pour nous est évidemment rempli, et pas seulement grâce à son épilogue qui nous amène à repenser tout ce que l’on vient de voir, mais simplement parce que le plaisir est sans bornes. Split est pavé de clichés, mais il file droit devant, sans se retourner. Shyamalan y retrouve un comique de situation qui commençait doucement à refaire surface dans sa première collaboration avec Jason Blum, The Visit. Mais il l’associe à une mise en scène beaucoup plus décomplexée qu’elle ne l’était à ses débuts, où son style pouvait très clairement être assimilé à une culture populaire qui le passionne. La confiance que le réalisateur peut avoir dans son public est de loin la plus grande preuve de son talent. Il n’hésite pas à laisser des situations et des éléments inexpliqués, sachant très bien qu’il est parfois plus judicieux de ne rien dévoiler que de briser la magie. M. Night Shyamalan est un réalisateur toujours aussi passionnant, astucieux et malin, pour lequel le cinéma est avant tout un univers de signes et d’indices que chacun prend grand plaisir à analyser. Quelqu’un qui respecte son spectateur.

Le reste relève du contrat entre le film et le spectateur

Split de M. Night Shyamalan, avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley. 1h57. Sortie le 22 février 2017.

Étudiant en cinéma, j’apprécie tous les genres et passe mon temps à enrichir ma culture cinématographique. HIMYM me bouleverse, SPEED RACER me sidère, MULHOLLAND DRIVE me fascine.

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