Quand le commandant en chef vous demande de revenir écrire sur le site que vous avez honteusement délaissé à cause de… ben, la vie, vous savez que l’heure est grave et que vous devez être à la hauteur.

L’offre était de celles qu’on ne peut pas refuser : écrire sur Sausage Party, le dernier délire en date de Seth Rogen et sa bande. Et qui mieux que moi, la seule personne de la team Cinématraque à aimer Xavier Dolan, pouvait relever ce défi ? (Non il n’y a aucun rapport entre Dolan et Sausage Party, ne cherchez pas.)

Sausage Party, ou plutôt « Party de saucisses » chez moi (la belle province)– à prononcer « parté » si vous voulez vous fondre dans la masse – c’est l’histoire d’une saucisse à hot-dog, de son amoureuse pain à hot-dog et de tous leurs amis comestibles d’un supermarché qui découvrent que « l’au-delà », c’est-à-dire ce qui se trouve après les portes automatiques du magasin, n’est pas le paradis promis, mais plutôt un enfer sanglant dont on ne revient pas vivant.

Il est sorti LE 12 AOUT dernier ici, le 30 novembre en France : décalage dû à la moindre popularité de Seth Rogen par rapport à son public cible: l’Amérique du Nord (même histoire que pour This is the end en 2013), le film a même failli sortir directement en VOD.

En écrivant ces lignes, je songe que ça n’aurait pas forcément été un désastre : mieux vaudrait un VOD qui attirera un certain public qui regardera en VO, qu’une sortie VF marketée dégueulasse avec Cyril Hanouna dans le casting voix qui attirera des gens avec qui je ne voudrais pas nécessairement partir en vacances.

Désolée pour cette remarque bien snobinarde, mais jugez plutôt la qualité du casting voix original : Seth Rogen donc, Kristen Wiig, Paul Rudd, Michael Cera, Salma Hayek, Edward Norton, Jonah Hill, Bill Hader et j’en passe. Or, Sausage Party n’étant pas de la qualité visuelle d’un Pixar (et je pense qu’ils s’en foutent), son intérêt réside encore plus dans l’histoire et surtout, dans les dialogues.

Une blague borderline n’aura pas la même saveur ni la même portée dans la bouche de Jonah Hill que dans celle de Cyril Hanouna, ce qui m’amène à deux points :

  1. Je ne serais pas contre une confirmation du studio que la VF respecte le racisme, l’homophobie, le sexisme, « l’anti-religionisme », les gros clichés et autres joyeusetés des blagues en VO, puisque c’est précisément ce qui fait le sel du film, cet humour sans pitié pour personne.

  2. Si la traduction des dialogues est fidèle, on peut vraiment se demander comment le film va être accueilli. J’ai tiqué intérieurement sur quelques répliques, et pourtant je suis plutôt friande d’humour « limite ». Mais dans un contexte social que je suppute plus tendu dans mon pays natal que dans mon pays d’accueil, je me pose la question de la réception critique et publique.

Sausage Party est une comédie provocatrice, irrévérencieuse, absurde, voire même bête et méchante par moments (pas mal de moments). N’en déplaise à mon rédac chef Dbziz, je n’ai pas trouvé que c’était « nul », je trouve même, à la réflexion, qu’on aurait besoin de plus de films de ce genre. Sausage Party ne sauvera pas le monde ni le cinéma, mais s’il peut nous rappeler qu’on est tous un peu cons, ça ne fera pas de mal.

Dernière chose : les dix dernières minutes sont complètement tarées, tarées comme dans « à une autre époque Seth Rogen aurait été interné pour ça ». Bon appétit !

Sausage Party, sortie le 30 novembre. Un film de Conrad Vernon et Greg Tiernan, avec les voix citées au-dessus. 2016, 1h29.