Hell or High Water de David Mackenzie

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Quand le scénariste de Sicario s’attaque au genre du western sur fond de pauvreté, on a de quoi s’inquiéter. Mais il n’était pas le seul responsable du naufrage, car Denis Villeneuve lui appliquait cette mise en scène qu’on a pris le temps de décortiquer dans ses pages. Dès lors, David Makenzie a tout l’espace pour rattraper le coup, avec ce récit de deux frères essayant, par le braquage de banques, de rembourser leurs dettes et garder leurs terres riches en pétrole. Dans un Texas foudroyé par la crise économique et le chômage, c’est tout le cœur du film qui s’exprime dans la défense du territoire. Parce qu’il représente la richesse, le pouvoir, mais aussi l’héritage, et que cela soit les anciens Comanches ou les « civilisateurs » blancs, il sera toujours un terreau fertile pour l’avenir.

La justesse du scénario tient dans l’idée d’ajouter à cette thématique de l’héritage la question économique des banques qui viennent prendre leur part du gâteau. Ce décor de désolation, où les braqueurs sont considérés comme des « justes » et où le shérif, représentant de la loi, devient l’ennemi, permet à Mackenzie de mettre en évidence le changement des mentalités dans l’Amérique moderne. Jeff Bridges est la némésis, celui qui ne lâche rien et en vient à jouer le rôle du bad-guy. La bataille qui s’enclenche n’est pas celle de malfaiteurs contre un représentant de la loi, mais celle d’honnêtes citoyens luttant contre une autorité vieillissante défendant les nouveaux oppresseurs. Combat qui se répercute dans les relations qu’entretiennent les personnages avec leur entourage : les braqueurs sont parfois sauvés, parfois attaqués, et vice versa pour la police.

Le film ne décide jamais de qui a tort ou raison, qui opère pour le bien ou le mal. Sur les terres comanches, il n’y a que des batailles ancestrales et une lutte sempiternelle pour la liberté. La liberté de richesse, de possession ou tout simplement d’agir. Le récit désabusé de ces héros texans réussit très bien ce qu’il entreprend : définir des personnages, des désirs et des regrets, d’un côté ou de l’autre de la balance de la justice.

Comancheria de David Mackenzie, avec Chris Pine, Ben Foster, Jeff Bridges. Sortie le 07 septembre 2016. 1 h 42.

Étudiant en cinéma, j'apprécie tous les genres et passe mon temps à enrichir ma culture cinématographique.

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