Fiore de Claudio Giovannesi

Daphné aime Josh. Josh vient de se faire plaquer. Josh tombe amoureux de Daphné. En apparence, rien de véritablement extraordinaire dans le film de Claudio Giovannesi, deuxième représentant du cinéma transalpin dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs avec Marco Bellochio. Sauf que Daphné et Josh sont deux détenus de la même maison d’arrêt, et ça complique forcément un peu les choses.

Critique de cinéma, scénariste, musicien, Giovannesi s’était révélé en 2012 avec la chronique pasolinienne Ali a les yeux bleus. Quatre ans plus tard, il étrenne ses galons cannois entouré de comédiens pour la plupart novices avec cette love story carcérale, sans doute le pitch le plus proche possible d’un feel-good movie qu’on puisse trouver ici à Cannes cette année.

Voleuse de smartphones avec une prédilection pour les armes blanches, Daphné atterrit un jour derrière les barreaux pour avoir volé le fils d’un flic. Pas la détenue la plus modèle de toutes, elle devient vite la tête du Turc attitrée de la surveillante pénitentiaire mais rencontre Josh, lui aussi spécialisé dans les petits larcins et en passe d’être libéré.

Comment deux gens peuvent-ils apprendre à s’aimer alors qu’il sont séparés par des barreaux, des portes et des gardes ? On le comprend aisément, l’enjeu devient rapidement un vrai enjeu de film romantique, malgré le cadre peu glamour de cette love story d’un autre genre. Trouvant dans le décorum de la prison les obstacles nécessaires à toutes les bonnes histoires d’amour au cinéma, Giovannesi apprend à composer son film en fonction des contraintes de son lieu : les vis-à-vis de fenêtres, les mots doux cachés en jeu de piste, les regards échangés à travers les grillages…

72716-150529

Si le film multiplie les développements secondaires plus (des retrouvailles familiales avec un père braqueur sorti de taule et qui a refait sa vie) ou moins (une histoire d’amour lesbien entre deux prisonnières pas des plus essentielles) passionnants, l’histoire de Josh et Daphné reste le cœur et la pierre angulaire de Fiore. Une histoire passionnelle mais qui apprend à se construire pièce après pièce, au fut et à mesure de chaque instant que les deux tourtereaux peuvent se « voler » l’un l’autre. C’est elle qui offre aussi la plupart des plus belles scènes du film, toujours sur la brèche, à l’image d’un joli défilé de haute couture dans les murs de la prison.

Il en résulte un jeu de cour pas des plus originaux mais qui a le mérite de ne jamais manquer de charme. Dans la peau de la jeune Daphné, la révélation Daphné Scoccia habite chaque plan de sa beauté ambiguë, mélange de force brute et de mélancolie renfrognée. Filmée au plus près par la caméra de Giovannesi, elle construit la tonalité du film par ses regards, ses silences, ses provocations, ses actes imprévisibles qui entraînent le spectateurs avec elle, souvent dans le décor. Inconnue au bataillon avant ce Fiore, on espère qu’il ne s’agira pas d’un coup d’épée dans l’eau et qu’on reverra son ravissant minois rapidement, sur la Croisette ou non.

Impulsive, incapable de trouver sa place dans un milieu qu’elle veut fuir et une cellule familiale où elle n’a pas sa place, Daphné est un être un suspension, donc forcément un peu fascinant. Un avatar de plus, particulièrement réussi, de ces jeunes plus assez innocents pour être enfants et pas encore assez accomplis pour être adultes dont raffole le « film de jeune délinquant » (oui on peut considérer ça comme un sous-genre).

Pudique, romantique au plus total premier degré, ne cédant pas aux tentations racoleuses de son sujet (pas de règlement de comptes au couteau de cuisine, de trafics de drogue et compagnie), Fiore est un objet aimable et modeste, loin d’être ce qu’on verra de plus renversant à Cannes cette année et très amoureux de son petit couple sans pour autant être dupe de leur naïveté. Mais tant qu’on peut rêver d’amour, autant se faire de belles promesses. Claudio Giovannesi et Daphné Scoccia, eux, en sont deux belles en attendant.


Gaël Sophie Dzibz Julien Margaux David Jérémy Mehdi
 3.5 Stars 3.5 Stars

Le tableau des étoiles complet de la sélection à ce lien


2

Fiore de Claudio Giovannesi avec Daphne Soccia et Josciua Algeri

Fiore-Locandina-Poster-2016

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d'un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J'aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j'aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l'ouvreuse. J'officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

Leave a Reply