Green Room, l’avènement d’un (grand) réalisateur

On avait quitté Jeremy Saulnier l’an dernier avec un goût amer dans la bouche. Celui d’avoir été pris via Blue Ruin son précédent film dans un beau traquenard. Habile faiseur d’images, le jeune réalisateur semblait s’y laisser aller à une arrogance donnant lieu à un film pompeux, du sous-frères Coen des débuts.

Pour autant, des promesses étaient là, et l’on pouvait espérer de son nouveau film, Green Room, qu’il se déleste de toute cette surenchère stylistique au profit d’un scénario plus étoffé, qui sache mettre le talent certain de metteur en scène de Saulnier au service d’un véritable film d’action, où les accoudoirs des sièges de cinéma se muent en autant de poignées à serrer fort, fort, fort.

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« Au siècle où je vis, nous ne succombons pas à la vengeance. Nous avons une sensibilité plus évoluée » Capitaine Picard

Un groupe de punk rock se produit dans un club peuplé de néonazis, puis s’y retrouve à la merci d’un gang particulièrement violent.

Green Room a la fougue d’un premier film, la maîtrise narrative d’un épisode de Breaking Bad, le rythme effréné d’un réalisateur qui a enfin lâché le frein à main et la touche stylistique d’un véritable grand film d’action. C’est un méticuleux survival, soit une oeuvre à la forme assez inédite, car délaissant la frénésie requise d’ordinaire par le genre pour un classicisme bienvenu. Ici, les scènes d’action sont sèches, réalistes et d’une violence rare : les personnages y passent leur temps à compter les cartouches de fusils, ne les utilisant qu’à bon escient.

Saulnier ose filmer frontalement la violence

A l’instar de ce qu’il avait déjà montré dans Blue Ruin, Saulnier ose filmer frontalement la violence, penchant même de temps à autres vers le gore par le biais de plans insistants d’ailleurs pas vraiment indispensables. La véritable et certaine tension du film naît de la méticulosité de sa mise en scène, de la façon toute particulière qu’a Saulnier de filmer ce huis-clos. Sa caméra laisse peu de champ aux personnages, semblant toujours les ramener à cette chambre verte de laquelle ils ne parviennent jamais totalement à s’extraire, voyant au fur et à mesure leur effectif diminuer. Ils subissent le cinéma, avant d’enfin reprendre la main, et la caméra de leur redonner de l’espace. Procédé stylistique assez simpliste, mais fonctionnant parfaitement, car plutôt inhabituel dans les survival.

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Imogen Poots en mode Yolandi Visser

La dernière partie du film redonne de l’air au spectateur, procurant la jouissance rare d’une vengeance tarantinesque, celle de la violence crue et bien méritée, du retour des grands espaces, de la bouffée d’air qui rouvre au cinéma son champ des possibles pour un beau bouquet final.

Avec Green Room, Jeremy Saulnier franchit donc un véritable cap, et se positionne comme l’un des nouveaux grands metteurs en scène américains avec qui il faut désormais compter.

Green Room, de Jérémy Saulnier avec Patrick Stewart, Anton Yelchin, Imogen Poots – Sortie le 27 avril 2016. 1h35.

(Dzibz n'étant pas mon vrai prénom) Red'chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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