Le salut du film de genre français viendra-t-il du court métrage?

On reproche souvent au cinéma français de peiner à s’emparer du film de genre. Les tentatives un tant soit peu réussies ces dernières années se comptent en effet sur les doigts d’une main : La Horde, Le Pacte des loups, La Meute, Nid de guêpes, Ils, Sheitan… Le manque de moyens est souvent mis en avant comme rempart majeur à la réussite d’un cinéma grand public divertissant, qui nécessiterait maquillages, effets spéciaux, image travaillée et tutti quanti… Le terme de « série B », qui sonne classieux et laudateur lorsqu’il s’agit de décrire le travail, par exemple, de Robert Rodriguez ou de Guy Ritchie, semble prendre une connotation méprisante lorsqu’il s’applique aux tentatives hexagonales. Comme s’il y avait d’un côté le « beau » cinéma pop-corn (affublé de la lettre B), et de l’autre sa pâle copie, faite avec des moyens moindres dans les autres pays (dans ce cas le B frôle parfois le Z).

Par ailleurs, c’est bien connu, notre cinéma est un cinéma intellectuel, interrogeant plus volontiers les racines psychanalytiques de l’adultère que la possibilité pour un zombie de courir à plus de 15 km/h. Même lorsque l’on flirte avec l’étrange, le fantastique, l’érotisme ou la violence, c’est souvent sous couvert d’une explication psychologique, ou d’une métaphore sociétale – bref, c’est parfois vaguement chiant. Pourquoi ne pourrait-on pas rire ou frissonner en toute simplicité ? Pourquoi est-ce qu’un sursaut souligné par une humble montée de violons stridents, le plaisir jouissif de voir un mur éclaboussé de sang, une réplique débile pleine de gros mots ou une fusillade tarabiscotée à la John Woo nous seraient interdits ?

A ceux qui se posent ces questions, apportons ici une bonne nouvelle : ce cinéma de genre existe. Malheureusement, il n’est pas encore dans les salles, car ses représentants en sont encore (mais plus pour longtemps, soyons-en sûr) au stade du court métrage. Le 22 novembre dernier, deux réalisateurs organisaient une projection au Max Linder, à Paris, pour présenter leurs deux courts métrages. Mike Zonnenberg montrait Loos en Gohelle, et Fabio Soares, Bitch, Popcorn and Blood. Des films aux univers différents, mais ayant beaucoup en commun : des références assumées aux séries B (les « vraies », donc), et surtout un rendu extrêmement léché, en termes d’image, de mouvements de caméra, de rythme et de bande-son. La projection fut un succès, car le plaisir mis par ces deux jeunes gens à faire leurs films s’était communiqué aux spectateurs. Mike et Fabio sont en développement de projets plus conséquents (série pour le premier, long métrage pour le second), dont ces premiers courts ne sont que des esquisses – mais déjà tellement jouissives. Evidemment, on connaît le sort réservé à certains des courts métrages qui n’ont pas la chance de remporter des prix : ils tombent vite dans l’oubli – le court n’étant malheureusement, aux yeux de certains, qu’un exercice de style censé prouver que l’on peut passer au long.  Ici, ces deux courts métrages sont des oeuvres à part entière, qu’il faudra être attentif pour découvrir – notamment en suivant les prochaines projections sur les pages facebook des réalisateurs :

Et, pour ne pas rester sur un frustrant manque d’images, je vous invite à découvrir ci-dessous NightWatch, réalisé en 2012 par Nicolaï Belce-Kennedy, petit bijou de rythme, de cadre et de mixage sonore, qui n’a rien à envier au 28 jours plus tard de Danny Boyle. Longue vie au cinéma de genre, court ou long !

NIGHTWATCH (2012) from Nicolaï Belce-Kennedy on Vimeo.

… Voilà, quoi.

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