Under the Skin, dans la peau de Scarlett Johansson

Nos notes

Laura arrive en Ecosse où, à bord d’une camionnette, elle séduit des passants qui ignorent ce qui les attend.

Le meilleur conseil que l’on pourrait vous donner serait de voir et de lire le moins de choses possibles au sujet d’Under the Skin avant d’entrer dans la salle. On devrait donc se contenter de vous suggérer de nous faire confiance et de courir dans le cinéma le plus proche. Mais pour éviter d’être taxés de tire-au-flanc et de fainéants, on va tenter de vous convaincre en évitant de tout spoiler.

Syndrome Blueberry

Le troisième film de Jonathan Glazer bénéficie d’une belle couverture médiatique, notamment sur des supports grand public. Première lui consacre la couverture de son numéro de juin, Cinémateaser le dissèque en trois pages, le magazine Illimité des salles UGC cartographie, en une double page, sa « galaxie »…). Cette visibilité est réjouissante – car le film la mérite – mais aussi surprenante. Car Under the Skin tient davantage de l’oeuvre expérimentale que du bulldozer SF calibré pour la consommation de Kit Kat Ball. Un syndrome Blueberry est à redouter : il y a dix ans, L’expérience secrète de Jan Kounen, vendue comme une adaptation des aventures du héros de Charlier et Giraud, avait fait fulminer les rageux avant de se planter au box office. Et pour cause, le western s’intéressait avant tout au chamanisme et aux psychotropes, invitant le spectateur à plonger dans ses délires visuels hypnotiques.

Grammaires

Nul doute qu’une partie du public d’Under the Skin, qui se sera principalement déplacée pour sa tête d’affiche, sera déconcertée par ce fascinant objet. L’histoire en elle-même – plutôt simple et souvent prévisible – a moins d’importance que les grammaires visuelle et sonore employées pour la raconter : partitions de cordes et de percussions entêtantes et angoissantes, métaphores graphiques, GoPro cotonneuse. Plusieurs séquences, tournées en caméra cachée (les quidams ne s’aperçoivent pas qu’ils ont Scarlett Johansson face à eux), parsèment un réalisme troublant à la surface de ce cauchemar éveillé. Cet objet visuel singulier, dans lequel on reconnaît la patte de clippeur (Karma Police de Radiohead ; Virtual Insanity de Jamiroquai…) du réalisateur, est de ces oeuvres dont l’intensité ne se révèle qu’après avoir infusé en nous. Ranger Under the Skin immédiatement aux côtés de 2001, Odyssée de l’espace ou Mulholland Drive, serait sans doute un peu hâtif. Mais la puissance évocatrice des images, et leur capacité à nous hanter, ont la marque des films qui font date.

Under The Skin, Jonathan Glazer, avec Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams, Grande-Bretagne, 1h47.

Verdict ?

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

1 Comment

  • Répondre juillet 7, 2014

    jsma

    Vous avez raison de vous demander si le film va rester ou pas, de noter avec quel excès on a en parlé pour faire tout de suite de Glazer un superauteur (Lynch, Kubrick, toujours les mêmes références dès qu’un film sort un peu de l’ordinaire). Je l’ai vu deux fois, l’aimant beaucoup la première, et nettement moins la seconde. C’est très froid, très théorique mais peut-être fort aussi parce que c’est froidement théorique.
    Voir ma (très longue) critique ici: http://alphaville60.overblog.com/2014/07/identification-d-une-femme-under-the-skin-de-jonathan-glazer.html

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