Respire : un roman d’amitié

Nos notes

Approche-toi petit, écoute-moi gamin, Mélanie Laurent va te raconter l’histoire de l’être humain. Actrice, réalisatrice, chanteuse à ses heures perdues, rares sont les personnalités du milieu du cinéma à susciter autant de réactions aussi radicalement opposées qu’elle. Sans trop savoir pourquoi, on connaît tous quelqu’un qui ne peut pas encadrer Mélanie Laurent, et ça fait des années que ça dure. Revenue en séance spéciale à la Semaine de la Critique cette année, c’est avec Respire qu’elle donne suite à sa première tentative, les Adoptés, sorti en 2011. Un film intéressant mais perfectible, un peu affecté, porté par la présence rustre du sympathique Denis Ménochet. Point de redite avec ce deuxième long, puisque c’est avec un casting très féminin que se présente ce Respire, emmené par Lou de Laâge et Joséphine Japy, deux demoiselles montantes du cinéma français.

Respire, c’est la rencontre de Charly et Sarah. La première est une jeune fille sans histoire, appliquée à l’école, enfant d’un couple en pleine déliquescence. La seconde est, elle, la fille d’une responsable d’ONG au Nigéria venue passer son bac en France et logeant chez sa tante. Le film retranscrit l’évolution de leur relation de l’amour à la haine, de l’euphorie à la manipulation. De prime abord, le pitch fait planer une ombre imposante au-dessus du film de Mélanie Laurent : celle de La Vie d’Adèle, autre film-diagnostic de la dégradation de la passion entre deux femmes aux profils pas si différents que ça. Sans trop en dire sur Respire, le film se détache très rapidement de celui d’Abdellatif Kechiche, l’histoire entre Charly et Sarah étant au final nettement moins charnelle.

Le film part bourré de bonnes intentions, qui font parfois mouche, notamment lorsque la réalisatrice se laisse aller à lâcher la bride et à assumer une forme de langueur affectée dans sa mise en scène. C’est le cas de l’assez chouette séquence de vacances au camping où l’hédonisme Instagram laisse déjà entrevoir en filigrane la complexité des liens que vont entretenir les deux adolescentes tout au long du film. Ou à l’inverse, celle du Nouvel An, véritable bombe à retardement qui utilise assez brillamment le We Are Young de Fun, tube mainstream qu’on croyait essoré jusqu’à la moelle depuis bien longtemps. Mais soucieuse de vouloir retranscrire l’évolution de A à Z de l’histoire de ses héroïnes, la réalisatrice a malheureusement un peu négligé le rythme de son film.

Nombre de séquences auraient mérité de s’attarder un peu plus sur le trouble, le jeu de l’amour et haine de cette amitié auto-destructrice. Si Mélanie Laurent apporte toujours de manière assez évidente un soin particulier à l’image, elle s’enferme dans un rythme très opératique qui doit remplir son cahier des charges de façon très appliquée, et ce en quatre-vingt-dix minutes montre en main. Ce joli petit film d’une heure et demie aurait sans doute gagné à devenir un très bon film de deux heures. Cela lui aurait aussi permis de rendre son dénouement un peu moins pesant. Cette séquence choc, d’une dureté assez inattendue à l’image du dernier tiers du long-métrage, aurait peut-être gagné à étirer (sans la diluer) sa violence jusqu’à l’état de malaise que souhaite faire partager la cinéaste.

Il n’empêche que pour sa deuxième expérience de réalisatrice, Mélanie Laurent réussit à faire vivre à l’écran l’histoire du roman d’Anne-Sophie Brasme, dont Respire est une libre adaptation. Le mérite en revient à Joséphine Japy et Lou de Laâge, impeccables dans leur rôle respectif, l’une capable de se consumer à l’image quand l’autre l’embrase d’un regard. Long-métrage solide et appliqué, Respire laisse entrevoir le grand film qu’il aurait pu être. Il se contente d’être un assez joli film qui prouve que Mélanie Laurent est une cinéaste capable d’apporter quelque chose de consistant sur la table. Et ce même si Dominique Besnéhard, assis au rang juste derrière l’auteur de ces lignes, a trouvé le film « un peu léger ».

Respire, de Mélanie Laurent, avec Joséphine Japy et Lou de Laâge – Sortie le 12 novembre 2014

Verdict ?

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d’un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J’aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j’aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l’ouvreuse. J’officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

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