[DVD] Dark Clown, un slasher d’une grande clownerie

Au premier abord, Stitches – le « clown sombre » dont il est question – est un cousin de Bozo très humain. La scène d’ouverture le surprend en plein coït avec sa petite copine, dans une caravane d’un glauque achevé, et le décrit comme un beauf porté sur la bouteille et le sexe. Le maquillage incertain, le costume débraillé, il débarque à un goûter d’anniversaire. Les mioches ne sont pas convaincus par ses numéros et lui pourrissent son spectacle. Jusqu’à ce qu’une mauvaise blague le pousse à s’empaler l’oeil gauche sur la lame d’un couteau de cuisine. Ambiance. Les gamins en sont quitte pour un bon traumatisme, mais ils ignorent que, six ans plus tard, Stitches reviendra pour se venger.

Peurs enfantines

Ce n’est pas nouveau, et on n’a pas attendu Ça pour le savoir : les clowns sont des personnages hyper-flippants. Peut-être faites-vous partie de ceux qui, dès l’enfance, ont nourri à leur égard une sorte de fascination-répulsion, voire une phobie viscérale. Aussi, cette histoire de clown assoiffé de vengeance s’annonçait, sur le papier, prometteuse en délires gores et en hystérie comique. De quoi fournir, si ce n’est des frissons, du moins un spectacle cathartique invitant à dézinguer les peurs enfantines à grands coups d’éclats de rire. Les espoirs sont à moitié comblés.

Décrochage

Après un premier quart d’heure mené tambour battant et vraiment drôle, le rythme retombe aussi vite que le sourire du clown triste. Le film suit la route balisée du slasher traditionnel, avec ses scènes d’exposition montrant les ados que les enfants sont devenus, leur quotidien au lycée et la manière dont les rapports de force se répartissent. On attend vraiment que Stitches, le clown, sorte de sa tombe pour que le film décolle à nouveau. Malheureusement, Conor McMahon n’a pas anticipé notre impatience, si bien que, au moment où le premier meurtre survient, on a un peu décroché et on n’est plus vraiment dans le délire.

Le coup du parapluie

Cela étant dit, le jeu de massacre auquel se livre Stitches fait preuve d’une réelle inventivité — c’est dingue ce que l’on peut faire avec un parapluie ! — et n’a aucun scrupule à sauter à pieds joints dans le too much. Dommage que, alors qu’il avait réussi à susciter un regain d’intérêt, le film connaisse à nouveau des ratés dans son dernier quart, en s’embourbant dans des histoires improbables d’oeuf-totem et de confrérie secrète. On a alors hâte que ça se termine (puisque l’on a très bien deviné comment cela allait finir), avec l’impression que l’on a passé beaucoup plus de temps face à l’écran que les 86 minutes affichées au compteur de Dark Clown. Pas vraiment de quoi demander un rappel. En revanche, il faut saluer le travail remarquable effectué sur les effets prosthétiques et le relatif courage de se passer d’effets spéciaux numériques.

Dark Clown (Stitches), Conor McMahon, avec Ross Noble, Tom Cullen, Irlande, 1h26.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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