Aux yeux des vivants, un croque-mitaine à la française

Dan, Tom et Victor sèchent leur dernier jour de cours pour une odyssée campagnarde qui les conduit dans les studios de cinéma désaffectés de Blackwood. Ils y découvrent ce qu’ils n’auraient jamais dû voir. Débute alors une course pour leur survie. 

Aux yeux des vivants, c’est en quelque sorte les arrière-petits-cousins français des ados de Stand By Me, qui se retrouvent poursuivis par un croque-mitaine sans pitié. Le troisième long métrage du tandem Maury-Bustillo s’inscrit dans la lignée des précédents en entremêlant la violence graphique d’A l’intérieur et le lyrisme de Livide. On y retrouve aussi des comédiennes qui font désormais partie de « la famille » – la fidèle Béatrice Dalle, Dominique Frot et Chloé Coulloud – que vient rejoindre Anne Marivin, plutôt convaincante loin du registre comique pour lequel on la connaît davantage. A la fois slasher, film de boogeyman, et home invasion, il convoque aussi bien l’esprit des bandes de gosses des productions Amblin des 80’s, le John Carpenter d’Halloween, la poésie macabre de Lucio Fulci ou les embardées émotionnelles du cinéma fantastique espagnol contemporain (L’Orphelinat, Insensibles…). Un mélange qui fonctionne : si le duo de réalisateurs gère la montée de la tension en injectant des petits shoots d’adrénaline successifs à un scénario à la trame très simple (en gros, un lieu = un ou deux meurtres) , ils délaissent dans un premier temps les effets gore, renvoyant la brutalité la plus perturbante hors-champ. Une approche étonnamment prudente lorsque l’on a en mémoire les litres d’hémoglobines déversés dans A l’intérieur, mais qu’un climax aux accents gothique et onirique d’une réelle beauté vient contredire en fin de course.

Flamme et passion

On peut déplorer que certains dialogues sonnent faux, et que l’interprétation des plus jeunes comédiens se révèle par moments approximative, mais il est impossible de reprocher à Julien Maury et Alexandre Bustillo de manquer d’ambition. Ils assument parfaitement le sentimentalisme parfois hystérique d’un scénario qui ne craint pas de frôler les limites du grotesque (les âmes cyniques diront qu’elles sont franchies). Le cinéma de genre, et d’horreur en particulier, est sinistré en France (alors que, paradoxalement, la « french horror » actuelle, menée par des films tels que Haute Tension, Martyrs ou A l’Intérieur, est vénérée à l’étranger pour son audace et son refus des concessions). Maury et Bustillo, qui ont eu recours au financement participatif sur Touscoprod pour boucler le budget d’Aux yeux des vivants, s’acharnent donc malgré tout à entretenir la flamme, avec une passion pour le genre qui transparaît à l’écran. Rien que pour cela, le film mérite que l’on ouvre grand nos yeux de vivants.

Aux-yeux-des-vivants

Aux yeux des vivants, Julien Maury et Alexandre Bustillo, avec Anne Marivin, Francis Renaud, Béatrice Dalle, France, 1h35.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

1 Comment

  • Répondre mars 15, 2014

    Baptiste

    Excellent, on a hâte de voir le petit dernier des meilleurs réals de film de genre en France !

Leave a Reply