Following, saison 1: thriller cherche adeptes

Le tueur en série Joe Carroll s’évade de la prison où il purgeait sa peine pour avoir assassiné 14 jeunes filles. Ryan Hardy, l’ex-agent du FBI qui l’avait traqué et arrêté neuf ans plus tôt, est contraint de reprendre du service. Durant sa détention, Caroll a utilisé les réseaux sociaux pour constituer un réseau de meurtriers prêts à propager le message de leur gourou. Le jeu du chat et de la souris auquel vont se livrer Caroll et Hardy n’en sera que plus sanglant.

Kevin Williamson est  le scénariste star de la fin des années 1990, sans qui notre adolescence n’aurait pas été la même. A quoi aurait ressemblé la vie des teenagers de l’époque sans ScreamSouviens toi l’été dernierThe Faculty ou Dawson…. ?  Il n’avait plus trop fait parler de lui depuis l’aube du nouveau millénaire, si ce n’est en tant que producteur exécutif de Vampire DiariesFollowing prouve qu’il n’a rien perdu de son sens de l’efficacité scénaristique, même si, on y reviendra plus tard, il faut émettre quelques réserves.

Monstres aux visages ordinaires

Comme il s’était amusé à tordre les archétypes du slasher dans le scénario de Scream, Kevin Williamson bâtit l’originalité de l’intrigue en devançant les attentes du spectateur.  En partant d’un cadre familier et convenu (un tueur en série machiavélique, un enquêteur noyant ses traumatismes dans l’alcool, des crimes violents, une investigation qui piétine), permettant au public de prendre doucement ses marques, il renverse toutes les certitudes trop aisément établies, à commencer par la répartition manichéenne des rôles.
Dès le premier épisode, le postulat est posé : chaque personnage est un tueur potentiel. Même (surtout) s’il transpire l’innocence. La campagne marketing conçue pour le lancement de la série aux Etats-Unis (voir les posters ci-dessous) invitait clairement à la paranoïa en nourrissant l’angoisse du « monstre au visage ordinaire vivant à deux pas de chez vous ». Une peur qui renvoie, du moins dans l’inconscient collectif américain, au traumatisme des crimes de la « famille » Manson. Le moindre protagoniste est donc susceptible d’appartenir au réseau formé par le serial-killer, qui a dragué ses « followers » sur la Toile, et d’attendre son heure pour dévoiler ses intentions criminelles.

A ce sentiment de suspicion constante s’ajoute la perversité du plan longuement mûri par Joe Carroll et qui se déploie au fil des quinze épisodes. Le projet meurtrier de celui qui fut prof de littérature est lui-même construit comme un roman noir, multipliant les références à l’oeuvre d’Edgar Allan Poe.

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The-Following-Poster-Saison1

Une fin de saison bâclée

Cependant, la mécanique de la surprise foudroyant la routine du thriller – dès que l’on pense anticiper les twists à venir, c’est un autre retournement de situation qui vient rebattre les cartes jusqu’au prochain coup de théâtre – s’émousse au fil des épisodes. A l’image de certains « page-turner » qui nous captivent dès les premières pages avant de retomber comme un soufflé à l’approche de l’épilogue, Following bâcle l’issue de sa première saison en se dirigeant vers une banale [spoiler] confrontation finale entre Hardy et Caroll d’une prodigieuse fadeur. Il n’est même plus question de contourner bravement les clichés (dont l’un des pires du genre : la-fin-ouverte-avec-un méchant-laissé-pour-mort-mais-est-il-vraiment-mort-?). [fin du spoiler] La saison 1 a été vivement critiquée aux Etats-Unis pour sa violence et sa noirceur. « Les histoires que nous souhaitons raconter cette [deuxième] saison** sont différentes. Je trouve le tout moins agressif que l’an dernier », a affirmé Williamson récemment. Une confidence qui fait craindre l’aseptisation de tout ce qui rendait, malgré les défauts évoqués, cette série relativement prometteuse. Following pourrait malheureusement bien perdre une bonne partie de ses adeptes.

*   La première saison est diffusée sur TF1, depuis le vendredi 28 janvier, à 23h20.
** La saison 2 est diffusée depuis le 19 janvier sur le réseau Fox.

Following (The Following) saison 1, série créée par Kevin Williamson, avec Kevin Bacon, James Purefoy, Shawn Ashmore, Valorie Curry. Fox, Etats-Unis, 15×42 min.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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