[L’image de l’année] La Mort d’Adèle

S’il fallait garder de 2013 une image, un plan, un photogramme : les rédacteurs de Cinématraque se prêtent à l’exercice.

Chronique d’un assassinat

Dès l’annonce de la Palme d’Or, on nous avait  déjà débriefés sur le style très « kéchichien-ultra-réaliste » qui caractérisait La Vie d’Adèle. On avait aussi longuement glosé sur la pertinence et l’utilité des vingt dernières minutes. On avait surtout ouvert le débat sur l’inconscient mal refoulé du « Tunisien » qui opposait grossièrement huîtres et spaghettis pour figurer le clivage des classes sociales et culturelles en France. Apparemment, cela ne suffisait pas. Alors, on nous a détaillés les gros plans sur la morve qui coule du nez d’Adèle et surtout, on nous a fait miroiter cette fameuse scène de sexe longue de six minutes. Et puis, on a donné la parole à ces actrices que la Palme d’Or avait gonflées de suffisance. Elles accusaient sans vergogne l’auteur de les avoir maltraitées sur un tournage aux conditions sordides, lieu du crime où tous les «pauvres artistes» étaient si mal rémunérés. Bref, on a fait la peau à Kechiche. On l’a traité d’arriviste, de faux défenseur des classes moyennes, d’immigré complexé. On l’a qualifié de sadique, de pervers ; on a fait « le diagnostic » de ce réalisateur excessif et compulsif dans sa manière de traiter le corps féminin, à la vie comme à l’écran, et ce, depuis La Vénus Noire.

Post critique, animal triste

La Vie d’Adèle était enterrée depuis longtemps, et son corps déjà complètement momifié, à sa sortie publique en octobre. Or, pour qu’un film séduise, il faut qu’il soit l’occasion d’un étonnement, d’une surprise. Ce n’est qu’à cette condition qu’il remue quelque chose dans nos idées reçues, ou perturbe l’ordre que nous pensons mettre dans nos sentiments. Il semble impossible d’avoir un avis ou un ressenti, même « objectivement-subjectif » sur un événement déjà sur-commenté.

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