[L’Étrange Festival] Tore Tanzt, il était une foi

A Hambourg, le jeune Tore, en pleine crise mystique, rejoint un groupe religieux punk (si, si), les « Freaks Jesus ». Sa route va croiser celle de Benno, un père de famille qui lui offre l’hospitalité. Mais Tore, qui s’installe sous une tente, dans le jardin, ignore que son hôte, qui arbore dans son dos le tatouage d’un diable, peut se montrer démoniaque.

Violence froide

Tore Tanzt était projeté hors compétition à L’Etrange Festival 2013, mais il n’est pas à proprement parler un film de genre. Même s’il délivre son flot d’horreurs : ce récit du calvaire d’un jeune homme qui encaisse les coups (physiques et psychologiques), la foi chevillée à l’âme et au corps, déroule sa violence froide dans un filmage clinique.

Le premier film de l’Allemande Katrin Gebbe est inspiré d’un fait divers. De ceux dont il est impossible de lire les détails sans remettre en cause sa foi en l’humanité : on ne peut s’empêcher de percevoir les souffrances du jeune Tore comme une relecture, dans l’Allemagne rurbaine du XXIe siècle, de la Passion du Christ.

Martyr

Outre l’évidente thématique religieuse, le sacrifice de soi animant le héros malheureux est indéniablement christique. Il encaisse humiliations et supplices sans broncher, allant jusqu’à retourner se jeter dans la gueule du loup lorsqu’il pourrait rester à l’abri, ou à mettre son instinct de révolte et de survie en veilleuse, alors que rien ne le retient véritablement de quitter l’enfer. « Teach Me God », a-t-il tatoué dans le dos : il interprète chaque souffrance comme un apprentissage, refuse toute main tendue, et semble se complaire dans un dessein suicidaire dont il n’a peut-être pas conscience.  Aveuglé par sa crise mystique, il entend donner sa vie pour secourir les plus faibles. Cette image du martyr ultime qui provoque sa propre perte rappelle certaines des héroïnes de Lars Von Trier. Le choc ressenti à la fin de la projection reste cependant très en-deçà de celui que peuvent provoquer Dancer In The Dark ou Dogville.

Foi, Amour, Espoir

« Tore danse », nous dit le titre. A l’écran, on n’apercevra que brièvement le héros sur un dancefloor : ce même moment où il tombera dans les griffes de son bourreau. On notera aussi que le film se divise en trois parties : Foi, Amour et Espoir. Trois mots incarnant également la trilogie Paradis d’Ulrich Seidl. Un hasard, évidemment. Car de paradis, il n’est nullement question ici. A moins qu’il ne soit évoqué en creux, si l’on se remémore cette béatitude que Tore pourrait se répéter inlassablement : « Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Tore Tanzt, Katrin Gebbe, avec Julius Feldmeier, Sascha Alexander Gersak, Swantje Kohlhof, Allemagne, 1h50.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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