Kick-Ass 2, le fun avant tout

Après le gros succès du premier opus, il paraissait évident qu’un Kick-Ass 2 verrait le jour. Quoi de plus naturel après tout, pour un film de super-héros ?!

Pourtant, la fin du premier épisode ne laissait rien augurer de spécial, à l’inverse des fins des habituels films de super-héros type Marvel, calibrées, ultra-codifiées. Dans Kick-Ass, la quête identitaire restait à faire pour tout le monde, les démons intérieurs ne semblaient pas vraiment d’actualité, et les méchants n’étaient pas beaucoup plus méchants qu’au début.

Mais remettons les choses dans leur contexte : Kick-Ass a bousculé les habitudes des cinéphiles les plus geeks, réconciliant aficionados de super-héros Marvel et fans d’action fun façon Bruce Willis. Le concept, c’était d’ancrer les histoires de super-héros dans une réalité actuelle, créant ainsi des situations comiques, et de légitimer la présence de justiciers par la soif de reconnaissance qu’on a tous depuis que Facebook, Twitter et Youtube ont boosté nos surmois.

Donner une suite était assez casse-gueule. A ne vouloir s’affranchir d’aucun des deux piliers (Marvel + la réalité) qui firent de Kick Ass un objet culte peu identifiable, scénaristes et réalisateurs devaient se révéler habiles équilibristes.

Et la note technique s’avère être des plus honorables. Dans aucun écueil le film ne tombe. Jamais il ne lorgne plus d’un côté que de l’autre, jamais il ne se prend pour ce qu’il n’est pas. A contrario d’un schéma habituel prêt à tout pour légitimer l’ancrage de ses personnages dans une réalité concrète, Kick-Ass 2 choisit, comme son prédécesseur, de faire confiance au spectateur et de s’en faire complice. Aussi, l’humour, très présent dans ce deuxième opus, réside énormément dans ce côté private joke. C’est cette audace qui fait sortir Kick-Ass du lot des blockbusters estivaux, ce culot qu’on eu les créateurs de mettre le fun au service du scénario, et non pas le contraire. Ainsi, on a l’impression agréable de voir une bande de potes mettre en scène de chouettes idées avec une liberté inédite et impertinente. Car Kick-Ass 2 se revendique foutraque, ouvertement excessif dans son carnaval de super-héros plus tordus et fluos les uns que les autres.

Le fun, Kick-Ass n’en est jamais avare. C’est même grâce à cet ingrédient magique que le film se tient sur toute sa durée, aussi vain, et bourré d’incohérences soit-il. Comme un pied de nez au Man of Steel de Zack Snyder sorti il y a quelques semaines, et n’ayant de cesse de créer des attentes, de donner des espoirs, de sembler vouloir expliquer au spectateur qu’une fois que le décor sera planté, le plaisir serait optimal. Pied de nez avéré, lorsqu’au détour d’une scène, le héros qui n’en est pas un arbore un tee-shirt « Je hais les reboots ». Oui, le cinéma américain est encore capable de créer des histoires de toutes pièces.

Kick-Ass garde son statut d’œuvre vraiment originale, très référencée mais inédite. La suite, oui, et avec impatience !

Kick-Ass 2, Jeff Wadlow, avec Aaron Taylor-Johnson, Chloë Grace Moretz, Christopher Mintz-Plasse, Etas-Unis, 1h43.

On pourra être en accord le jour où Béla Tarr fera tourner Bruce Willis dans un film où il tuerait GENTIMENT des terroristes hongrois. En noir et blanc. Mais en marcel. Avec de la musique folklorique hongroise. Et des bonnes meufs.

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