Lone Ranger, naissance d’un héros : Disney à la merci du wendigo

Nos notes

Créature surnaturelle et cannibale de la mythologie amérindienne, le wendigo apparaît dans Lone Ranger comme une figure symptomatique d’un virus capitaliste qui détraque la Nature et les hommes. Un propos ironique au vu des faibles scores enregistrés par le film au box-office outre-Atlantique. Inattendu sur son discours nihiliste et amer autour de l’expansionnisme américain, Lone Ranger intègre pourtant les qualités d’un bon divertissement.

Des pertes allant de 160 à 190 millions de dollars. Telles sont les estimations calculées par la compagnie Disney devant les mauvaises recettes réalisées par Lone Ranger. D’après Johnny Depp, cet échec serait dû aux critiques désastreuses essuyées par le film sur le sol américain. Cependant, d’autres raisons pourraient expliquer cette infortune : le mariage difficile entre western et grand spectacle (les fours de Wild Wild West, Cow-boys et envahisseurs), une redite supposée d’un Pirates des Caraïbes transposé au Far-West ou encore un faible rayonnement international du fameux justicier, icône de la pop-culture américaine.

Et si cet insuccès était tout simplement lié à un regard critique sur le rôle cupide des Etats-Unis dans le génocide indien ? Une introspection dérangeante pour le public yankee qui ne cadre ni avec l’appétit insatiable de Disney pour les billets verts, ni avec ses jeunes spectateurs.

Car dans Lone Ranger, la violence prend les atours du cannibalisme sous les traits du malfaisant Butch Cavendish (William Fichtner, méconnaissable) et d’une Nature déstabilisée. A l’instar du film Vorace (Antonia Bird, 1999), cette attitude primitive reflète les effets pervers de l’expansionnisme. Telle une maladie, la conquête du territoire pousse les espèces à se manger entre elles pour leur profit ou leur propre survie.

Une métaphore des dérives capitalistes qui, aujourd’hui, fait aussi office de mise en abyme à l’échelle de l’industrie. Propriétaire des studios Pixar, Marvel et Lucas Films, la firme aux grandes oreilles espère coloniser le parc mondial des salles obscures en misant tout sur des budgets pharaoniques. A en croire les fiascos de John Carter et Lone Ranger, cette surenchère financière a fini par dévorer Disney de l’intérieur, comme de l’extérieur. Les Majors concurrentes sont elles aussi prêtes à limer leurs dents à coups de dollars pour monopoliser les écrans. A l’image des Amérindiens dans le film, cette vénalité tue à petit feu la créativité cinématographique et les auteurs indépendants. Une implosion du système déjà prédite par Steven Spielberg et George Lucas le 12 juin dernier, le temps d’une conférence à l’University of South California.

Non sans humour, on peut donc admettre aujourd’hui que Lone Ranger est sans aucun doute le film plus jusqu’au-boutiste jamais produit par Disney. Le plus risqué aussi. L’hommage rendu à la civilisation amérindienne sacrifiée au nom du tout-profit est touchant, mais peut paraître aussi déplacé. De manière inconsciente, ce discours renvoie à l’avidité du studio. Comme si, avec ce film, Disney grignotait sa côte de sympathie.

Plus adulte et paradoxal que Pirates des Caraïbes donc, Lone Ranger n’en est pas moins divertissant. Tourné dans les magnifiques canyons du Nouveau-Mexique, le film alterne gags cartoonesques et séquences époustouflantes, sans oublier de citer les références du genre (John Ford, Sergio Leone ou encore Arthur Penn). Un spectacle plaisant, conforté par des personnages bien écrits et une réalisation conjuguant adroitement lyrisme et burlesque.

Mais de ce western post-moderne, on retiendra surtout le ton hardi, qui aurait donné envie de voir une suite aux aventures de Tonto et du Lone Ranger. Malheureusement, le wendigo aura eu le dernier mot.

Lone Ranger, naissance d’un héros, Gore Verbinski, avec Johnny Depp, Armie Hammer, Tom Wilkinson, Etats-Unis, 2h29.

Verdict ?

Depuis qu’il a vu Gremlins dans une salle de cinéma strasbourgeoise à cinq ans et demi, le fantastique est devenu son genre filmique de prédilection. Son Mad Movies à la main, il décide à 14 ans de prendre la plume pour exprimer sa passion du septième Art. Afin de suivre son ambition, il quitte son Alsace natale au profit du soleil marseillais. Actuellement employé d’une agence de presse, on a pu entre-temps lire sa prose dans le magazine SFX, le journal La Provence et le site cinefil.com.

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