« RIPD Brigade Fantôme » : le « Men in Black » du pauvre

Un tandem antinomique de justiciers, un monde parallèle tenu secret, une catastrophe imminente… Le tout dans une ambiance humoristique et sarcastique. Ces ingrédients scénaristiques ne sont pas sans rappeler la trilogie des Hommes en noir initiée en 1997 par Barry Sonnenfeld. Mais là où cette dernière déployait un fabuleux bestiaire extra-terrestre, RIPD pèche par une imagination visuelle moins fertile et une narration balisée. Heureusement, Jeff Bridges sauve les meubles.

La mort leur va si bien. Dans RIPD, Jeff Bridges et Ryan Reynolds incarnent un duo de flics d’un genre très spécial, puisque défunts, et envoyés par leur unité de police, le Rest in Peace Department, pour protéger notre planète d’une recrudescence de créatures néfastes qui refusent de passer tranquillement dans l’autre monde…

Avant d’être pensé pour le cinéma, ce scénario signé Peter M. Lenkov a d’abord fait l’objet d’une série BD éponyme de quatre volumes. Teintée d’humour, la noirceur de cet univers recelait un véritable potentiel cinématographique en termes de fantasmagories ténébreuses. Le résultat à l’écran est tout autre. Le design des fantômes (« les crevures ») n’est guère effrayant, ni très original. Quant à la redoutable descente apocalyptique des morts sur la Terre, elle n’aura même pas lieu. Pourquoi tant de frilosité ? Parce que RIPD répond au cahier des charges du blockbuster estival standard adapté au plus large public.

Privilégiant ainsi davantage un ton léger, l’humour du film passe par quelques bonnes idées (les avatars terrestres des deux flics), et surtout par l’incarnation de Jeff Bridges dans la peau du shérif Roy Pulsifer. A lui seul, ce personnage réunit les rôles qui ont fait la gloire de l’acteur. Pastichant son rôle de cow-boy de True Grit, le comédien donne même de la voix sur un morceau qu’il a composé spécialement pour le film, The Better Man (à l’instar de Crazy Heart, pour lequel il poussait déjà la chansonnette et avait reçu l’Oscar). Mais c’est principalement le panache comique du Dude de Big Lebowski qui fait mouche, et donne toute sa saveur au duo que Bridges forme avec Ryan Reynolds.

En dépit de cette prestation, les personnages n’en demeurent pas moins archétypaux (Bridges dans le rôle du mentor irascible, Reynolds dans celui de la jeune recrue qui a tout à apprendre, Kevin Bacon en méchant de service) et évoluent dans une intrigue à l’issue convenue. Sans surprises donc, RIPD reste un sympathique divertissement, que l’on aura vite fait d’oublier.

RIPD Brigade Fantôme, Robert Schwentke, avec Jeff Bridges, Ryan Reynolds, Kevin Bacon, Etats-Unis, 1h36.

Depuis qu’il a vu Gremlins dans une salle de cinéma strasbourgeoise à cinq ans et demi, le fantastique est devenu son genre filmique de prédilection. Son Mad Movies à la main, il décide à 14 ans de prendre la plume pour exprimer sa passion du septième Art. Afin de suivre son ambition, il quitte son Alsace natale au profit du soleil marseillais. Actuellement employé d’une agence de presse, on a pu entre-temps lire sa prose dans le magazine SFX, le journal La Provence et le site cinefil.com.

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