Blackbird, vol au-dessus d’un nid de corbeaux

Premier film du réalisateur canadien Jason Buxton, Blackbird ne raconte rien de très nouveau, mais surprend pourtant à chaque instant. Le réalisme singulier qui est donné à chaque scène, renforce la pertinence d’un propos qui reste à tout moment aussi sensible que percutant.

Le film nous plonge directement dans le drame d’un jeune « gothique » accusé de vouloir perpétrer un massacre, façon Colombine, dans son école. Avec une insistance sourde, Buxton rend compte de l’évolution de chacun des protagonistes de son thriller, qu’il soit un adulte ou un adolescent aux prises de la  violence immanente aux rivalités les plus triviales. Il  démultiplie les névralgies du groupe en effet de miroir, et exacerbe les problématiques propres à la jeunesse en les conjuguant à celles d’une société en manque de boucs émissaires. Sans tomber dans la caricature ni les stéréotypes, les personnages sont intenses, complexes et profondément touchants.

Avant tout prisonnier de son image faite de clous et de piercings, le jeune Sean s’enferme malgré lui, dans toutes les images qu’il a capturées en vue de donner des couleurs et un décor à son existence solitaire. Il finira par sombrer dans l’histoire que les portables, les réseaux, et la production d’un moi imaginaire alimenté par son mal de vivre, ont fait de lui.

La force de l’interprétation concourt à la sincérité du propos et malgré le tragique de la situation, à aucun moment le réalisateur ne donne dans le spectaculaire. Même les plaidoyers du procès si chers aux américains, maintiennent le projecteur sur le drame de l’accusé, avec une lumière comme tamisée qui nous renvoie à toute sa fragilité et sa pudeur. Encore mineur, Sean découvre avec terreur que le pouvoir exécutif et le système judiciaire censés le protéger, peuvent se retourner contre lui de manière effrayante. Ils sont le reflet de tout ce qui pèse sur une société rongée par l’aigreur, la méfiance et la peur.

Dans cette jungle policée où règne la loi des apparences de la Justice, chacun est condamné à être son propre avocat de la défense, et la caution qui donne droit à la liberté se paie en chair et en sang. L’angoisse ne tombe que pour se transformer en tension, mais la philosophie du propos tout aussi pessimiste qu’elle soit, reste en permanence éclairée par la poésie subreptice de ce film-bijou.

Blackbird, Jason Buxton, avec Connor Jessup, Michael Buie, Alexia Fast, Canada, 1h43.

2 Comments

  • Répondre juin 28, 2013

    FBP

    Ravi d’entendre enfin un peu parler de ce film, qui est, jusqu’à présent, l’un de mes plus gros coups de coeur de l’année 2013.
    En plus, c’est un premier film, et il offre une belle voie à suivre pour les jeunes réalisateurs : plutôt que de l’esbrouffe, du maniérisme, ou du tape-à-l’oeil, pourquoi ne pas s’appliquer, humblement, à décrire un sujet complexe, scène après scène, à diriger ses comédiens pour faire transparaître l’essence de chaque situation, et à se tenir à un récit dont la linéarité, qui pourrait être vue aujourd’hui comme un signe annonciateur d’ennui, fait en réalité toute la force.
    Film-bijou, tout à fait! Et, si « La chasse » de Vinterbeg n’était pas passé par là récemment, je suis certain qu’il aurait reçu un écho bien plus grand.
    A nous d’aller le voir!

    • Répondre juin 28, 2013

      EVE

      Merci pour ton écho! (pour moi BlackBird se situe bien loin devant La Chasse, quand bien même ol n’a pas profité de la prestation d’un acteur comme Mikkelsen^^)

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