La ménagerie de Betty, d’Isabelle Mayor : Betty boom

Au cours d’une partie de basket, une jeune femme tente de se démarquer, d’intercepter une balle qui se dérobe sans cesse. Elle récolte un coup au visage, insiste, voudrait s’élever ; c’en est trop pour elle. Minuscule, oubliée, elle chute piteusement sur le parquet. Debout, elle éructe tel un gorille clamant les bienfaits du sport. C’est ainsi que Betty opère. Et voici comment le court-métrage nous cueille d’emblée, calé dans la dérive de cette femme-enfant. Nous voilà épris, désormais.

La naissance au cinéma d’Isabelle Mayor, c’est la naissance d’une créature qui se brûle aux autres, électron libre confronté aux divers habitacles, aux ménageries sociales qu’on lui impose et où seul importe le confort de s’y faire une place. Betty apparaît à l’image comme émergeant du flou. Très vite, sa fureur, sa gouaille tranchent avec l’hostilité ambiante, qu’incarne la ronde compacte des joueurs. Après la douche, devant le miroir embué du vestiaire, elle se met à évoquer pêle-mêle sa grand-mère et la procréation. Quelque chose d’amer et de viscéral, à la fois, surgit de ce bout de femme. Betty se fait violence, puis s’écroule. Le film va raconter sa difficulté à faire front, c’est-à-dire sa contrainte à entrer dans le cadre, voire à s’accepter.

L’éveil de soi, le rapport épidermique à l’enfantement et à la jouissance composent les fils rouges du court-métrage. Isabelle Mayor interroge le schème biologique de la filiation. Mais la fantaisie se pare d’une gravité militante, Betty voulant « une progéniture d’élite, qui résiste à la sélection naturelle pour le futur de l’espèce ». Lors de la scène du dîner, Betty devient Bérénice, « petit chat » ou « agneau » qu’on célèbre avec champagne et masques d’animaux par un traditionnel chant d’anniversaire, à quelques fausses notes près. Les allusions au chat Caroline, mystérieusement absent, la vue de la table en surplomb par-delà un chat noir en marbre, tout concoure à un climat comique teinté d’un fantastique diffus. Tandis que Mia, la grand-mère exubérante, épilogue sur les plaisirs que lui procure le chat, le plan de table n’en finit pas de changer. Les décors aux couleurs outrancières vomissent un bonheur de pacotille, une histoire familiale contrariée. La cinéaste filme la folie du langage, un naturalisme détraqué, baroque, la part schizophrène qui sommeille en chaque géniteur.

Avant de s’unir à l’homme qui attire son regard, Betty murmure : « Un pas, deux pas »… Une courte hésitation avant de tracer sa voie, voilà une image de la trajectoire, humble et fulgurante, qu’emprunte cet auteure en devenir. La ménagerie de Betty gravit une première marche dans la quête de l’autre. Propulsons-la.

La ménagerie de Betty (29’ – 2010), d’Isabelle Mayor.

https://vimeo.com/13448103 (mot de passe pour accéder au film : Betty)

Cousin lointain de Christophe Lambert. Aime Rosetta, Caroline Proust, la 3-D et les fondus enchaînés. S’enivre de films noirs. Devient tout vert quand on lui parle de Lars von Trier. Chasseur de têtes, rayon critique, fétichiste du texte, surtout ceux des autres.

1 Comment

  • Répondre juin 22, 2013

    GLC

    Mot de passe : Betty

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