La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino – Compétition officielle

Probablement un des films les plus ambitieux de la compétition officielle de ce 66ème Festival de Cannes, La Grande Bellezza voit le cinéaste Italien Paolo Sorrentino s’attaquer à une pléthore de thèmes fondateurs, en vue d’acquérir une nouvelle conscience de lui-même et du monde qui l’entoure.

Étouffé par sa soif d’expression, le film peine à développer une réelle cohérence narrative, compromise par l’incessant défilé de séquences dont l’enjeu n’est que grossièrement définit. Cette foule « d’instants clés » (mélancolie, réflexion, drame…) s’accumule en bavardages, douloureux pour le film. Car si le procédé permet l’excellente performance de l’acteur principal, changeant de visage aussi facilement que de chemises, il favorise également l’enracinement du chaos. Pourtant, les deux tiers du film, plongés dans une grandiloquence mixant la Rome antique aux soirées mondaines cocaïnées, hypnotisent littéralement. Dans une mise en scène axée sur la déformation, Sorrentino enlaidit également le mannequin et la bourgeoise botoxée, exécutant un étrange tableau de maître. Musique assourdissante, couleurs criardes, surabondance humaine sont les matériaux choisis à la création de l’œuvre.  Son titre ? « Le néant ».

Si l’efficacité de son savoir faire visuel permet à l’entreprise de fonctionner un moment, on peine à trouver sa place dans cette démonstration baroque écrasante. Impressionnés, nous le sommes : force est de constater la virtuosité avec laquelle Sorrentino façonne l’espace mental à la mesure de l’espace réel, la fascination avec laquelle nous pénétrons ce spectacle dédié à la destruction progressive du règne de l’illusion. En cela, la disparition d’une girafe au milieu du film est symptomatique du nouveau regard que Sorrentino véhicule aujourd’hui. Plus que la croyance en une force magique, c’est la désillusion qui prime, lourdement suivie par son lot de déceptions. Profondément tragique, le film ne raconte finalement « que » l’histoire d’un homme ouvrant les yeux sur l’imposture de son existence et de ses sentiments. Le lyrisme dans lequel baigne ce constat oscille entre sublime et insignifiance. Il manque à Sorrentino la conscience du dosage, le souci du juste équilibre qui nous ferait applaudir chacune de ses exubérances.

La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino, avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Italie, 2h22.

Je vote Jacques Tati président de la République.

2 Comments

  • Répondre mai 29, 2013

    KonFu

    Je demandais à mon voisin de se taire au moment où Ramona lui dit ce qu’elle fait de son argent lorsqu’elle est nue dans le lit et refuse de se lever.
    Que lui dit elle qu’elle fait avec son argent?

  • Répondre mai 24, 2013

    Eve

    Ultra excellente critique qui rend compte du film au phonème prés ! Rien à en dire de plus que tout ce qu’a parfaitement décrit Marie.

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