L’après Oscar pour Asghar Farhadi : Le Passé – Compétition officielle

L’Iranien Asghar Farhadi n’aura pas tardé à donner suite à Une séparation, son succès surprise – et amplement mérité – auréolé d’un bel Oscar. Porté du jour au lendemain aux nues par les critiques, les cinéphiles et un peu tout le monde, le réalisateur aurait aisément pu se casser monumentalement la gueule en tombant dans la grandiloquence, voire l’outrecuidance.

Et s’il ne tombe pas totalement dans cet écueil, force est de constater qu’au sortir de la salle, la modestie et l’humanisme qui caractérisaient ses précédents opus ne sont pas les principales qualités qui rejaillissent du film.

Le Passé, c’est l’histoire d’un couple qui divorce après quelques années de séparations, durant lesquelles chacune des parties s’est reconstruite une vie : lui en Iran; elle à Paris. Leurs retrouvailles hexagonales recèleront leur lot de drames.

Coma, suicide, tromperies, mensonges, tout y passe. Le scénario, dense, ne laisse pas le temps de souffler, et ballotera ses personnages de malheur en malheur sans autre perspective d’issue qu’un salutaire générique de fin. Sortons les mouchoirs, et pleurons, abondamment. Devant la caméra, si Bérénice Bejo peine toujours à totalement convaincre, lestée d’un rôle assez manichéen faut-il avouer, les rôles masculins crèvent l’écran. Ali Mosaffa, l’ex-mari, et Tahar Rahim, le nouvel amour jouent leurs – bien plus belles – partitions avec une maestria qu’il convient de saluer. Le spectateur pourra d’ailleurs s’étonner de l’absence de rôles féminins nuancés : Bejo est tarée, sa grande fille également et l’ex-femme de Rahim suicidaire.

Derrière la caméra, Farhadi déroule, s’appuyant sur un scénario d’une extrême densité, excellant lorsqu’il s’agit de poser la situation complexe de façon fluide. La première heure est en effet toujours juste, bien amenée, et l’entrée en lice de chaque protagoniste jamais gros sabots, toujours justifiée. D’ailleurs, jamais la mise en scène ne tombe dans l’excès. On aimerait que parfois la pression retombe, certes, mais le parti pris semble assumé. Pourtant, s’étonnera-t-on, les gens de la vraie vie, ceux que Farhadi veut nous montrer, ont besoin de sursauts de bonheur, de miscellanées d’amour, de bribes de fantaisie pour enchaîner les emmerdes. C’est dans cette contradiction que réside le gros défaut du film de Farhadi : à trop vouloir montrer des gens très normaux qui en bavent beaucoup, il déshumanise ses personnages pour en faire des marionnettes en attente de nouveaux problèmes.

Puis vient le final, où tout empire, puis se résout pour empirer encore, où l’heure tourne et où le cerveau se met en mode Plus belle la vie, se doutant d’un dénouement ambigu et d’un combo de climax. Ballotté, on se plaît à commencer à ricaner dans sa barbe, à attendre impatiemment que les lumières se rallument, pour enfin pouvoir en rire de bon coeur avec son émue voisine.

Le Passé, d’Asghar Farhadi, avec Bérénice Bejo et Tahar Rahim, France, 2h10.  En salles le 17 mai 2013

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

6 Comments

  • […] Le Guay pour Alceste à bicyclette Alain Guiraudie pour L’Inconnu du lac Asghar Farhadi pour Le Passé Katell Quillévéré, Mariette Désert pour […]

  • […] de films à Cannes cette année abordaient le thème de la guérison comme Jimmy P , Le passe, Jeune et jolie, Michael Khohlhaas ou les rencontres d’après minuit . Ici Saul guérit par […]

  • […] film. Adèle y passe les 2/3 du film à manger des spaghettis. On mange également beaucoup dans Le Passé, mais ça a quand même l’air moins bon, d’où le prix plus faible attribué par le […]

  • Répondre mai 20, 2013

    Fabien Randanne

    Je dois être l’un des seuls dans le coin à avoir beaucoup aimé ce film… Et même la prestation de Bérénice Bejo (si, si).
    Ce que j’ai aimé ici (et que j’avais déjà aimé dans « Une séparation »), c’est l’absence de regard moralisateur et ce transfert de culpabilité d’un personnage à l’autre. Le spectateur ne peut avoir aucune certitude, le scénario redistribue les cartes en permanences.

  • Répondre mai 20, 2013

    EVE

    Franchement? Je te trouve ta critique fort clémente, sur la densité du scénario (j’ai baillé toute la première partie) et sur le jeu de Tahar Rahim, qui décidément en dehors de jouer les hébétés ou les grosses brutes ne fait pas fort. (Moi qui l’avais tant adoré dans Le Prophète, je n’avais pas compris que ce n’était pas un rôle de composition ^^ )
    Et puis il y a Bérénice qui est si fausse, si forcée; faites la danser et jouer du muet!
    Bref, rarement vu un film aussi raté, tant sur le fond que par sa forme.
    Un vague souvenir de la problématique centrale de Farhadi sur la vérité et la valeur donnée à la vie (fil conducteur depuis Ellie), mais en dehors de cela, on se demande même si le film est bien de lui.
    Grosse déception qui pose la question fondamentale des ressources que peut encore développer un « cinéaste doué » face au succès…

  • Répondre mai 17, 2013

    EVE

    Alors ça! c’est à peine étonnant… Aucun réalisateur ne résiste à l’idée de théâtralisation et d’exagération pour rendre compte de la complexité humaine. Elle est pourtant est bien d’avantage révélée dans la simplicité des mises en situation. (Voire l’exemplaire Wadjda) …
    j’irai le voir, par amour inconditionnel pour Farhadi, malgré tout !

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