Piéta, quand Kim Ki-Duk piétine

Rien de très nouveau dans ce dix-huitième film du cinéaste sud-coréen. A force de ressasser les mêmes obsessions – vengeance et rédemption –, Kim Ki-Duk n’a plus grand chose à dire. Difficile alors de comprendre les raisons de ce Lion d’or décroché à Venise. Peut-être le jury aura-t-il voulu encourager la renaissance d’un auteur après le traumatisme subi sur le tournage de Dream (une actrice avait manqué de peu de se tuer lors d’une scène de suicide).

La scène d’ouverture de Piéta y fait d’ailleurs clairement référence : dans un entrepôt industriel, la caméra enregistre froidement les gestes automatiques qui précèdent un suicide par pendaison, cette dernière étant subtilement reléguée au hors champ. Le début du film, comme souvent chez Kim-Ki Duk, est plutôt prometteur : on y découvre Kang-do, personnage solitaire et cruel, qui, tel un automate sans compassion, recouvre les dettes de ses clients par tous les moyens, mutilation comprise. Le réalisateur filme sa routine mécanique dans un quartier en friche de Séoul, ghetto lugubre voué à la destruction. Kim Ki-Duk abandonne ici le 35 mm et son rendu impeccable au profit du format numérique, qui colore la ville d’une tonalité âpre et réaliste sans rien perdre de la richesse plastique de l’image.

Malheureusement le réalisateur est très vite rattrapé par ses démons et gâche la fluidité de sa mise en scène par un discours poseur et redondant au sous-texte manichéen dénonçant une société corrompue par l’argent. Quant aux ingrédients, ils sont bien connus : violence, scènes « choc » et racoleuses, rôles secondaires faussement naïfs ou stéréotypés. Dommage, car l’ambiguïté du personnage de la fausse mère érigée en prêtresse vengeresse était plutôt bien esquissée. Dans le cinéma sud-coréen, on préférera donc nettement se référer à Old Boy, bien mieux écrit, poussé dans les retranchements du genre, certes tape-à-l’oeil, mais paradoxalement plus subtil dans son côté excessif. Dans Piéta, la lourdeur du symbole est écrasante et frise le grotesque, notamment dans la scène finale où, en guise de rédemption, le sang du péché se répand sur fond de musique christique.

Dans Samaria, malgré un épisode pénible de vengeance sanglante et rédemptrice, la très belle fin laissait entrevoir les possibilités du cinéma de Kim Ki-Duk, quand il privilégie une veine intimiste et paisible où affleurent gravité et fragilité. Rien de cela hélas dans Piéta, malgré les promesses de la mise en scène. On attend donc que le réalisateur laisse définitivement de côté son discours moralisateur pour se concentrer sur la magie des images.

Piéta, Kim Ki-duk, avec Lee Jung-Jin, Min-soo Jo, Ki-Hong Woo, Corée du Sud, 1h44.

Cinéphile éclectique, surtout quand il s’agit de cinéma américain (voire anglo-saxon à la limite).

5 Comments

  • Répondre avril 19, 2013

    bertin soazic

    Je vois que le journaliste laisse un commentaire en incitant « samaria », d’après ses commentaires je vois qu’il n’est pas très calé… de là à comparer old boy(grosse production) avec l’un des films de Kim Ki Duk… bref…Je laisserai un autre commentaire (là je vais me coucher). Mais un mec qui laise un article de KKD en ne connaisant pas ses autres films se plante complètement sur ce réalisateur. Donc je dirais juste que cet article est pourri et il ne faut pas en tenir compte.

    • Répondre avril 19, 2013

      Thomas Fouet

      Cher Bertin Soazic,

      La prochaine fois, avant de poster un commentaire pareil (« je dirais juste que cet article est pourri » : comme c’est constructif ! le fait d’exprimer votre désaccord avec un article n’interdit pas un minimum de respect pour son auteur), allez directement vous coucher. La nuit porte conseil, paraît-il.

  • Répondre avril 9, 2013

    Paulette

    C’est surtout l’article de piètre qualité qui se base sur les rumeurs très cheap et une méconnaissance du cinéma coréen. Dommage, je ne vois pas de cinéphile ici.

    • Répondre avril 9, 2013

      Pauline

      Paulette, je serais donc très heureuse de recevoir votre analyse sur ce film, et vos conseils éclairés.

  • Répondre avril 8, 2013

    Fabien Randanne

    « Difficile alors de comprendre les raisons de ce Lion d’or décroché à Venise »

    Il semblerait que ce soit surtout un Lion d’or par défaut. Michael Mann aurait voulu remettre le Lion d’or à « The Master », le Lion d’argent à Paul Thomas Anderson et la coupe Volpi du meilleur acteur à Philip Seymour Hoffman et Joaquin Phoenix ex-aequo. Or, le règlement n’autorise pas à cumuler Lion d’or et Lion d’argent pour un même film.

    Il est dommage que les remises de prix tendent à relever davantage de la cuisine avec les règlements qu’à une réelle prise de position artistique (cf. comment le Festival de Cannes a revu les règles après le palmarès 2003 qui n’a récompensé que quatre films – « Elephant », « Usak », « Les Invasions barabres » et « A cinq heures de l’après-midi » – pour dénoncer la « faiblesse » de la sélection).

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