Gilles Martinerie (Le Diable dans la peau) : « préserver la part enfantine »

C’est une rencontre singulière, déroutante et agréable. J’ai face à moi un cinéaste qui a écumé de nombreux tournages, en occupant pratiquement tous les postes. Sa première approche du cinéma fut physique, bientôt accompagnée d’une envie d’écrire et de faire des films.

Tout commence avec une image, celle d’un gamin sous un abribus, s’abritant d’un orage d’été à Paris. « Ce gamin avait en lui quelque chose qui m’a marqué, une vrai beauté sur son visage – pas plastique – une vraie détresse, qui m’a interpellé. » L’image le poursuit, et Martinerie entreprend l’écriture. Si l’histoire trouve son accroche dans le monde urbain, l’auteur va très vite plonger dans tout autre environnement pour parler de cette détresse, tout en voulant « donner quelque chose à ce gamin (…), un échappatoire. Un espace de liberté où cet enfant pourrait vivre pleinement une histoire ».

Il n’imaginait pas son film ailleurs, évoque son lien avec le village de Corrèze où il a grandi, en plein Limousin, marqué par ses paysages : « J’avais un rapport très sensuel à la nature, où j’ai appris beaucoup de choses sur moi-même ». Il tenait donc à transposer son histoire dans ce cadre, transmettre ses sensations passées à travers ses personnages. Seules incursions de  l’univers urbain : un chemin de fer, une ligne à haute tension, l’arrivée d’une assistante sociale, vecteurs de violence. Pour Martinerie, il est avant tout question d’une simple opposition entre des mondes distincts : « la ville et la campagne, l’enfant et l’adulte, l’imaginaire et la réalité ».

Ces tensions s’apaisent pourtant, le réalisateur voulant, par des respirations, « préserver la part enfantine des choses simples, (…) du rapport à la nature » des deux garçons, pour que le film soit « très lumineux », malgré la portée dramatique du film. On en revient à la question de la nature, envisagé par le cinéaste comme « un personnage à part entière ». Gilles Martinerie évoque l’importance des repérages, de sa recherche « d’une forme féminine » pour représenter « la mère disparue ». Une idée qu’il prolonge en associant la nature à l’idée « d’une mère universelle, qui a décidément quelque chose de féminin. Il y a cette forme de sensualité, de douceur, d’arrondis. »

A l’évocation de quelques films durs sur l’enfance, il garde surtout en souvenir – et cite en référence – Bouge pas, meurs, ressuscite (1989) de Vitali Kanevski. Mais Gilles Martinerie, à travers son film, a surtout voulu trouver une douceur et une poésie qui lui soient propres, pour le préserver de l’âpreté. Pari gagnant.

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