20 ans d’écart : cougar, espoir

« Pour tout bagage on a vingt ans

On a une rose au bout des dents

Qui vit l’espace d’un soupir

Et qui vous pique avant d’mourir

Quand on aime c’est pour tout ou rien

C’est jamais tout, c’est jamais rien

Ce rien qui fait sonner la vie

Comme un réveil au coin du lit »

 20 ans, Léo Ferré

Je ne vais pas tourner autour du pot très longtemps, mes chers lecteurs : j’ai 33 ans et demi et je ne suis plus de toute fraîcheur.

Aussi, quand j’arpente les bars et les boîtes de la capitale et que je me retrouve à parler non plus de Pedro Winter mais de Justin Bieber avec des mecs de vingt ans, je sais que je suis passée du côté obscur : celui de la femme mûre.

Raison suffisante pour me réjouir de la sortie de 20 ans d’écartcomédie romantique et non moins publicité pour la cougar.

Alice Lantins (Virginie Effira), 38 ans, écrit dans un grand magazine de mode où les filles arrivent au boulot ivres de leur soirée de la veille et s’épient entre elles, pour savoir qui sera la plus cool et la plus poule.

Elle a un chignon, est surnommée par ses collègues «Desesperate Fraulein» et après un mariage raté et une ado sur le dos, elle ne veut pas retrouver un homme de sitôt.

Jusqu’à ce qu’elle rencontre Balthazar (Pierre Niney), 19 ans et se serve de lui pour se donner une image nouvelle, une image rebelle, du nom du magazine pour lequel elle travaille, et en devenir la rédactrice en chef.

Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une blonde périmée, tu sais c’est pas si facile.

20 ans d’écart, fort d’être une comédie particulièrement réussie, dénonce la catégorisation des femmes dans la société.

Alice propose ainsi un article à son magazine : «Toutes les femmes ne sont-elles pas que des catégories sur Youporn 

En effet, il suffit d’errer sur ce genre de sites pour trouver à se sustanter : de la »MILF » (Mother I’d like to fuck) à la « GILF’ (Granny I’d like to fuck) en passant par  la gothique,  l’orientale,  la folle, la cagole ou la naine : il y en a pour tous les (dé)goûts.

Et à l’instar de la littérature qui s’apprend sur Twitter en 140 caractères, ou des smileys qui remplacent un bon mot, l’amour est devenu un marché où il fait bon d’arriver à la première heure si on ne veut pas des produits périmés.

Et Alice se sent périmée.

Evidemment, je n’ai pas 38 ans, ni même d’enfant, mais depuis quelques années, on m’appelle Madame, et ça me calme.

Je me fais draguer par des mecs de vingt cinq ans qui fantasment à l’idée que je leur soumette des cours d’amour estampillés Acadomina.

Mais je résiste parce que je veux être maman d’un bébé, pas d’un mec.

Cougar, espoir.

Contrairement à ce qui pourrait se passer dans la vraie vie, où la meuf de quarante ans se fait séduire par un mec de vingt ans juste pour la beauté du tweet : «Je suis en train de me taper une meuf #old, j’ai trop le swag», Alice, sans le vouloir, séduit dès le premier regard Balthazar, 19 ans, beau, sincère  et, comble du chic : qui roule en Vespa Hello Kitty.

Elle s’affiche donc avec ce garçon beau comme un mirage pour «coolifier» son image. Et ça marche.

Leur première scène d’amour est très drôle : il pense à voix haute à Merkel et à Mélenchon pour ne pas jouir trop vite, et j’ai beau avoir vu le film lors d’une projection presse, tout le monde a ri, même Natacha Polony.

A l’inverse d’Alice et de moi-même, Balthazar n’a peur de rien et encore moins d’aimer.

Ce film m’a fait du bien et a élargi mon champ des possibles. Désormais, quand un garçon me parlera de Justin Bieber et des anges de la téléréalité, je prendrai mes jambes à son cou.

20 ans d’écart ne délivre pas seulement ce mièvre message auquel je ne crois pas : «L’amour n’a pas d’âge», mais :

1/Si tu as quarante ans mais que tu es blonde à forte poitrine, que tu as une plume et que tu es drôle : dans l’amour, tu as ton rôle.

2/Sois toi-m’aime.

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Pierre Niney, toi qui me lis, sais-tu que j’ai un penchant pour Hello Kitty?

20 ans d’écart, David Moreau, avec Virginie Efira, Pierre Niney, Gilles Cohen, Charles Berling, France, 1h32.

J’adore parler de moi, c’est le seul domaine où j’ai de vagues connaissances. Avec le cinéma.

6 Comments

  • Répondre avril 4, 2016

    Marie

    Film assez représentatif des tendances sexuelles du moment. Les femmes mures aiment aussi prendre du bon temps avec des jeunes mecs, chose assez rare il y a 20,30 ans en arrière. C’est marrant de voir que des films comme « 20 a ns d’écart ». Encourageons les jeunes mecs à draguer plus souvent les femmes matures.

  • […] 20 ans d’écart dénonce la catégorisation des femmes. A l’instar de la littérature qui s’apprend sur Twitter en 140 caractères, l’amour est devenu un marché où il fait bon d’arriver à la première heure si on ne veut pas des produits périmés. Et Alice se sent périmée. Contrairement à ce qui pourrait se passer dans la vraie vie, où la meuf de 40 ans se fait séduire par un mec de 20 ans juste pour la beauté du twitt , Alice séduit dès le premier regard Balthazar, 19 ans, beau, sincère et comble du chic : qui roule en Vespa Hello Kitty. 20 ans d’écart ne délivre pas seulement ce mièvre message : «L’amour n’a pas d’âge» mais : 1/Si tu as 40 ans mais que tu es blonde à forte poitrine, que tu as une plume et que tu es drôle : dans l’amour, tu as ton rôle. 2/Sois toi-m’aime. […]

  • Répondre avril 9, 2013

    Lisa87

    Moi j’ai trouvé cette comédie vraiment très drôle et Virginie en femme cougar est vraiment top !

  • Répondre mars 8, 2013

    Elsa Renouard

    Quel film troublant… elle est un peu agaçante, cette greffe de comédie américaine au beau milieu de Paris (ca sent son Story à plein nez, bien écrit, bien exécuté mais… impersonnel), quant on aimerait voir éclore un cinéma populaire avec un peu de personnalité… Mais c’est franchement drôle et ça a cette qualité d’immédiateté qu’on ne voit presque nulle part (à Alès, la ville où les spectateurs sont au cinéma comme dans leur salon, on commentait aussi bien les débats féministes que les Louboutins de Virginie Elfira). Et ce qui accentue le trouble, c’est la ressemblance de Pierre Niney avec le Louis Garrel des débuts (moins sexuel mais nettement plus précis), avec laquelle joue le film : Balthazar (Pierre Niney, donc) est choisi comme mannequin pour remplacer un certain Louis Gardel qui a « une tête de con », selon la papesse de la mode. Etonnant, non? Au fond, un cinéma sous influence, quand l’opération est menée avec autant de finesse, c’est peut-être une voie de traverse bienvenue pour la comédie française. Après les réalisateurs français bouffés par Hollywood, n’est-ce pas un juste retour à l’envoyeur?
    Merci pour la découverte, Mélanie!

  • Répondre mars 8, 2013

    EVE

    Les quelques fois où j’ai un peu ri de ce film, c’est parce que je pensais à ta critique! Merci Mélanie 😉

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