La Bande des Jotas

Marjane Satrapi est de retour. Je pensais retrouver son talent en librairie, mais il me faudra attendre, et me contenter de son nouveau film, La Bande des Jotas.

Sur le papier, l’histoire intrigue : deux joueurs de badminton, venus en Espagne pour un tournoi, rencontrent une femme à la suite d’une erreur de valises à l’aéroport. Elle – Marjane Satrapi – se dit poursuivie par une bande de tueurs qui auraient assassiné sa sœur. Les deux joueurs deviennent, par pure sympathie, des assassins. Dès lors s’engage une traversée de l’Espagne…

Une intrigue loufoque, en somme, et qui aurait pu être drôle mais, passées les premières minutes, on a tôt fait de déchanter, car Marjane Satrapi ne nous montre qu’un film de vacances entre amis, très peu écrit et improvisé au jour le jour, dans l’esprit d’un « petit film expérimental », selon les dires de la cinéaste. Expérimental, mais en quoi ? Nous comprenons le scénario, les dialogues sont cohérents.

Voir quelques amis prendre une caméra n’a en soi rien de dérangeant, mais on est ici très loin de la puissance, de l’amusement, de l’impact humain des films de Jacques Rozier et Jean-François Stévenin, d’une famille qui trouve à s’inventer le temps d’une aventure. Manque aussi une mise en scène qui, au vu du sujet, n’aurait demandé qu’à être libre, loin d’une référence plus qu’évidente, et passablement lourde, appliquée au sud de l’ Espagne – Sergio Leone.

Ici et là, quelques dialogues et personnages amusants auraient trouvé leur place dans le cadre d’un roman graphique, où la réalisatrice a toujours surpris. Là, sa propre présence nous rassure et nous accompagne ; dans La Bande des Jotas, c’est tout autre chose, car il faut alors interpréter un personnage.

Je ne peux pas m’empêcher de penser à Joann Sfar, qui a rencontré les mêmes problèmes d’’écriture et de direction d’acteur pour Gainsbourg, vie héroïque. Le fait d’être considéré comme artiste ne suffit pas en soi. Le cinéma est une forme d’expression qui, comme les autres, demande un savoir-faire.
Je ne peux m’empêcher, non plus, de penser aux mots de Jean-Luc Godard, à propos d’une demande de Jean-François Stévenin, qui cherchait à lui emprunter une caméra pour tourner son premier film, Le Passe-montagne : « Le petit Jean-François doit faire ses devoirs de classe ». Marjane Satrapi et ses copains seraient bien inspirés de faire de même.

Cinéaste, il travaille activement sur la question de la mémoire ouvrière. Depuis 2004, il a réalisé un court-métrage de fiction, Fermeture, dans lequel il interroge le devenir des ouvriers. Petit-fils d’ouvriers, il est revenu à Billancourt pour parler de l’usine Renault dans une série de documentaires. Il a réalisé de nombreux clips musicaux, des films d’essai sur l’urbanisme, des reportages web…

2 Comments

  • Répondre février 7, 2013

    Jérôme Wurtz

    Oh que oui FBP! Ma citation du Passe Montagne de J F Stevenin n’est pas là au hasard!!! ^^

  • Répondre février 7, 2013

    FBP

    Oui, quel dommage de voir de tels projets trouver la voie des écrans de cinéma…
    En plus, sous couvert d’une réalisation « prolo » : on fait sans moyen, pour retrouver le plaisir simple de filmer! Alors, la partie « plaisir » se voit, il ne manque que la partie « filmer ».
    Parce qu’être fauché n’a jamais empêché personne de composer ses cadres et de travailler son montage, que je sache.

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