Would you have sex with an arab ?

Invitée à l’Avant-Première de «Would you have sex with an arab?», documentaire dont le seul baiser de la bande-annonce m’a décidée à aller en Israël pour les vacances de la Toussaint, je ne pouvais que jubiler. 

Car depuis ce baiser de la bande-annonce, la question est sur toutes mes lèvres.

A l’Institut du monde arabe, lieu de la projection, la salle de la cinéma ressemble à un avion de la Qatar Airlines : les sièges sont en cuir, ils sont grands, ils sont doubles, on se sent riches, on se sent loin du confilt israëlo-palestinien, on se sent bien.

Je m’attendais à me retrouver nez à nez avec d’un côté Arthur, Cyril Hanouna et Patrick Bruel et de l’autre Rachid Arab, Jamel Debbouze et Tahar Rahim.

Mais à leur place : un barbu cravate marron à pince, chemise rayée, veste moutarde qui aurait eu sa place au 104 même s’il ne le savait pas, un rabbin, Tonie Marshall, le président de l’Union des étudiants juifs de France, un mec sublime touffu, sûrement juif.

Would you have sex with an arab? est un documentaire de Yolande Zauberman, une ashkénaze humaniste qui rêve d’un monde où l’on se définirait pro-palestinien et sioniste à la fois. Elle suit quelques personnages de Tel Aviv, dans des boîtes de nuits, des bars à chicha, à leur domicile, dans les rues et leur pose LA question.

Contrairement à Sarah Forestier qui dans «le nom des gens» couche avec des hommes de droite pour les convertir au socialisme, Would you have sex with an arab ? ne cherche pas à résoudre le problème du conflit israëlien au lit. 

Un des personnages interrogés, un arabe-israëlien, l’affirme :

 «On ne peut rien résoudre au lit. Le confilt, c’est l’identité, la politique, le fascisme.»

Il est là, l’intérêt de ce documentaire : aborder le conflit israëlo-palestinien sans parler politique mais en parlant d’amour.

Une jeune musulmane prétend qu’elle ne couchera jamais avec un juif : «Je les hais», affirme t-elle puis, quand la réalisatrice creuse cet avis tranchant, la jeune fille faiblit : 

«On ne s’est jamais intéressés à eux c’est vrai, on est passés à côté de quelque chose, je suis avec mon peuple mais contre la guerre, mais mon peuple, je ne le trahirai jamais.»

Une autre fille, juive, fille d’un homme politique, pose intelligemment le problème :

 «Il y a cinquante ans, nous étions interdits dans les boîtes de nuits, maintenant c’est eux qui le sont. C’est hypocrite comme système, je me sens hypocrite.»

Une autre approche, plus ludique, montre une femme ronde à lunettes, musulmane :

«Coucher avec un juif ? C’est comme la fin du monde. Avec un chrétien c’est l’interdit, mais avec un juif c’est un crime.»

Et pourtant, elle a couché avec un arabe.

Une jeune fille juive, filmée dans son lit, avoue avoir aimé un arabe pendant 3 ans : 

«Nous nous parlions en arabe ou en hébreu, le plus souvent en hébreu, notre langage, il venait de l’estomac.»

Un jeune homme arabe fume le narguilé et à la question : «Would you habe sex with a jewish girl?», répond : «Si la fille est belle et qu’elle fume le narguilé, oui !»

Beaucoup de témoignages touchants, drôles, sexy, rarement tranchés comme on aurait pu trop facilement l’imaginer.

La fiancée palestinienne est dans une «liquidité identitaire» : trans-genre, pas homme, pas femme, palestinienne mais sortant avec des juifs et aimés d’eux comme une groupie. Comment peut-elle se poser la question du conflit, elle qui l’est avec elle-même ? Mais sans guerre.

Un autre, arabe-israëlien, dit cette phrase fondamentale :

 «On crée ses ennemis».

Would you have sex with an arab? est ludique, sexy, il montre beaucoup de scènes de danses, langage suprême, langage de paix.

Le film ne porte pas sur le conflit israëlo-palestinien mais sur le regard sur l’autre, de plus il éclaire sur le coeur des gens, le désir. 

Juste le désir.

Qui est tout.

Il ne cherche pas à résoudre le problème mais à faire baisser un peu la rage.

J’ai éprouvé un plaisir intense à me laisser traverser par la question, si profondément.

Et si on me posait la question, je répondrais : « J’ai couché avec un arabe et un juif : je suis la paix du Christ. »

J’adore parler de moi, c’est le seul domaine où j’ai de vagues connaissances. Avec le cinéma.

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