Total Recall / On recommence, encore une fois…

Total Recall est un blockbuster compétent mais insignifiant qui réussit au minimum à utiliser ses décors variés au profit de ses scènes d’actions et, ainsi, à renouveler celles-ci.

C’est tout. Rien d’autre à en dire. Que dalle.

Critique complète.

… non en fait j’ai un truc à dire ! Ça n’est pas autant un commentaire sur ce nouveau Total Recall, mais celui-ci est plutôt évocateur à propos d’un truc qui m’irrite depuis longtemps, et je pense que c’est l’occasion parfaite pour le faire sortir. C’est que ce nouveau remake a quelque chose qui m’énerve par rapport à sa plus vieille version.

Je n’ai en aucun cas l’intention d’affirmer que le Total Recall de Verhoeven est un grand film, parce que ce n’en est pas un. En fait, je n’ai même pas l’intention de faire un article à la con qui défendrait Verhoeven en tant qu’auteur, parce que c’est un cinéaste que je considère sympathique mais surestimé par des gens cherchant à justifier des idioties – il y a quelques exclusions, j’entends – par des sensibilités d’auteur fabriquées.

Il y avait cette scène, dans le plus vieux des deux films, où Schwarzenegger éclatait la gueule à sa femme avec un flingue avant de lui dire, le sourire en coin, « consider that a divorce ».

Voilà ce dont je parle.

Une bonne partie du cinéma d’action des années 80 et 90 était parfaitement conscient de son idiotie et, au moins, prenait les événements les plus invraisemblables de ses récits avec une sacrée dose d’ironie. C’est idiot, légèrement provoquant, ce n’est pas sérieux et ça fait rire si on est un peu tordu, mais on l’est déjà de toute façon, pour aller se divertir face à ces films « d’action » qui contiennent quantité de meurtres.

Voilà qu’arrive ce remake de Total Recall. Je vous fais un résumé pour que vous puissiez comprendre la folie du truc.

« Dans le futur hollywoodien (sic), un homme normal joué par Colin Farrell (sic) est insatisfait par sa vie normale (sic) avec sa femme normale (sic) jouée par Kate Beckinsale (sic) et est hanté par des rêves (sic). Il décide alors d’aller voir une compagnie qui lui propose de changer sa mémoire (sic) pour celle d’un agent secret infiltré (sic), mais alors l’opération se fait interrompre à la dernière minute par des types en armures (sic) avec des mitraillettes (sic), sauf que l’homme normal (sic) les éclate (sic) tous (sic) parce qu’au final il est vraiment (sic) un agent secret (sic), ou peut-être pas parce que c’est peut-être qu’un rêve (sic), et sa femme (sic) est finalement aussi une agente (sic). Là, le type sauve le monde (sic), aidé par sa vraie copine (sic) jouée par Jessica Biel (sic).

Je n’en dis pas plus. Vous connaissez l’histoire de toute façon et, à la différence des studios hollywoodiens, je ne vous prends pas pour des cons.

Qu’une histoire soit aussi absurde ne constitue pas tellement un problème, ce qui m’énerve c’est à quel point celle-ci est traitée avec un sérieux inébranlable. Bien sûr, il y a quelques blagues, un blockbuster en comporte toujours par défaut, mais celles-ci ne s’attaquent pas à l’absurdité des événements en soi. Elles sont nulles, de toute façon, et elles ne font rire personne.

Et c’est ce qui m’énerve dans notre belle production contemporaine de films d’action : il y a un manque de recul par l’humour, tout est beaucoup trop sérieux.

Je ne sais pas si c’est un désir enfantin de justifier des divertissements idiots, mais je trouverais beaucoup plus mature d’accepter notre connerie. Je me permets une digression : j’ai peu d’espoirs que cela change lorsque je vois que l’on fait de plus en plus de films résolument très sérieux à propos de gens dans des costumes ridicules qui sauvent la veuve et l’orphelin.

Je ne dis pas qu’un blockbuster sérieux est nécessairement un mauvais blockbuster, mais très peu, ou aucun, ont vraiment le mérite d’avoir un discours aussi pertinent que ce qui se fait dans un autre modèle de production, alors pourquoi prendre ces airs ?

Une salle de cinéma qui joue un blockbuster aujourd’hui, c’est une image qui me semble bizarre : la salle est bondée de gens qui viennent en masse pour se divertir, mais, durant le film, aucun d’eux, jamais, n’esquissera un sourire.

« 26 janvier 1988, le monde change, Olivier Bouchard naît. Vingt-trois années plus tard, après avoir reçu les honneurs pour ses études en scénarisation cinématographique à l’UQAM, la plus prestigieuse université hippie d’Amérique du Nord, il fait un voyage culturel en France où il devient rédacteur vedette (parmi plusieurs autres) pour Les Fiches du Cinéma et Cinématraque. Sa cinéphilie est caractérisée par son amour des films ennuyeux, d’où son intérêt pour Alain Resnais, mais son écriture personnelle est définie par l’humble désir de fictionnaliser sa propre vie « avec le même talent qui se retrouvait chez Fellini ».

8 Comments

  • Répondre août 22, 2012

    Elsa Renouard

    Je ne crois pas, j’ai le souvenir d’avoir beaucoup aimé le film (mais aucun souvenir du film en lui-même, ce qui m’inquiète un peu) et je ne suis pas particulièrement sensible au charme de Carrice van Houten (quoique… c’est elle dans la saison 2 de Game of thrones, non ? elle a vraiment de beaux seins… est-elle nue dans Black Book? attends, mais c’est pas cette histoire incroyable de teinture de chatte, Black Book?).

  • Répondre août 21, 2012

    THOMAS

    C’est même à cause d’elle que tout le monde fait semblant de croire que « Black Book » est un chef-d’oeuvre…

  • Répondre août 21, 2012

    GAEL

    Carrice Van houten n’est pas une hallucination collective.

  • Répondre août 21, 2012

    THOMAS

    Je sais, tout le monde a crié au chef-d’oeuvre avec « Black Book ». Je penche pour l’hallucination collective.

  • Répondre août 20, 2012

    THOMAS

    Pour ma part, je dois dire qu’à 3 ou 4 films près (ce qui est déjà considérable, je vous l’accorde), j’ai toujours trouvé Verhoeven un peu surestimé… Certes, je fais une fixation sur « Black Book », qui à mon sens est un film assez idiot et franchement loupé.

    • Répondre août 20, 2012

      Booboo

      Pas vu « Black Book », mais on me dit pourtant que c’est l’un des meilleurs.

  • Répondre août 20, 2012

    GAEL

    Super texte, mais je te méprise avec respect quand même: Nan mais oh tu arrêtes de dire du mal de Paul Verhoeven!?

    • Répondre août 20, 2012

      Booboo

      Rien contre Verhoeven, il a quelques bons films. J’ai quelque chose contre les tonnes de relectures intellectuelles de son oeuvre qui sont souvent justifiés, mais dont la valeur est exagérée, à mon sens

      Méprisons nous respectueusement, donc!

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