L’Inception a déjà eu lieu

En 1967, L’Inception avait déjà eu lieu. Dans la série Le Prisonnier, Numéro 6 en est le premier sujet. L’idée est de s’introduire dans son rêve pour en extraire une information top secrète. Le concept ressemble de très près à un film sorti il y a tout juste deux ans dans nos salles.

Pour vous situer, Le Prisonnier est une série télévisée anglaise crée en 1967 par George Markstein et Patrick McGoohan, composée d’une seule saison et comportant 17 épisodes de 48 minutes. C’est à partir de l’épisode « A, B et C » que l’on découvre Numéro 6 (interprété par Patrick McGoohan) branché sous perfusion pendant son sommeil afin de lui administrer une drogue qui l’emmènera à un niveau supérieur, la fameuse deuxième strate selon Christopher Nolan.

En 2006, l’homme qui a ressuscité le chevalier noir avec Batman Begins (en prenant soin de retirer du costume les tétons sortis tout droit du fantasme de Joël Schumacher) émet le souhait d’adapter une série culte des années 60 : Le Prisonnier. Avec un scénario original et décalé, le sitcom bouleverse le petit écran et captive aussitôt les esprits. En somme, un projet particulièrement excitant pour Nolan, mais n’obtenant pas de feu vert de la part des studios, le cinéaste abandonne l’idée et décide de tourner Inception.
Inception s’est imposé avec succès en 2010, le film a rapporté plus de 825 millions de dollars dans le monde, s’il n’est pas encore un classique de science-fiction, il est d’ores et déjà totalement culte. L’œuvre a ouvert un grand nombre de débats concernant son style et ses influences. Matrix ou encore Blade Runner revenaient dans les conversations, les icônes de la culture nerd y sont tous passés. Mais bien évidemment, la principale source n’a jamais été soupçonnée.

Inception est maintenant ancré dans toutes les mémoires, et même si aujourd’hui Chris Nolan ne s’est jamais vraiment prononcé à propos de l’intrigue de son scénario (à part Michael Caine, qui a avoué à une radio anglaise que la fin n’était pas un rêve). Comme on vous le disait plus haut, les Wachowski et compagnie n’ont rien à voir avec l’histoire contée. L’idée remonte à bien plus loin, et c’est ce que l’on va vous démontrer. Si on la compare aux éléments du premier épisode de la série « Arrival », la parenté semble indéniable. Numéro 6 (star de la série) démissionne promptement de son poste d’agent secret et décide de quitter la ville pour des paysages azurs et ardents. Alors qu’il s’apprête à boucler sa valise, c’est au cœur même de sa chambre qu’un gaz lui est administré. Ce qui lui vaudra un interminable voyage au pays des songes. On retrouve ensuite Numéro 6 sur une île inconnue, au décor fantasmagorique. Il n’est pas seul, entouré d’une foule de personnes ressemblant forts à des moutons ou des zombies (au choix), et il ne pourra compter sur aucun d’eux pour connaître le but de sa présence sur l’île.

Un autre personnage, nommé Numéro 2, joue à «  l’extracteur ». Ce dernier sera chargé de soutirer à Numéro 6 une information cruciale au sujet de sa démission du poste d’agent secret. Il sera également « l’architecte », et construira le labyrinthe emprunté par le rêveur, et tentera aussi de créer un lieu sûr et accueillant souvent connu par Numéro 6 pour mieux le manipuler. Il croise aussi des visages qu’il connaît, ce qui l’aidera à se dévoiler davantage, un tour qui ressemble au rôle de Eames/Tom Hardy dans Inception. Numéro 2 manipule les pensées de Numéro 6 à travers les conversations échangées. En prenant l’apparence d’un profil qui sera familier au rêveur, l’extracteur récoltera plus facilement les informations qu’il désire. Cependant, le songeur n’est pas dupe. Un peu comme dans le film de Nolan, lorsque Numéro 2 se réveille, il s’aperçoit avec stupeur que son poignet droit présente l’empreinte d’une piqûre. Souvenez-vous, au début d’Inception, Saito/Ken Watanabe subit le même sort dans le train.

Chimes Of Big Ben

Si le spectre du prisonnier rôde hâtivement sur Inception, l’œuvre est aussi omniprésente depuis quelques années dans l’esprit de Christopher Nolan. Following, premier film du réalisateur (auto-prod’) s’intéresse à un voleur de bas étage prénommé Cobb (comme Dicaprio dans Inception), qui occupe ses journées à forcer les portes d’appartements pour dérober des objets de valeurs ou complètement inutiles. Il va jusqu’à semer la confusion en invitant des objets inédits parmi les affaires des gens. Ce Cobb est salace et sacrément manipulateur, d’ailleurs, un camarade de Numéro 6 porte ce même prénom, il mentira à son ami en se faisant passer pour mort.

Presque identique, la personnalité de Cobb et de Numéro 6 est taillée dans un surréalisme troublant ; il leur arrive d’agir concrètement tout en restant abstraits. L’auteur, de son côté, a tenté de créer une réalité autour d’un personnage totalement chimérique et un brin manipulateur. Alors qu’on pense Numéro 6 et Cobb persécutés, l’un par Numéro 2 et l’autre par sa femme Mal/Marion Cotillard, il est évident que chaque protagoniste construit psychologiquement son propre némésis. Le dernier épisode du Prisonnier, « Fall Out », révèle l’identité du Numéro 1. On découvre que le « mastermind » n’est autre que Numéro 6. La machination dont il a été victime est aussi fictive que ses rêves. Il en va de même pour Cobb dans Inception : la victime est le bourreau, et cette découverte entraîne inéluctablement la rédemption du héros. Chaque phase que le rêveur a subite entraîne une sorte de thérapie qui l’amène au plus profond de son délire, au moment où sa face la plus hideuse se dessine, il parvient à se libérer de ses pêchés.

Inception possède un squelette proche du Prisonnier, mais sa résonnance et sa force n’en sont pas moins intéressantes. Nolan a pris des risques en imposant une histoire parfois compliquée au premier abord, et a tout de même réussi à le vendre en tant que blockbuster. C’est à se demander si son adaptation aurait été aussi proche que la version que nous connaissons. Inception reste malgré tout un film à part dans son genre, ce qui évitera les regrets.

5 Comments

  • Répondre août 28, 2012

    RiyeT

    Moi qui n’ai jamais vu le prisonnier et qui était à priori assez rebuté par l’esthétique vieillote recolorisée du Prisonnier, tu m’as bien donné envie de tous les voir.
    Merci

  • Répondre août 15, 2012

    John C. Leroy

    Merci, en effet, pour cet article qui me donne envie de découvrir plus amplement Le Prisonnier (que je n’ai jamais vu, je l’avoue) (même si la chanson qu’en a tiré Iron Maiden est l’une de mes préférées ^^).

    Et +1 à Thomas =)

  • Répondre août 15, 2012

    THOMAS

    J’aime beaucoup Inception, pour ma part… ce que le film de Nolan et Le Prisonnier partagent aussi, c’est qu’on peut sans doute, malgré leurs twists, les revoir avec le même plaisir (pour leur belle mécanique, le soin qu’ils accordent aux détails, et surtout la mélancolie et l’inquiétude qu’ils distillent…)

  • Répondre août 15, 2012

    GAEL

    Et même Inception, c’est dire…

  • Répondre août 15, 2012

    Aurore | cineaster

    *mindblowing* : une analyse fine qui donne envie de revoir Le Prisonnier 🙂

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