La Servante

Précédé d’une réputation de grand classique du cinéma coréen et adoubé par l’immense cinéphile Martin Scorsese, La Servante sort sur nos écrans. Le film de Kim Ki-Young est pour le cinéma asiatique ce que Psychose est pour le cinéma occidental. Une sorte de pierre fondatrice de l’épouvante au cinéma. Comme Psychose, il a été l’objet pastiches, de copies et de remakes dont le plus connu est celui de Im Sang-soo (The Housemaid).

Si le film d’Hitchcock, réalisé la même année que La Servante, s’impose à nous, c’est que le cinéaste coréen se pose clairement comme un élève doué du maître du suspense. Il pousse sa fascination pour l’auteur de Soupçons jusqu’à citer au plan près la scène du verre de lait (ici de l’eau, possiblement empoisonnée) dans l’escalier. Son sens du formalisme, et les jeux de références auxquels il s’adonne, font de Kim Ki-Young le chaînon manquant entre Hitchcock et les grands artistes du cinéma postmoderne que sont Brian De Palma et Dario Argento. Mais là où les jeux de citations sont un moyen pour les deux cinéastes occidentaux de réfléchir sur l’art cinématographique, Kim Ki-Young reste à la surface des choses. Moins expérimentale, mais plus réussie, est l’influence que le surréalisme a eu sur le film du cinéaste coréen. On est  en effet  frappé par les similitudes du film avec le cinéma de Luis Bunuel, dont Kim Ki-Young partage le goût du sarcasme visant le mode de vie bourgeois. Si, plus de 50 ans après la sortie du film, la dimension politique nous échappe dans ses grandes largeurs, l’influence du surréalisme s’observe cependant dans la construction particulière de son récit, tout aussi vertigineuse que celui du Blue Velvet de David Lynch.

On peut être fasciné par la modernité du film de Kim Ki-Young, mais force est d’admettre que son formalisme n’aide en rien un propos sans finesse. A ce jeu de miroir, The Servant de Joseph Losey l’emporte aisément : sa mise en scène des plus classiques se trouve moins chahutée par le temps. A trop se reposer sur les effets de style, il y aura toujours un risque d’agacer sur le moment (si La Servante a été un succès populaire, il fut longtemps considéré comme de la mauvaise série B), et qu’après coup l’on ne retienne que l’esbroufe. En cela, La Servante est bien une date dans l’Histoire du cinéma populaire coréen.

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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