Parfois, le hasard fait bien les choses, que ce soit lorsque vous enleviez une poussière dans l’oeil à une femme dont vous allez finir par tomber éperdument amoureux (oui j’ai regardé Brief Encounter entre deux films Fantasia) ou que ce soit en festival. Jugez plutôt: Cinématraque a la chance depuis deux ans d’être partenaire officiel du festival du court-métrage de Dijon, Fenêtre sur courts, qu’on accompagne avec une série de podcasts et d’articles sur les catégories comédie films « de genre ». L’an passé, l’un de nos favoris était Help Me, I’m Alien Pregnant. Quelle ne fut pas mon agréable surprise en étudiant la programmation de l’édition 2026 de Fantasia de voir un long-métrage intitulé Mum, I’m Alien Pregnant : aucun doute, les réalisateurs avaient adapté leur propre court-métrage en long (en changeant légèrement le titre), comme cela arrive souvent – par exemple pour le très bon Femme, également vu à Fantasia.
Le pitch de départ est assez simple mais efficace : Mary est en galère dans sa vie de jeune adulte et habite encore chez sa mère, pour le moins envahissante. Elle tombe enceinte par accident de son nouveau voisin, Boo, à peu près dans la même situation qu’elle mais qui a de plus la particularité d’avoir un organe génital très… différent. S’ensuit une grossesse express, des situations très loufoques entre les deux jeunes gens et leurs mères respectives et tous.tes celleux qui seront concerné.e.s de près ou de loin par cet enfant non désiré.
Le passage du court-métrage au long peut être casse-gueule, mais c’est ici une transformation réussie. C’est bien dégueu – pas dans le genre sanglant, juste beaucoup de body horror à base de sécrétions diverses et variées, drôle très souvent, mais aussi et surtout d’une sacrée justesse dans un certain rendu de l’expérience humaine et particulièrement féminine face au corps médical, et plus particulièrement de comment une femme enceinte peut être traitée comme ne s’appartenant plus. C’est en effet là que le film prend toute son envergure, surtout quand on sait qu’il a été réalisé par deux hommes, le duo néo-zélandais connu sous le nom de Thunderlips (rien à voir avec le groupe de musique ou Hulk Hogan), composé de Sean Wallace et Jordan Mark Windsor.

La pauvre Mary, en plus d’affronter une grossesse ni désirée ni humaine, doit gérer sa mère, le père de l’enfant, la belle-mère qui ont tous.tes un avis sur la situation, le médecin qui sait évidemment mieux qu’elle ce qui se passe dans son corps et ce qu’elle devrait faire, etc. Dès lors qu’elle comprend qu’il y a un corps étranger dans le sien, elle s’épuise, et nous avec, devant l’absence d’aide apportée, que cela parte de bons sentiments ou d’un paternalisme éculé. À bout de forces/de solutions/de tout, elle tente même de s’auto-avorter sur la table de l’échographiste, scène que j’ai presque autant ressentie dans ma chair que celle de L’Évènement.
C’est en cela que Mum, I’m Alien Pregnant est un film de genre (le cœur de métier de Fantasia, NDLR) réussi : sous couvert de grotesque, de gros jets liquides cracra et de beaucoup d’absurde (la scène avec le policier, du grand art), ce qu’on nous suggère explicitement ou en filigrane dit quelque chose de nous, de nos vécus et de traumatismes. On tire aussi notre chapeau aux réalisateurs – de genre MASCULIN, rappelons-le encore une fois – pour cette fin, qui préserve l’intégrité du choix de Mary, sans jamais la juger. Plus qu’à souhaiter que ce film trouve son chemin et qu’ils puissent en faire d’autres !
Mum, I’m Alien Pregnant de Thunderlips/ Sean Wallace et Jordan Mark Windsor. 1h35. Prochainement en salles en France ???

