Le réveil de la Momie : Crimes en bandelettes organisées

On avait quitté Lee Cronin sur sa réinvention de la saga Evil Dead il y a trois ans, et voilà qu’il s’attaque à nouveau à un monument du cinéma d’épouvante ; en allant cette fois chercher bien plus profond. La « momie » des célèbres films de monstres Universal (qui ne produisent pas le film, puisqu’on est du côté de New Line et la Warner ici, ce que je ne m’explique pas autrement qu’il est difficile de mettre un trademark sur cette figure en tantque telle) revient donc sur le devant de la scène, neuf ans déjà après l’échec total et absolu de la proposition d’Alex Kurtzmann et Tom Cruise, et deux ans avant un futur revival de la saga avec Brendan Fraser.

Il y a dans la figure même de la momie telle qu’elle est envisagée par le cinéma d’horreur tout un imaginaire colonial et exotique. Il s’agit d’une part de s’emparer d’une figure qui n’a rien à voir avec notre culture occidentale, mais aussi de volontairement refuser toute compréhension rationnelle de ce qu’elle représente pour lui plaquer des conceptions entièrement matérialistes. A savoir : quand on n’y connaît rien, ça fait peur ce truc embaumé et recouvert de bandelettes ! Tout cela, Lee Cronin semble l’avoir bien compris puisqu’il pose dans son récit (il signe le scénario du film également) une famille américaine installée au Caire comme personnages principaux, qui se retrouve bien malgré elle confrontée à une malédiction locale.

Hélas, toute lecture politique du film possible s’arrête ici, puisque Cronin n’essaie pas d’explorer cette dimension et s’arrête à un imaginaire exotisant en surface. Ce qui l’intéresse, comme dans ses deux films précédents, c’est le noyau familial. On a donc ici droit à un couple de parents joués par Jack Raynor (qui était génial dans Sing Street et pas ouf dans plein d’autres trucs) et Laia Costa (qui est souvent géniale mais surtout dans Victoria), qui vont devoir être confrontés à la disparition d’un de leurs enfants, puis par son retour sous une forme bien dégueulasse et bien flippante qui va faire pourrir leur foyer de l’intérieur.

On pourrait croire que Lee Cronin se servira alors de tout cela comme d’une métaphore pour parler des tragédies qui peuvent briser des familles qui avaient l’air pourtant très fonctionnelles, se rapprochant ainsi de motifs explorées dans sa filmographie jusqu’ici… Et peut-être que c’était l’intention. Dans les faits, difficile de trouver que cela fonctionne d’une quelconque manière. En vérité, il y a peu de choses à sauver du film sur le plan narratif ou thématique. La direction artistique est globalement très réussie, tous les effets gores sont absolument répugnants (donc réussis) et les scènes de gore grotesque d’une intensité rare pour une production américaine de cette envergure. Du sang, du pus, du vomi, des boyaux, des viscères en veux-tu en voilà. Mais alors le reste…

Lee Cronin Unveils New 'Mummy' Project For 2026 - mxdwn Movies
Je sais que c’est pas le bon film mais honnêtement les photos promos sont toutes nulles, et je préfère ce film-ci alors voilà… Sue me (je te parle pas à toi, Copytrack)

Il y a d’abord énormément de soucis de narration. Des petites erreurs qui rendent le parcours du spectateur trop confus (à un moment par exemple, la fille possédée par le démon de la momie de je sais pas quoi appelle son frère pour l’aider à se libérer, ce qu’il fait. Quelques secondes plus tard la mère vient voir la fille mais elle est enfermée à double tour dans la chambre, et c’est elle qui a les clés…), un lore trop compliqué parce que délivré au compte-goutte pour conserver une part de mystère, mais aussi trop évident et plutôt banal, et surtout des arcs narratifs sans cesse abandonnés et incomplets. Le film donne l’impression de commencer cinq fois ! D’abord on a une scène sur une famille égyptienne qui se termine mal pour le père, puis on introduit les protagonistes. Ensuite on saute de huit ans dans le futur, puis on une nouvelle scène qui introduit un basculement en Egypte, suivie d’une autre qui démarre enfin l’action. Ce qui peut expliquer en partie que le film dure 2h13, ce qu’il ne parvient hélas jamais à justifier.

Sur les arcs narratifs, on a de quoi se poser des questions également. La scène qui introduit le père le montre assez vaniteux ; il est producteur pour la télé et a espoir d’avoir un bon poste devant la caméra pour une chaîne nationale à New York. De cette ambition carriériste, le film ne fait rien du tout et oublie tout développement du personnage au delà de ce point. La mère quant à elle peut être résumée à un rôle de… De mère. Voilà. Qui veut le bien de ses enfants et s’aveugle quant à la situation de sa fille momifiée. Du côté de l’Egypte, on a aussi un personnage féminin qui pourrait être intéressant, une détective spécialisée dans les disparitions qui enquête sur l’affaire. Hélas elle aussi, en dehors d’une énième scène d’introduction qui pose une relation avec son mentor, n’aura pas grand chose à se mettre sous la dent en termes de progression narrative.

Peut-être qu’après le grand succès d’Evil Dead Rise, Lee Cronin s’est senti poussé des ailes et a vu trop grand. Ce qui pourrait expliquer pourquoi le film s’appelle en VO Lee Cronin’s The Mummy ; le type se prend soudain pour un génie comme John Carpenter. Ou alors c’est une manière d’esquiver les histoires de droits citées précédemment avec le cas Universal Monsters… Mais dans tous les cas, c’est une manière d’annoncer un long-métrage qui promet de la personnalité, de la singularité. Or, la seule chose qu’on y trouvera ici sont les effets gores bien pensés, et si je pousse un peu une utilisation abusive, jolie mais superficielle, de la double focale dans à peu près un plan toutes les cinq minutes. On a donc un film de 2h13 où l’Egypte n’existe pas vraiment, ni ses mythologies diverses et variées, exotisantes ou locales autour de la momie, et où les personnages n’ont que peu de personnalité et de choses à jouer. Tout ça est effectivement bien maigre… Une fois qu’on a retiré les bandelettes, on se rend compte qu’il n’y avait peut-être pas grand chose dans le sarcophage.

Le réveil de la momie, un film de Lee Cronin. En salles le 15 avril 2026.

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