Le Otto montagne : La montagne, ça vous perd

Il y a des films qui ont un pouvoir très puissant, celui d’éveiller un désir immédiat chez ceux qui le regardent. Impossible de regarder Le Otto montagne sans avoir envie de faire son sac à dos et de partir en vadrouille dans les vertes montagnes. C’est donc un grand bol d’air frais que nous propose Charlotte Vandermeersch, qui présente à Cannes son premier long-métrage, co-réalisé avec son mari Felix Van Groeningen, connu pour La merditude des choses et Alabama Monroe. Le Otto Montagne, adaptation d’un roman de l’italien Paolo Cognetti, nous entraîne pourtant très loin du plat pays, puisque ce sont bien les montagnes alpines qui sont au cœur de ce récit d’une amitié entre deux hommes.

Bruno et Pietro, c’est d’abord deux enfants qui se croisent le temps des vacances estivales. Comme tous les enfants, il leur faut peu de temps pour créer un lien d’amitié solide forgé par les découvertes des merveilles de la nature qui les entoure. Le film nous prend comme témoin de la naissance de cette amitié avant de souffler sur les pages du calendrier et de faire défiler les étés, transformant les écoliers en hommes à barbe. Au fil de leurs parcours de vie respectifs, Bruno et Pietro se sont évidemment éloignés. Mais ils se retrouvent et reprennent leur rythme de rencontres annuelles. Bruno est resté dans la montagne et Pietro cherche sa voie. A travers leur amitié, les deux hommes vont contempler leurs propres choix, leurs regrets et leurs projets et chercher à trouver leur place face à ses montagnes écrasantes.

Le goût des choses simples

A la lecture de cette description, vous vous demandez sûrement si le film ne serait pas un peu niais, par hasard ? Eh bien, c’est une bonne question. Le long-métrage frôle souvent avec une esthétique romantique un peu éculée, entre Caspar David Friedrich et un livre de développement personnel à Katmandou. Mais il apporte suffisamment de complexité dans la relation entre les trois personnages pour éviter d’être une simple carte postale New-age. Trois personnages ? Oui, trois car derrière l’amitié entre Bruno et Pietro se cache l’ombre du père, peint avec beaucoup de sobriété et d’ellipses et auquel la réussite du film doit beaucoup. Vous l’aurez compris Le Otto montagne est un film sur les hommes. Les quelques personnages féminins semblent malheureusement ne pas beaucoup intéresser le couple de réalisateurs.

Le long-métrage prend beaucoup de temps à filmer la montagne dans un magnifique format carré qui rend à la fois l’aspect libérateur de la montagne débordant du cadre, et son aspect menaçant qui semble emprisonner les personnages hors de toute civilisation. Mais c’est dans sa gestion du temps que le film est le plus astucieux. En s’appuyant sur une succession d’étés sans jamais marquer ses ellipses, il fluidifie sa narration et rend crédible les évolutions de Bruno et Pietro. Il était crucial au succès du film, que l’amitié entre les deux hommes ne semble pas artificiellement construite par le scénario. Par ce jeu sur le temps, Le Otto montagne réussit à faire vivre sous nos yeux une magnifique histoire d’amitié et de recherche de soi.

Le Otto montagne paraîtra sûrement beaucoup trop naïf ou longuet à certains. Mais pour peu qu’on accepte la proposition de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen, on y trouve une très belle invitation à la déambulation alpine. Et c’est quand même plus agréable de déprimer sur nos choix de vie quand tout est beau autour de soi.

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