Les Eternels : Eternels insatisfaits

Les Eternels commence par un panneau explicatif qui nous présente en plusieurs paragraphes la cosmogonie du monde Marvel, créée notamment par Jack Kirby en 1976. C’est toujours inquiétant quand le premier aveu du film est son incapacité à expliquer de manière organique son univers… Et c’est peu surprenant tant les Eternels sont un concept bancal même dans les comics dont ils sont tirés.

Créés par les Célestes, des entités cosmiques extrêmement puissantes, les Eternels sont présents sur Terre depuis des millénaires pour se battre contre les Déviants, créatures également créées par les Célestes mais qui ont échappé à leur contrôle.

Dans les comics, cette équipe n’a jamais eu un succès retentissant. Certains personnages ont eu l’honneur de figurer au rang des Avengers (Sersi et Gilgamesh), mais sans jamais atteindre la popularité de leurs camarades de jeu. Pourquoi donc Marvel s’est-il donc lancé dans la production d’un film consacré à cette drôle d’équipe ? Le choix de la réalisatrice Chloé Zhao, plus habituée au cinéma contemplatif qu’aux scènes d’action, pouvait donner une piste de réponse. Les Eternels allait peut-être enfin apporter de la diversité au Marvel Cinematic Universe en laissant des auteurs s’exprimer sur des personnages moins centraux de la Maison aux Idées. Verdict ? C’est compliqué…

Il y a de l’ambition dans ce 26ème volet du MCU. Le film embrasse l’histoire de l’humanité en voyageant d’époque en époque pour expliquer les enjeux de ce nouveau pan de l’univers qu’ils ont progressivement construit. Les entités extraterrestres aux allures de divinités créatrices d’univers sont également de la partie continuant à creuser la veine cosmique qui semble être au cœur de cette phase 4 qui verra l’arrivée des Quatre Fantastiques. Face à l’ampleur temporelle et spatiale du film, on sent que les scénaristes ont veillé à mettre en avant également les enjeux intimistes des personnages.

Les huit Eternels ont chacun leur identité, leurs envies et leurs traumatismes. Dans ces moments à échelle « humaine », on retrouve le ton de Chloé Zhao qui peint les troubles de ses personnages dans la lumière tamisée d’un coucher de soleil sur une plaine déserte. Pour faciliter l’appréhension par le spectateur de huit nouveaux personnages, leurs pouvoirs sont extrêmement basiques et empruntés pour la plupart à d’autres super-héros. On a même le droit à un Superman cheap, le film assumant le plagiat par une vanne superflue.

L’impact des Eternels sur les différentes cultures de l’humanité est malheureusement survolé

L’éternité c’est long surtout vers la fin, disait un réalisateur qu’on ne verra sûrement pas chez Marvel, et les Eternels sont de fait tous plus ou moins en crise existentielle. Les péripéties du film, que nous ne dévoilerons pas ici, vont secouer leurs croyances et les obliger à s’interroger sur le sens de leur vie et de celle de l’humanité toute entière. Ce ne sont pas les moments les plus réussis du film qui tombe malheureusement vite dans des dialogues très pompeux et finalement assez creux sur les mérites de l’humanité. Il en devient même parfois indécent quand il se sert de Hiroshima comme d’un levier narratif pour introduire un personnage… Ces maladresses soulignent la complexité d’une œuvre qui veut conjuguer la dimension cosmique et les enjeux personnels sans jamais convaincre totalement dans les deux domaines.

Si cet étrange projet ne s’effondre pas totalement, c’est en partie grâce à son casting et au soin apporté à chaque personnage. Si Sersi, l’héroïne, s’en sort peut-être le moins bien, Kingo (Kumail Nanjiani), Druig (Barry Keoghan), Gilgamesh (Don Lee) ou Thena (Angelina Jolie) arrivent à rendre crédibles ce groupe d’êtres surpuissants et dysfonctionnels. L’humour « à la Marvel » et son ratio variable de blagues qui font mouche, est toujours présent et permet de rendre sympathique les personnages tout en donnant rapidement de la profondeur à leurs interactions.

Les Eternels est également le film le plus inclusif du studio. Certains passages pourront paraître forcés et feront lever quelques yeux au ciel, mais il y a une véritable fraîcheur à voir des personnages représenter des minorités qui ont rarement une telle exposition dans les blockbusters. Le film parvient donc au fil de ses deux heures trente à faire exister ses personnages. On aura plus de mal à croire en revanche aux Babylone et autres civilisations créées numériquement et balayées d’un revers de la main au fil des ellipses du film.

Que retenir, au final, des Eternels ? Après les très oubliables Black Widow et Shang-Chi, ce volet donne un peu plus matière à réflexion, pour le meilleur comme pour le pire. Le projet extrêmement casse-gueule au départ accouche d’un film qui a des ambitions mais qui ne semble pas être capable de les assumer pleinement. Si le style de Chloé Zhao est bien reconnaissable, sa confrontation avec l’univers déroutant de Jack Kirby l’empêche de s’affirmer pleinement. Reste un film assez unique dans le MCU qui sème de nombreuses pistes pour l’exploration spatiale que d’autres films ont vocation à mettre en scène, comme le laissent supposer les scènes post-générique. En espérant que les retours mitigés que suscitera sûrement ce long-métrage ne réfrène pas Marvel dans ses tentatives de proposer des regards différents sur son univers.

The Eternals, un film de Chloé Zhao avec Gemma Shan, Richard Madden, Kumail Nanjiani, Angelina Jolie, Barry Keoghan, Don Lee

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