Spectre : un film pour un, et tout pour un film

Pour le cinéphile francophile (faut suivre le fil), le nom Para One est automatiquement associé à celui de Céline Sciamma. Ses bandes sons électro ont marqué nos esprits jusqu’à tout récemment avec sa partition inspirée dans Petite Maman, dans lequel sa musique est appelée par un personnage « la musique du futur ».

Mais Jean-Baptiste de Laubier, car c’est son vrai nom (il n’a pas été élevé par un timbré du genre d’Elon Musk) n’a jamais été loin du cinéma, même en dehors de sa relation artistique avec Sciamma. Après avoir déjà bien roulé sa bosse dans les sphères de la musique electro parisienne, il passe par des écoles de cinéma et réalise des courts métrages, des documentaires.

Spectre, Sanity Madness and the Family est le premier long-métrage de l’homme à tout faire et s’inscrit dans un ambitieux projet transmedia, qui se compose d’abord d’un album, d’un film et d’un live. Et si le film ressemble bien à des égards à un projet expérimental comme on a l’habitude d’en voir de la part des musiciens qui se lance dans le visuel, il est aussi relativement simple (au sens d’efficace) dans sa narration.

En voix off, comme sur des cassettes audios, un homme nommé Jean explore son passé trouble. Élevé au sein d’une étrange communauté religieuse et sous le mentorat d’un guide, Chris, le protagoniste traverse le monde en quête de compréhension… Et cela passe à la fois par des musiques et des images. Des paysages japonais, européens, des artistes et leurs percussions, leurs voix et harmonies. Jean suit la musique comme un jeu de piste et fait le lien entre le spirituel de son enfance et le transcendental des expressions vocales et instrumentales des humains.

On comprend très vite, et un carton d’introduction nous met sur la voie également, que le film mélange des éléments de fiction avec de la nonfiction, et qu’une grande part d’autobiographie se cache dans les visuels de Spectre. Presque aucun dialogue à l’image. En lieu et places des mots, beaucoup de musique. Un mélange de diégétique et l’extra-diégétique, comme si Para One faisait le lien sonore entre ses instruments digitaux et ceux, acoustiques, d’un monde plus matériel.

C’est ici que se situe en vérité le spectre du titre. Car plus que le passé qu’il recherche, le fameux Chris qui sert de McGuffin narratif, c’est dans le son que se crée les fantômes. Des sonorités qui traversent le temps et qui créent la conversation entre notre existant présent et les vies qui nous précédent… On retrouve encore ici des idées qui habitent la dernière collaboration de Para One avec Sciamma, dans ce travail sur le temps. Mais pas que, puisque lorsque la nonfiction refait irruption dans la fin du film, on comprend alors mieux comment le cinéma du musicien s’inscrit également dans un univers queer qui a tout son sens aujourd’hui.

Le musicien n’a pas en revanche tout le talent de sa collaboratrice pour la partie fiction, le fil narratif de son film étant parfois trop décousu et trop monotone pour réellement réussir à composer avec la richesse du reste du film. Cela en fait une œuvre résolument singulière, inégale, mais qui vaut le détour. Ne serait-ce que pour les révélations touchantes qui s’installent au fur et à mesure de la quête.

Spectre, Sanity Madness and the Family, un film de Para One, sortie le 20 octobre 2021.

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