La Proie d’une ombre : l’architecte de tes cauchemars

Il y a deux ans, le Festival de Deauville programmait The Lighthouse en compétition. Auréolé d’un Prix du Jury (malgré une réception publique assez tiède, avec quelques huées, face à la proposition bien singulière de Robert Eggers). De quoi montrer que le genre a sa place sur les planches, représenté cette année par Ogre et Inexorable, côté films français… et La Proie d’une ombre côté américain. Après Le Rituel pour Netflix, David Bruckner passe chez Searchlight (et par extension, Disney) pour son nouveau long métrage. Son plus gros budget actuel (8 millions de dollars contre un peu plus d’un million pour Le Rituel) avec une tête d’affiche un peu plus connue – Rebecca Hall.

L’actrice incarne Beth, une femme qui tente de se remettre du suicide de son mari Owen (Evan Jonigkeit). Elle se retrouve seule dans la maison qu’il a construite pour elle au bord d’un lac. Persuadée qu’une présence la hante, Beth se met en quête de réponses en fouillant dans les affaires de son mari… sans avoir conscience de ce dans quoi elle s’embarque.

Des événements surnaturels dans une maison après la mort d’un proche, rien de bien nouveau dans le monde de l’épouvante. La Proie d’une ombre avait pourtant quelques idées sur le papier pour offrir un regard neuf sur ces motifs éculés, auxquels on pouvait s’attendre en voyant aussi la bande annonce. Le fait que le mari de Beth soit l’architecte de leur propre maison aurait pu faire d’elle un personnage à part entière, emplie de secrets qui restent à découvrir. Une impression qui se renforce lorsque l’héroïne trouve, dans les effets personnels du défunt, des ouvrages portant sur des constructions labyrinthiques, comment créer des illusions ou piéger des esprits. On pense au personnage de Joseph Gordon-Levitt dans Inception, qui profitait du rêve pour jouer avec les moindres détails d’un décor. Pour Beth, le rêve est aussi une porte d’entrée vers le surnaturel, laissant entendre l’existence d’un monde parallèle.

De toutes ces idées, David Bruckner ne fait pas grand chose, cantonnant son film à ce que fait la grande majorité des productions d’horreur actuelles : des portes qui grincent ou qui claquent, un toc toc quelque part, une radio qui s’allume toute seule, des murmures… Quelques jumpscares débiles par ci par là, mais surtout beaucoup d’ennui. Le concept de monde parallèle est tout autant développé métaphoriquement : et si Owen vivait une double vie ? Si tout ce que Beth vivait ne se passait que dans sa tête, et qu’elle ne faisait que découvrir la vérité à propos d’un mari qui lui aurait tout simplement menti ?

Dommage de voir que ce concept n’est poussé que dans les vingt dernières minutes du film, où la maison devient le vrai théâtre de l’horreur, à l’image de The Room de Christian Volckman, sorti l’an dernier en vidéo. Reste la performance plutôt convaincante de Rebecca Hall dans le rôle de cette femme dévastée par le deuil, incertaine du niveau de réalité dans lequel elle vit.

La Proie d’une ombre (The Night House), de David Bruckner. Avec Rebecca Hall, Stacey Martin, Sarah Goldberg, Evan Jonigkeit. Sortie en salles françaises le 15 septembre 2021. Présenté en compétition lors de la 47e édition du Festival du cinéma américain de Deauville.

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